Francos de Montréal – Jour 8 | Pleurer et danser avec Coeur de Pirate
« Êtes-vous prêts à danser ? Êtes-vous prêts à pleurer ? Ça tombe bien, on va faire les deux ! » C’est par cette invitation que Cœur de Pirate a lancé son concert de sa tournée Cavale à la salle Wilfrid-Pelletier, dans le cadre des Francos.
Près de 20 ans après le raz-de-marée de son premier album éponyme, celle qui a grandi devant nos yeux n’a plus rien à prouver. La chanteuse, pianiste et compositrice, devenue mère et chef d’entreprise à la tête du label Bravo Musique avec des artistes comme Lou-Adriane Cassidy, Thierry Larose et Jean Leloup, est en pleine maîtrise de ses moyens et l’a prouvé hier soir dans un spectacle savamment orchestré au quart de tour.
Au lever du rideau, Béatrice Martin était déjà au piano pour entamer seule Somnambule au cœur d’une scénographie à la fois sobre et magnifique. Des faisceaux en contre-haut baignaient la scène d’une ambiance solennelle, tandis qu’un grand écran circulaire suspendu la surplombait. Dès les premières notes, force a été de constater que Cœur de Pirate n’a rien perdu de sa signature vocale : d’une justesse irréprochable, son timbre riche et résonnant a facilement habité l’immensité de la salle Wilfrid-Pelletier.
La force des larmes et valse d’invités
Ces moments d’intimité, dépouillés de tout arrangement complexe, ont d’ailleurs compté parmi les points forts de la soirée. Seule au piano, elle a revisité avec brio sa discographie, notamment Francis, Corbeau, Place de la République ou encore Oublie-moi (Carry On). C’est dans ce même esprit de sobriété qu’elle a livré sa reprise de Mistral gagnant. Pour cette réinterprétation personnelle du classique de Renaud, Béatrice Martin a choisi de partager son clavier en invitant sur scène le pianiste néo-classique Simon Boisseau (signé chez Bravo Musique), qui avait assuré l’ouverture de la soirée un peu plus tôt.
Le jeune musicien, également accompagnateur de Fredz et membre de la formation pop-rock Barber For The Queen, paraissait d’ailleurs fort impressionné par l’immensité de la salle lorsque, seul devant le grand rideau rouge, il a interprété les pièces de son troisième et dernier album solo, Les fausses illusions, paru le 24 avril dernier. Par son charme, son humour et la beauté de ses compositions évocatrices, aux frontières de la musique de film et des grands thèmes classiques populaires, Simon Boisseau a sans contredit agrandi le cercle de ses admirateurs hier soir. Fruit du hasard ? Il n’était d’ailleurs pas le seul Simon invité à partager la scène avec Cœur de Pirate.
Simon Proulx, connu comme leader des Trois Accords, est également venu accompagner à la guitare Cœur de Pirate sur Toujours les vacances, un duo originalement paru sur l’album éponyme de la formation en 2025. Une performance pop-bonbon, bien d’adon pour souligner la fin de l’année scolaire des adolescents et adolescentes venus en grand nombre.
On aurait mis notre main au feu que ces nouvellement vacanciers auraient adoré voir Cœur de Pirate réussir un tour du chapeau en invitant un troisième Simon, soit Simon Cliche Trudeau (alias Loud), pour interpréter leur populaire duo Dans la nuit. Pas de veine : le rappeur devait vraisemblablement se remettre de son imposant bain de foule de la veille sur la grande scène extérieure des Francos alors qu’il était la tête d’affiche.
Entre pop orchestrée et décorum
Il reste que les moments d’intimité de Cœur de Pirate étaient méticuleusement parsemés à travers le programme de la soirée, en alternance avec des segments plus orchestrés. Lors de ces derniers, le grand écran circulaire suspendu s’inclinait vers la salle et projetait des images abstraites pour installer une ambiance rock plus festive. Délaissant alors son piano, Béatrice Martin bougeait avec une assurance et une grâce remarquables sur scène, dansant de manière incarnée et majestueuse.
Pour certains de ces morceaux, elle était accompagnée d’un batteur et d’un guitariste, tandis que pour d’autres, un saxophoniste et un trompettiste se joignaient à eux. Si cette alternance était savamment agencée, les moments plus orchestrés manquaient toutefois de punch. Certes, des bandes sonores venaient parfois enrichir le tout, mais l’ensemble des musiciens ne parvenait pas à prendre pleinement sa place sur scène. Le très court solo de saxophone sur Cavale a d’ailleurs fait forte impression ; quitte à avoir des musiciens de jazz sur scène, on aurait tant aimé que les arrangements musicaux leur laissent beaucoup plus d’espace.
Sur Mélancolie et On s’aimera toujours, l’atmosphère aurait pu se transformer en un véritable petit « party » techno si la solennité de la place n’avait pas freiné l’élan de danser. Cœur de Pirate a d’ailleurs délicatement invité le public, à plusieurs reprises, à faire fi du décorum de cette salle prestigieuse pour que le spectacle soit « un peu plus Cœur de Pirate ». Sur Crier tout bas, son appel à se lever et à danser s’est fait plus direct, et les milliers de personnes présentes y ont enfin répondu. On retrouvait finalement le côté dansant du thème annoncé plus tôt : « pleurer et danser ».
Au final, Cœur de Pirate a offert une généreuse prestation de près de 25 titres au cœur d’un spectacle parfaitement orchestré, balancé et mis en scène. Elle a également prouvé à nouveau hier qu’elle demeure l’une de nos grandes mélodistes, tant ses chansons recèlent de très jolis airs, en plus d’être une interprète à la voix unique et en pleine maîtrise de ses moyens. N’eût été la partie instrumentale qui n’était pas tout à fait à la hauteur, la soirée aurait été mémorable. Ce fut tout de même une très belle soirée.
- Artiste(s)
- Coeur de Pirate, Simon Boisseau
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Salle Wilfrid-Pelletier
- Catégorie(s)
- Pop, Québécois,
Événements à venir
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Lieu : Centre Marcel-Dionne -
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