Entrevue avec John McCrae | Le retour de Cake à Montréal après 16 ans d’absence
Après plus de 16 ans d’absence à Montréal, le groupe américain Cake sera enfin de retour sur la scène de L’Olympia le mercredi 3 juin prochain. Une attente interminable pour les fans québécois, que le chanteur John McCrea explique aujourd’hui avec humour : lors du dernier passage du groupe dans la métropole, Cake avait tout simplement oublié de jouer son plus grand succès montréalais, leur reprise de « I Will Survive ».
« On n’utilise jamais de setlist fixe », raconte McCrea en riant. « On décide simplement de la prochaine pièce sur le moment. Cette fois-là, on a traversé tout le spectacle sans jouer la chanson… et on ne s’est rendu compte qu’après que les gens étaient vraiment fâchés. »
Le chanteur affirme avoir découvert la réaction du public montréalais par Internet après le concert. Une surprise pour lui, puisque selon ses observations, chaque pays semble avoir développé un attachement particulier envers certaines chansons du groupe. « Au Brésil, les gens veulent surtout entendre Never There. Au Canada, c’était clairement I Will Survive », constate-t-il au sujet de leur célèbre reprise, lancée il y a 30 ans!
L’anti-grunge de Cake
Au fil de l’entretien, McCrea revient longuement sur la place singulière qu’occupait Cake dans le paysage rock des années 1990. Alors que le grunge dominait les radios avec son esthétique sombre et agressive, Cake proposait tout le contraire : des arrangements minimalistes, des textes sarcastiques, des influences country, mariachi et jazz, ainsi qu’un ton volontairement détaché.
Le chanteur avoue d’ailleurs n’avoir jamais vraiment adhéré à la vague grunge de l’époque. « Je trouvais que cette espèce d’angoisse adolescente [teenage angst] était souvent artificielle », explique-t-il. « Tout était énorme, dramatique, musclé. Moi, j’écoutais plutôt de la musique mexicaine, du big band des années 1940 et du western swing texan. Ça me semblait beaucoup plus sincère. »
Même si Cake partageait les mêmes scènes et les mêmes chaînes musicales que plusieurs groupes rock populaires du moment, McCrea dit avoir souvent eu l’impression d’évoluer « en territoire ennemi ». Il compare même parfois Cake au « bouffon du roi » venant divertir le public entre deux groupes beaucoup plus imposants et heavy dans des contextes de festivals!
Avec le recul, le chanteur voit toutefois cette marginalité comme une force. Alors que plusieurs formations phares des années 1990 ont disparu rapidement, Cake poursuit encore aujourd’hui sa carrière après plus de 30 ans d’existence. McCrea croit que le groupe a survécu précisément parce qu’il n’a jamais été assez « énorme » pour devenir une victime de la culture de consommation.
Dans une société qui adore jeter ce qui devient trop populaire, on a peut-être simplement eu la chance de ne jamais devenir assez gros pour être jetés.
Le musicien se montre également reconnaissant envers sa maison de disques, qui lui a laissé une grande liberté artistique à l’époque. Selon lui, les dirigeants ne comprenaient pas totalement ce que Cake faisait musicalement, ce qui les a poussés à laisser le groupe tranquille plutôt que de tenter de le transformer.
McCrea garde aujourd’hui une affection particulière pour les deux premiers albums du groupe, notamment Motorcade of Generosity, qu’il décrit comme « volontairement petit » et « fièrement désordonné ». Il mentionne aussi conserver un attachement particulier à la chanson Frank Sinatra, qui revient d’ailleurs souvent en spectacle.
Des reprises qui ont marqué une génération
Impossible évidemment de parler de Cake sans évoquer les reprises qui ont marqué sa carrière. McCrea raconte que l’idée de reprendre I Will Survive remonte à son enfance, lorsqu’il entendait régulièrement la chanson à la radio en voiture avec sa mère sur le chemin de l’orthodontiste. « Même à neuf ans, je sentais que cette chanson avait quelque chose de profondément émouvant », explique-t-il.
Il souligne aussi l’importance du regretté guitariste Greg Brown dans l’évolution de cette version devenue emblématique. « Je pense beaucoup à lui quand on joue cette chanson aujourd’hui », confie-t-il avec émotion au sujet de son collègue co-fondateur de Cake, décédé en février dernier.
Nouvelles chansons?
Bonne nouvelle pour les admirateurs de Cake : après 15 ans sans nouvel album depuis Showroom of Compassion, McCrea affirme que le prochain disque est pratiquement terminé. « Il est juste là, dans mon ordinateur », dit-il. « Il me reste surtout à trouver un bon mixeur. »
Selon lui, les nouvelles chansons conserveront l’essence du groupe sans chercher à réinventer complètement sa formule. Certaines pièces inédites, dont Billionaire in Space, ont déjà commencé à apparaître dans les concerts récents.
L’entretien prend finalement une tournure plus politique lorsque McCrea aborde le climat actuel aux États-Unis. Longtemps discret sur ses opinions personnelles, le chanteur estime aujourd’hui qu’il devient impossible pour les artistes (et pour les citoyens en général) de rester silencieux.
J’ai longtemps voulu séparer la musique et la politique. Mais maintenant, on est dans une situation d’urgence. Tout le monde doit parler : les artistes, les professeurs, les plombiers… tout le monde.
Sans vouloir transformer ses concerts en tribunes politiques, McCrea affirme tout de même ressentir le besoin de prendre position de temps à autre sur scène. Et fidèle à son humour pince-sans-rire, il termine même l’entrevue en évoquant la possibilité (semi-sérieuse) de déménager un jour à Montréal si la situation américaine continue de se détériorer… On l’accueillerait avec plaisir!
Une chose semble certaine : cette fois-ci, les fans montréalais pourront probablement compter sur I Will Survive au programme. Et peut-être même sur un nouvel arbre à gagner, une tradition écologique insolite que Cake perpétue depuis plusieurs tournées.
Détails et billets pour le spectacle de Cake à l’Olympia de Montréal par ici.
Écoutez l’intégrale (en anglais) de l’entrevue avec John McCrae :
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