Dany Boon au Festival Juste pour rire | Attention, dilatation de rate !
Première de deux représentations de Clown n’est pas un métier !! au Festival Juste pour rire, l’acteur-humoriste français Dany Boon nous prend dans ses bras et nous balance sur un ring de rigolades sans échappatoire. Des rafales de vannes inspirées de sa vie, de son observation du monde qui bat de l’aile. L’expression d’un artiste à la corde sensible.
Happé par le cinéma depuis nombre d’années, le protagoniste relate le long cheminement qu’il lui aura fallu suivre pour en arriver à se remettre dans la peau du performeur humoriste. On connaît assurément son talent d’hyper-expressif aux mimiques à la De Funès. Ses exploits au 7e art dont le succès fracassant de Bienvenue chez les Ch’tis. Mais hier sur la scène de l’Olympia, c’est un être différent, décomplexé, de proximité qui, durant 1h45, a enchaîné sur scènes du quotidien et les travers de la société dépendante de son réseau. Il surfera sur ce thème dès le départ, poussant son délire jusqu’à former avec le public un groupe d’addicts aux écrans à la manière des AA. Boon renchérit sur la biologie des générations futures qui se métamorphosera à cause de l’usage des téléphones intelligents : les pouces seront plus près du tronc, la colonne vertébrale repliée. L’acteur illustre la posture du futur grâce à son don pour la comédie en mouvement. Hilarant ! Récupérant son appareil, il ne pourra s’empêcher de nous capter sur vidéo, faisant fi des règles de bon usage.
Dany Boon nous amène avec lui dans le chaos et on en redemande, encore et encore. Le passage troublant de la sécurité aéroportuaire qu’il associe à la rudesse de 10 ans en prison est un pur exercice de comédie. On le suit, pieds nus, les chaussettes troués, jusqu’à une bonne femme le condamnant pour trimballer un démaquillant au parfum de rose de 110 millilitres ! Attention risque explosif. Pendant que ses gros orteils émergent en extase d’être à l’aéroport, le voyageur assiste à la dérive de son sac dans l’enfer de la surveillance. Décidément, l’art du voyage a bien changé. Peut-être une raison pour réduire son empreinte carbone ?
Face aux tourments et aux périodes de basse altitude, l’humoriste sait qu’il peut compter sur le réconfort de sa mère. Un personnage en soi qui vit dans un village du nord de la France. Empruntant sa voix, le fils raconte une histoire conjugale folle, entre une femme et son alcoolique de mari qui finira par être réduit à un destin en chaise roulante, sans membres. Loufoque, à se pisser dessus.
Mélomane, l’artiste joue de l’harmonica et gratte admirablement la guitare acoustique avec la liberté dont il est habité. Rendant hommage en clôture à son mentor Raymond Devos, il enfile ses brèves compositions de l’absurde. Une époque lointaine à laquelle il appartient, se revendique. Celle des belles années de l’humour sans filtre, sans tabou. Son propos comique ouvre sur une réflexion : sommes-nous en train de perdre le sens de l’humour à cause des courants de la bien-pensance et du repli sur soi ?
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