crédit photo: Eva Chambers
The Lemon Twigs

Entrevue avec The Lemon Twigs | Poursuivre sur une bonne lancée

Ce vendredi, The Lemon Twigs nous gracieront de leur présence en se produisant au Théâtre Beanfield. Le duo new-yorkais composé des frères Brian et Michael D’Addario défendra sur les planches les titres de son album Look For Your Mind!, qui sortira le 8 mai prochain sur l’étiquette indépendante Captured Tracks. Nous nous sommes entretenus avec les deux têtes pensantes du projet, amoureux invétérés de la musique pop des années 60 et 70 et de son esthétique.

En 2023, The Lemon Twigs actaient un nouveau chapitre dans leur carrière : Everything Harmony, leur quatrième album, représentait un souffle nouveau, comme si le groupe avait décidé de repartir à zéro. Après A Dream Is All We Know, sorti en 2024, ce Look For Your Mind! représentera donc le sixième album du duo. Quel rapport The Lemon Twigs entretiennent-ils avec l’ensemble de leur discographie?

« Je dirais simplement que nous sommes plus fiers de nos trois derniers albums, lance Brian D’Addario, le plus vieux des deux frères. Je suis fier de nos premiers disques, mais je peux réécouter l’intégralité d’Everything Harmony, alors qu’il n’y a que certaines chansons que je pourrais réécouter sur les trois premiers. J’ai le sentiment que nos projets plus récents sont plus cohérents », poursuit-il.

the lemon twigs press photo by eva chambers* Photo par Eva Chambers.

Un changement majeur sur cette nouvelle galette : pour la première fois en carrière, The Lemon Twigs ont intégré d’autres musiciens dans leur sessions studio : Reza Matin, Danny Ayala et Eva Chambers – qui joue aussi dans le trio new-yorkais Tchotchke –. Déjà accompagnés sur scène par les mêmes musiciens, qui se sont maintenant glissés dans leurs enregistrements : The Lemon Twigs se considèrent-ils aujourd’hui comme un groupe plus large, et non strictement un duo comme auparavant?

« Non, on a toujours l’impression d’être un duo, c’est juste qu’on s’autorise à travailler avec d’autres personnes et à les laisser influencer nos décisions, répond Michael D’Addario, le plus jeune de la fratrie. On aime la flexibilité, de pouvoir faire appel à qui on veut selon les besoins d’un morceau », explique-t-il.

* The Lemon Twigs au Ritz PDB, en 2023. Photo par Morgane Dambacher.

La musique des Lemon Twigs est colorée, pétillante, diablement 60s dans l’approche : on se demande parfois comment les jeunes frères, qui ont, à ce jour, encore moins de 30 ans, parviennent à capturer l’esprit d’une époque qu’il n’ont jamais connue. Et pourtant, sous les airs légers, The Lemon Twigs abordent les aléas de notre époque : une chanson comme Every Day Is The Worst Day Of My Life est assez frontale sur le propos, mais sur My Golden Years, par exemple, il faut un peu plus creuser le texte.

Look For Your Mind! abonde dans ce sens : l’album est inspiré des temps absurdes que nous vivons collectivement, où nous devons tous faire « faire gaffe à notre santé mentale ». Le secret pour écrire une belle chanson, c’est donc d’être triste?

« Je pense qu’il faut simplement se laisser porter par les émotions en général. Que ce soit négatif ou positif, ça n’a pas vraiment d’importance, mais les meilleurs morceaux sont dictés par un sentiment, plutôt que par une sorte de devoir ou d’obligation d’écrire », lance Michael D’Addario.

Leur amour pour la vieille musique, Michael et Brian ne le sortent pas de nulle part : leur père, Ronnie D’Addario, a débuté sur la scène power pop de New York dans les années 1970. Celui qu’ils appellent « Papa Twig » leur a appris à jouer de multiples instruments, et leur a également fait découvrir les classiques d’une autre époque : The Beatles, bien sûr, T. Rex, Todd Rundgren, The Zombies, mais aussi The Beach Boys, avec qui les frères D’Addario entretiennent un lien, encore aujourd’hui.

Il y a quelques jours à peine, Brian et Michael partageaient la scène avec nul autre qu’Al Jardine, l’un des tout derniers membres du groupe californien encore vivant aujourd’hui.

« [Al Jardine], c’est vraiment la personne la plus cool, et on connaît pas mal de gens de son groupe, dit Michael D’Addario. Quand on va à l’un de leurs concerts, c’est comme passer du temps avec sa famille », ajoute-t-il.

lemon twigs al jardine* Al Jardine (au centre), membre des Beach Boys, et The Lemon Twigs. Photo tirée du compte Facebook d’Al Jardine.

Et le génie premier des Beach Boys, l’immense et regretté Brian Wilson, The Lemon Twigs ont-ils eu la chance de le rencontrer avant qu’il ne décède, l’année dernière?

« Oui, et on a même pu jouer pour lui, ce qui était quelque chose de spécial pour nous, annonce Brian D’Addario. Ça nous donnait un peu l’impression de lui rendre ce qu’il nous a donné, d’une certaine façon. »

Les années 1960 et 1970 sont passées depuis des décennies, mais certains albums de l’époque ont brillamment su traverser le temps : on pense notamment à Abbey RoadPet SoundsThe Dark Side of the MoonLed Zeppelin IVThe Rise and Fall of Ziggy Stardust. Absolument tout le monde connaît ces albums, mais sans surprise, les deux frères des Lemon Twigs en savent BEAUCOUP plus que la majorité des mélomanes sur cette période musicale. Quelques pépites anciennes plus obscures à conseiller à nos lecteurs?

« Je vais commencer avec The Story of Simon Simopath, de Nirvana [N.D.L.R. : pas le Nirvana de Cobain!]. C’est un groupe du Royaume-Uni qui a sorti en quelque sorte le premier album concept, avant S.F. Sorrow de The Pretty Things et Tommy de The Who », dit Brian D’Addario. « Pourquoi pas un disque de Dick Campbell, celui qui a écrit Patty Girl. Ça s’appelle Dick Campbell Sings Where It’s At : c’est un espèce de faux album de Dylan, qui est très bon et que les gens ne connaissent pas vraiment », ajoute son frère, Michael. « Et pour finir, je vais nommer l’album Justin Heathcliff : c’est un musicien japonais, et c’est un pseudonyme censé sonner comme un nom anglais. Il est influencé par tous ces groupes britanniques psychédéliques, avec des paroles en japonais qui sont traduites. Ça donne un son vraiment intéressant », termine Michael D’Addario.

Vous saurez quoi vous mettre dans les oreilles cette semaine! Et on est pratiquement certain que vous ne connaissiez aucun de ces trois disques.

Le nouvel album des Lemon Twigs, Look For Your Mind!, paraîtra le 8 mai prochain sur les plateformes d’écoute en continu et en format physique. Nous avons eu la chance de l’écouter en primeur : sans trop divulgâcher quoi que ce soit, on peut annoncer qu’il est bon, et qu’il ne déstabilisera pas trop les amateurs de « néo-vintage » qui suivent le duo new-yorkais depuis ses débuts!

Il reste encore des billets (très abordables) pour le spectacle des Lemon Twigs au Théâtre Beanfield juste ici. C’est un rendez-vous!

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