Mōnad et Millepertuis à l’Agora de la danse | Deux reprises complices à la croisée des styles
L’Agora de la danse propose cet automne deux spectacles mêlant Street dance, danse contemporaine et performance à se représenter sur scène. D’abord Mōnad avec Alexandra Spicey Landé et Jai Nitai Lotus ; puis Millepertuis de Sovann Rochon-Prom Tep, avec le danseur Walid Hammani, alias Waldo. Plus qu’un dialogue entre création et interprétation, ces deux pièces nous montrent que le champ des possibles est bien plus grand que ce que l’on croit.
Urbain et contemporain pour déployer ses émotions
Depuis plus de vingt ans, Alexandra Spicey Landé travaille sa propre lecture du style Hip Hop, pour l’emmener hors des images qui lui sont habituellement associées. Et depuis 2020, ses collaborations avec Danse-Cité et l’Agora lui permettent d’exploiter des facettes inattendues.
L’une d’elles est sans doute de se mettre en danse, seule (ou presque). Au fil de ses expériences, voir ses idées prendre forme au travers du corps d’autres interprètes est devenu plus constructif pour elle que de danser. Pourtant, même si avec Mōnad, son intention première n’était donc pas d’être sur scène, cette possibilité s’est vite transformée en une évidence. En personnifiant cet organisme qui est tout sauf unidirectionnel, elle réalise une belle allégorie de sa propre existence.
Oui, le Hip Hop fait partie de sa vie, mais il n’est pas sa vie. La performance, influencée par une esthétique contemporaine, lui permet alors d’éclater le cadre établi, et d’embrasser sa puissance, comme sa vulnérabilité. Plus que le « seule en scène », le défi est finalement là : maintenir l’équilibre entre ses différentes émotions ; des émotions définitivement propices à l’échange et à la réflexion « hors cadre » qu’elle chérit tant.
Cette notion d’équilibre, Sovann Rochon-Prom Tep l’évoque volontiers quand il décrit son Millepertuis. La magie de cette création réside dans la spontanéité de Waldo – l’interprète – dans sa prise de risque, sa virtuosité ; mais aussi dans la structure du spectacle. Par conséquent, chorégraphe et danseur doivent s’entendre sur les libertés à s’autoriser pour garder le fil, sans brimer les émotions du moment.
Il faut dire que la maîtrise technique de Waldo – popping, break, électro et locking – est une matière incroyable pour traverser une large gamme de ressentis. Sovann, formé en street dance et en danse contemporaine, complète ce bagage avec un autre vocabulaire de danse. L’objectif ? Délivrer la puissance autant que la fragilité. Comme le millepertuis qui peut passer du jaune au rouge terreux, Waldo peut exprimer bien plus que les couleurs d’un seul état.
La liberté d’être, de construire et d’évoluer
Mōnad et Millepertuis possèdent bien plus de points communs qu’une expression entre deux styles de danses. Bien que leur base s’articule autour du solo, ce sont définitivement des duos.
Ainsi, Alexandra Spicey Landé propose une tribune plus grande au compositeur et MC Jai Nitai Lotus qui fait désormais partie intégrante du spectacle. Cette ouverture est l’un des changements majeurs par rapport aux premières représentations de 2024. La complicité, voire la symbiose entre les deux artistes, maintenant assumée, renforce le message politique et communautaire, et le rend plus direct.
Pour Sovann Rochon-Prom Tep et Waldo, amis de longue date, la confiance est leur maître-mot. Le premier a puisé l’inspiration dans les différentes nuances du second. Et le « safe space » a pu être garanti de part et d’autre pour apprécier les connexions avec soi-même et mieux accueillir celles des autres.
Les deux propositions laissent une certaine place à l’improvisation. Puisque la technique doit pouvoir s’intégrer dans cette possibilité, un dialogue est également ouvert avec les équipes au son, aux lumières et aux costumes. C’est de nouveau un bel exemple de liberté. L’évolution de la trame narrative devient faisable, alors même qu’elle se produit devant public. Et parce que toutes les parties sont en accord, elle ne se fait pas au détriment d’un aspect artistique.
Leur dernier point commun, non le moindre, est l’écoute de toutes les personnes impliquées et de leur propre sensibilité. La liberté ne se mesure pas uniquement sur scène. Elle trouve un ancrage dans la capacité à faire progresser son travail tel que désiré. Cette absence d’injonction à répondre à des attentes, Landé et Rochon-Prom Tep le vivent comme une occasion de saisir un moment important dans leur cheminement, aussi bien professionnel que personnel, dans lequel l’empathie envers soi et les autres est primordiale. Et dans l’avenir, les occasions ne manqueront pas, car des dates sont d’ores et déjà programmées ailleurs pour ces deux créations.
Afin de permettre au plus grand nombre de profiter de la richesse à la fois spécifique et commune de Mōnad et Millepertuis, l’Agora de la danse propose un forfait 2 spectacles pour 60$. Billets et détails par ici.
* Cet article a été produit en collaboration avec l’Agora de la danse.
- Artiste(s)
- Alexandra 'Spicey' Landé, Jai Nitai Lotus, Millepertuis, monad
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Agora de la danse
- Catégorie(s)
- Danse, Performance,
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