crédit photo: Jillian Goldenberg

Chet Faker au MTELUS | Entre immersion et froideur

Le 24 mai au MTELUS, Chet Faker présentait un concert entièrement construit autour de l’atmosphère et de la retenue. Derrière ce nom inspiré de Chet Baker se cache Nick Murphy, artiste australien devenu l’une des figures marquantes de l’électro-soul des années 2010 grâce à des morceaux comme No Diggity ou Drop the Game. Sa musique mêle voix grave enveloppée d’écho, grooves électroniques répétitifs et mélancolie nocturne, dans une approche davantage tournée vers la texture et l’immersion que vers l’efficacité pop classique.

Cette esthétique domine l’ensemble du spectacle. La scène, plongée dans le noir, est structurée par des panneaux lumineux fixes et quelques éclairages de type projecteurs industriels. Les lumières bleues, roses et dorées installent une ambiance sobre et hypnotique. Murphy, alternant entre guitare, piano et synthétiseurs, est accompagné d’un guitariste et d’un batteur/saxophoniste/percussionniste. Les trois musiciens occupent chacun un espace distinct en avant-scène, mais interagissent très peu entre eux, comme avec le public. Les morceaux s’étirent dans de longs passages ambient, donnant parfois l’impression que le concert cherche surtout à maintenir une humeur diffuse plutôt qu’à construire une réelle progression musicale. Dans cet ensemble très étiré, la qualité exceptionnelle et l’énergie constante du batteur/saxophoniste apportent néanmoins du relief et structurent les passages les plus longs.

chet faker montreal mtelus 05252026 4

Des projections visuelles à l’image analogique apparaissent régulièrement derrière le chanteur, suivant une esthétique devenue très présente dans les productions filmiques récentes. Ici, ce procédé renforce toutefois l’effacement déjà au cœur de la mise en scène : la silhouette de Murphy devient floue, presque absorbée par les lumières. Cette volonté de disparition derrière la musique correspond à son univers artistique, mais elle accentue aussi la distance avec la salle.

Quelques morceaux parviennent malgré tout à relancer brièvement l’énergie. Drop the Game prend une couleur plus rock, même si le morceau semble traversé rapidement, tandis que No Diggity provoque une réaction collective lorsque le public reprend le refrain. Birthday Card constitue aussi l’un des moments les plus réussis du concert grâce à sa montée progressive portée par le batteur et les nouvelles textures électroniques.

chet faker montreal mtelus 05252026 2

Mais cette dynamique reste ponctuelle. À force de privilégier la retenue et les longues atmosphères, le concert finit par devenir linéaire. Murphy parle très peu au public et semble davantage concentré sur le contrôle de l’ambiance que sur la création d’un véritable échange avec la salle. Certains passages s’étirent sans réelle évolution, et les effets visuels perdent progressivement de leur impact à mesure qu’ils se répètent.

Le concert laisse ainsi l’impression d’un dispositif cohérent et musicalement maîtrisé, mais trop fermé sur lui-même pour pleinement engager le public. Là où cette approche pourrait créer une expérience immersive, elle produit surtout une sensation de froideur et de distance qui finit par limiter l’impact émotionnel du spectacle.

chet faker montreal mtelus 05252026 8

Photos en vrac

chet faker montreal mtelus 05252026 1 chet faker montreal mtelus 05252026 11 chet faker montreal mtelus 05252026 10 chet faker montreal mtelus 05252026 9 chet faker montreal mtelus 05252026 7 chet faker montreal mtelus 05252026 5 chet faker montreal mtelus 05252026 3

Vos commentaires