crédit photo: Véronique Décarie
Alanis Morissette

Bluesfest d’Ottawa 2022 – Jour 4 | Ces femmes marquantes du rock de 1995

Trois jours après Sarah McLachlan et six avant TLC, le Bluesfest d’Ottawa proposait dimanche soir une double dose de femmes marquantes des années 1990 avec Garbage et Alanis Morissette. S’il y a eu un creux de vague d’appréciation de leur travail respectif au cours des années 2000, il n’en était rien en cette soirée ultra-achalandée, où les deux ont rappelé en quoi le rock rugissant des années 1990 convenait parfaitement à la fureur féminine de l’époque, qui se transpose plutôt bien dans notre contexte actuel.

À l’été 1995, à deux mois d’intervalle, Alanis Morissette lançait Jagged Little Pill, qui allait s’écouler à plus de 30 millions d’exemplaires, et un nouveau groupe nommé Garbage en rajoutait en faisant paraître son tout premier album.

À peine un an après le décès de Kurt Cobain, le rock alternatif digérait le grunge, et d’entendre des femmes autres que Courtney Love qui apprêtaient leur rock dans cette veine faisait un grand bien à tout le monde. Sans doute surtout aux jeunes femmes qui appréciaient autre chose que Mariah Carey et Ace of Base.

On raconte que la chanteuse de Garbage, Shirley Manson, aurait rencontré le batteur et membre fondateur Butch Vig le même jour où Vig a appris la mort de Cobain. Rappelons que Vig, que plusieurs surnomment « The Nevermind Man », est le réalisateur du disque de Nirvana qui a tout changé.

C’était immense à l’époque. La suite de ce mouvement important, le flambeau porté bien haut.

Et vingt-sept ans après avoir été happé par Only Happy When It Rains à MusiquePlus, voilà que Garbage remonte sur scène.

D’abord, pour celleux qui, comme nous, n’ont pas exactement suivi Garbage après le deuxième album, tout va bien : Manson et le groupe interprètent Stupid Girl, Special, Queer, I Think I’m Paranoid, Push It et même une version modifiée (au début ralenti) de Only Happy When It Rains. Par ailleurs, des nouveaux titres comme la très frontale Godhead (où Shirley se demande comme on la traiterait si elle avait un pénis : « Would you deceive me / If I had a dick? / Would you know it? / Would you blow it? ») et The Men Who Rule the World, dédiée à ces enculés de vieux hommes blancs cisgenres qui foutent le bordel dans ce monde (on paraphrase à peine) sont très divertissants en spectacle.

Surtout que Shirley Manson n’a rien perdu de sa superbe, ni comme bête de scène, ni comme femme punk militante qui ne passe pas par quatre chemins pour revendiquer. Tant mieux. Ça résonne différemment, mais combien efficacement avec notre réalité.

Très bonne prestation du groupe, en somme, même si leur rock sonne beaucoup moins révolutionnaire vingt-sept ans plus tard.

Ah oui, et parmi les doléances de Shirley Manson, il y avait ce drôle de commentaire à l’effet que les diffuseurs canadiens ne soient pas intéressés à faire venir Garbage au Canada. Peut-être devraient-ils songer à changer leur nom pour Recyclage ou Compost. On est un pays vert, ici, Madame Manson. Les poubelles passent aux deux semaines quand on est chanceux.

Blague à part, la nostalgie des années 1990 opère, et il faudrait les faire revenir en tête d’affiche, et vite, avant que ça refroidisse.

En attendant, ils sont en tournée avec Alanis Morissette pour les 25 ans (+ 2 pour une pandémie) de Jagged Little Pill.

N’est-ce pas ironique ?  Non, hein ?

Alanis aussi a eu ses années de misère, mais là, force est d’admettre qu’elle était de bien bonne humeur pour son retour au bercail. Native d’Ottawa, elle renouait avec sa ville d’origine, et le faisait avec le sourire, et tous les tics et manies qu’on connaît d’elle, des poignets qui virent à l’envers aux éloignements exagérés du pied du micro. Tout y est, y compris sa voix haute et chevrotante, son tremolo et son alternance continue et singulière de la voix de poitrine à la voix de tête.

Pour celleux qui se demandent : oui, toutes les chansons de Jagged Little Pill ont été jouées. Pas dans l’ordre, toutefois. Mais elles y étaient toutes, séparée au milieu par une chanson de Such Pretty Forks in the Road, son neuvième (!) album paru à l’été 2020, qui traite de son rapport à l’alcool. Sinon, que du JLP jusqu’au rappel.

Sa voix n’a jamais été exactement sur la note tout le temps, et c’est comme ça qu’on l’appréciait. C’est encore le cas aujourd’hui, mais force est d’admettre qu’elle est toujours capable d’atteindre la bonne hauteur, contrairement à bien d’autres chanteurs et chanteuses ambitieux dans leur vingtaine, qui le regrettent dans leur quarantaine. Allô Axl Rose 👋🏻

Mais Alanis, elle, elle posède toujours la voix qu’il faut pour faire honneur à ses chansons, que ce soit All I Really Want d’entrée de jeu, et son dernier refrain vraiment haut, ou le fameux refrain d’Ironic.

Au rappel, on se demandait bien ce qui restait au répertoire d’Alanis pour terminer ça sur un plus gros high encore. La réponse ?  Uninvited, chanson dramatique fort réussie qu’on avait oublié – et qui figurait sur la trame sonore de City of Angels – et bien entendu, Thank U.  Le climax de la première était parfait pour lancer un rappel, et, bon, un remerciement en chanson est toujours une bonne idée pour conclure une soirée, surtout avec ses enfants qui viennent faire éclater des confettis à ses côtés sur scène !

Opération nostalgie totalement réussi en ce dimanche soir, bref.

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La foule abondante ne nous a pas permis autant de déplacements que d’habitude, mais on a pu observer à quel point Nathaniel Rateliff & The Night Sweats étaient populaires. On a honnêtement jamais vu autant de monde rassemblé sur les petites butes qui donnent accès à la scène Rivers, du côté nord du Musée de la guerre. C’était à perte de vue. Littéralement. Parce qu’on ne voyait carrément rien.

Ils ont joué S.O.B. au rappel, et on s’attendait à une explosion dans la foule, mais rien de bien impressionnant, loin comme on était. C’était sans doute la fête en avant, toutefois.

Plus tôt en soirée, on a pu entendre quatre ou cinq titres d’un jeune groupe d’Ottawa nommé Joséphine Leone, qui décrit son univers comme du « Scrunge rock » apparemment inspiré de Nirvana, Beth Hart, et The Black Keys.

Finalement, on a senti une influence vaguement grunge, et une volonté d’en infuser l’esprit, mais dans une musique plutôt blues et soul par moments, mais surtout de la chanson rock, relativement pop. En deux langues, par ailleurs. Les titres en anglais nous ont paru un peu mieux écrits, plus convaincants.

Quand on repense à leur chanteuse Valérie-Joséphine, on ne peut s’empêcher de faire un lien avec les deux autres spectacles qui allaient suivre en soirée. Il n’y aurait sans doute pas cette étincelle chez une jeune artiste comme le leader du groupe ottavien sans l’apport d’Alanis et de Shirley Manson.

C’est toujours le fun d’en prendre conscience.

Le Bluesfest d’Ottawa fait relâche lundi, et reprend mardi avec une soirée électro (Marshmello en tête d’affiche), avec une mineure en hard rock (Three Days Grace).

On y sera pour notre part dès mercredi, avec Alexisonfire, Sum 41 et Millencolin sur la grosse scène, mais également l’excellent groupe Chicano Batman qui va nous faire déplacer de l’autre côté du Musée de la guerre.

Photos en vrac :


 

Grilles de chansons :

 

Alanis Morissette

  1. All I Really Want
  2. Hand in My Pocket
  3. Right Through You
  4. You Learn
  5. Forgiven
  6. Mary Jane
  7. Reasons I Drink
  8. Head Over Feet
  9. Perfect
  10. Wake Up
  11. Not the Doctor
  12. Ironic
  13. You Oughta Know

    Rappel

  14. Uninvited
  15. Thank U

 

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