Lambrini Girls au Théâtre Beanfield | Lorsque punk engagé rime avec fun enragé
Écrire que les riot grrrls britanniques de Lambrini Girls étaient attendues relèverait de l’euphémisme le plus éhonté. D’abord, parce qu’elles devaient initialement donner leur tout premier concert montréalais le 27 avril dernier, reporté à cause d’une blessure de leur casse-cou de leader, Phoebe Lunny. En février dernier, alors que le groupe était en tournée australienne, la chanteuse-guitariste du groupe a subi une commotion cérébrale et une fracture vertébrale après avoir sauté du balcon pendant un concert à Sidney. Et sachez que l’attente en a valu la chandelle en maudit, car elles ont foutu le feu au Théâtre Beanfield vendredi.
Lambrini qui? Rien que la formation punk le plus en vue depuis Amyl and the Sniffers. Formé à Brighton en 2019, Lambrini Girls, c’est le groupe de deux filles, queers et féministes assumées : soit la susmentionnée Phoebe (28 ans) et Selin Macieira-Boşgelmez (anciennement connue en tant que Lilly, 30 ans), à la basse et aux chœurs. Dépendamment des tournées, elles sont accompagnées de différents batteurs et batteuses. Vendredi, c’était la batteuse du groupe Massie, Samantha Collings (27 ans), qui retournait derrière le kit, après avoir appuyé les filles l’an dernier, notamment lors de leur passage au Riot Fest.
C’est que depuis la sortie de leur premier album, l’incendiaire Who Let the Dogs Out (2025), le groupe jouit d’un buzz planétaire, s’étant mérité de belles critiques dans les plus grands médias de la planète (Pitchfork, Rolling Stone, Kerrang, The Guardian). Quelque part entre celui de L7 et Bikini Kill, le son de Lambrini Girls s’inspire également mâtiné de grunge, de garage et de noise rock pas piqué des vers, sans être trop loin du punk anglais.
Et c’est nul autre que Jack White qui remplaça les Girls à Coachella il y a quelques mois, lorsqu’elles durent annuler leur présence à cause de vous savez quoi. D’ailleurs, cette troisième tournée nord-américaine des Girls s’est amorcée avec panache par un passage remarqué à Washington, DC (d’où Sam est originaire), alors que le groupe participait à deux prestigieux festivals (Bonnaroo et le Warped tour).
Il n’y avait que des sourires vendredi soir, tant sur scène que sur le plancher du Beanfield, assez bien rempli pour l’occasion. Bigarrée et de tous âges, la foule était composée à majorité de filles, de femmes, de personnes non-binaires et de gars tout sauf alphas. Et tout ce beau monde ne s’est vraiment pas fait prier pour embarquer illico dans le trip énergique de Selin et Phoebe, qui visitèrent à plusieurs reprises le sympathique mosh pit.
Selin semblait en pleine forme, après avoir dû prendre une pause de tournée à l’automne dernier, remplacée in extremis par Kaitlin Pelkey de Big Girl. D’ailleurs, la première partie du concert (et de la présente tournée) était justement le quatuor new-yorkais Big Girl, qui réchauffa adéquatement la salle à l’aide de leur très correct alterno-punk en mode grunge, qui rappelait le Hole des bonnes années.
Et que dire de Phoebe, qui assure en s’il vous plait sur scène. Peut-être pas aussi espiègle qu’Amy(l), reste qu’elle est très certainement beaucoup plus crue et frondeuse que la pétillante Australienne. Phoebe possède cette nonchalance typiquement anglaise, doublée d’un penchant délicieusement délinquant et d’un charisme évident.
D’emblée, le concert commença avec les même deux pièces qui ouvrent leur unique album, soit l’hyperactive Bad Apple et l’IDLES-esque Company Culture, avant que Phoebe ne prenne un bain de foule pendant Help Me I’m Gay, tirée de You’re Welcome (2023). De ce mini-album, on a aussi pu entendre les entraînantes Lads Lads Lads et Craig Davis. Pendant cette cathartique dernière (alias la pièce cachée de la version vinyle du EP), Selin était couchée par terre sur scène, faisant un maximum de bruit en bidouillant les boutons de ses pédales de distorsion, alors que Phoebe haranguait le dance floor de belle façon.
On a aussi eu doit à l’accrocheur et tout frais simple Cult of Celebrity, qui a été inspiré de la tristement célèbre liste de Jeffrey Epstein, que nous avouait Phoebe en intro. Une pièce qui est en quelque sorte une relecture plus énergique de Connection, ce classique d’Elastica paru il y a plus de deux décennies déjà.
Fidèle à elle-même, la délinquante Phoebe nous a même montré son string rose, en droppant ses pantalons à ses chevilles pendant deux pièces (incluant une ligne d’un vieux tube de Green Day, American Idiot), faisant bien marrer tout le monde, ses collègues incluses. Les Girls ont fermé leur bref concert – 55 minutes top chrono – en nous balançant en pleine tronche le brûlot dansant car electro Cuntology 101 et, en rappel, Big Dick Energy, comme point final.
Alternant commentaires politiques, bienveillants et/ou inclusifs, la chanteuse a mis tout le monde dans sa petite poche lors de ce show aussi fun et brouillon que sans prétention ni flafla, en s’adressant à la foule avec fougue, glissant ici et là quelques mots dans notre langue. Pour vrai, tous et toutes ont passé un sacré bon moment, quittant avec la banane en se disant à la prochaine fois.
Photos en vrac
Lambrini Girls
Big Girl
- Artiste(s)
- Lambrini Girls
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Beanfield
- Catégorie(s)
- Punk,




























Vos commentaires