crédit photo: Kristof G.
Cake

CAKE à l’Olympia de Montréal | Des retrouvailles « old school » et nostalgiques

On les attendait depuis longtemps : John McCrae et ses musiciens du groupe CAKE n’étaient pas venus à Montréal depuis maintenant 16 ans! « It’s been a long time », comme ils le chantent si adéquatement sur l’une des deux seules chansons interprétées du seul album qu’ils ont fait paraître depuis leur dernière visite. C’était donc des retrouvailles de longue date, à guichet fermé (et probablement légèrement au-dessus de la capacité maximale, si vous voulez mon avis!) pour le groupe et son public québécois, et pourtant, on avait l’impression que rien du tout n’avait changé…

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À une époque où les concerts semblent de plus en plus conçus pour être filmés plutôt que vécus, CAKE continue de faire figure d’exception. La formation de Sacramento a offert une prestation fidèle à sa réputation : posée, sympathique, pleine de chansons marquantes et profondément humaine, mais peu spectaculaire. Une soirée qui rappelait que la musique en direct peut encore exister sans écran géant, sans artifices et sans volonté manifeste de provoquer des moments viraux.

Dès les premières minutes, il était évident que le spectacle n’allait pas suivre les conventions actuelles. Pas de flafla technologique. Et contrairement à bien des groupes nostalgiques qui misent sur une succession de succès pour maintenir l’attention du public, CAKE préfère prendre son temps. Beaucoup de temps.

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Le chanteur John McCrea demeure un personnage à part dans le paysage du rock alternatif. Plus conférencier que frontman traditionnel, il passe une bonne partie de la soirée à discuter avec la foule, à raconter des anecdotes, à lancer des réflexions sur l’environnement, la société ou simplement sur la vie quotidienne. Pour certains, ces longues interventions peuvent casser le rythme. Pour les admirateurs du groupe, elles font partie intégrante de l’expérience CAKE.

Cette relation particulière avec le public a d’ailleurs donné le ton à l’ensemble de la soirée. McCrea ne cherche jamais à séduire ou à impressionner. Il semble plutôt considérer la salle comme un rassemblement entre connaissances où la musique occupe une place importante, mais pas exclusive. Cette approche pourrait facilement sombrer dans l’autosatisfaction. Pourtant, son humour pince-sans-rire et son détachement caractéristique lui permettent généralement d’éviter cet écueil.

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Musicalement, le groupe demeure solide, mais ne dévie pas beaucoup des versions qu’on a si souvent écoutées au fil des ans. Mais au moins, malgré les années, les chansons de CAKE conservent toute leur singularité. Ce mélange improbable de rock alternatif, de country, de funk, de mariachi et de spoken word continue de défier les catégories. Dès que résonnent les premières notes de Frank Sinatra, The Distance ou Short Skirt/Long Jacket, on réalise à quel point le groupe a développé une signature sonore unique au cours des trois dernières décennies de la décennie des années 1990, où ils ont été principalement actifs créativement parlant.

La véritable vedette de la soirée reste toutefois cette instrumentation atypique qui distingue CAKE de presque tous ses contemporains. La trompette, omniprésente, apporte aux arrangements cette couleur immédiatement reconnaissable qui transforme chaque morceau en petite curiosité musicale. Le jeu de guitare est habile sans être transcendant. La section rythmique appuie le tout sans voler la vedette. Et McCrae aime bien utiliser son vibraslap. Que dis-je… il ADORE utiliser son vibraslap, comme une ponctuation quasi trop présente! Vrrrrrrrrr…

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Communion entre convertis

Le public montréalais, composé presque exclusivement de fidèles quarantenaires ou quinquagénaire, des fans de longue date, semblait d’ailleurs particulièrement réceptif à cette proposition. Contrairement à bien des spectacles où des centaines de téléphones s’élèvent au-dessus des têtes dès les premiers accords, l’assistance est demeurée étonnamment présente tout au long de la soirée. Les gens regardaient la scène. Ils écoutaient. Ils riaient aux commentaires de McCrea. Ils chantaient lorsque venait le moment de le faire. Bref, ils participaient réellement à l’événement. D’ailleurs, parlant de participation, félicitations à « Mélodie » qui a gagné un poirier (oui oui l’arbre) au retour de l’entracte en répondant correctement à une question d’identification d’arbre!

Mais pour en revenir au spectacle, cette impression de retour à une forme plus authentique de consommation culturelle constituait probablement l’aspect le plus marquant du concert. Non pas parce que CAKE rejette la modernité, mais parce que le groupe n’a jamais modifié sa manière d’être pour s’adapter aux nouvelles tendances. Ce qui pouvait paraître étrange ou marginal au tournant des années 2000 apparaît aujourd’hui presque révolutionnaire. D’ailleurs, le groupe a toujours visiblement fait fi tendance, même lors de leurs grosses années. McCrea nous en parlait justement en entrevue il y a quelques semaines : si CAKE a été longtemps associé au rock alternatif des années 1990, même à l’époque, ils ne s’associaient pas du tout aux groupes grunge qui exploitait le rock musclé et virile. Il a toujours cru que le « teenage angst » qui dominait les albums des formations de l’époque était faux…

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Des interactions constantes, mais parfois trop présentes

Force est d’admettre toutefois que, pour toute leur authenticité, certaines interventions de McCrea s’étiraient inutilement et quelques segments du spectacle perdaient momentanément leur élan. Par moments, on aurait souhaité que le groupe enchaîne davantage les chansons plutôt que de multiplier les parenthèses discursives. Cette dynamique fait cependant partie du contrat implicite lorsqu’on assiste à un spectacle de CAKE : on ne vient pas seulement entendre les chansons, on vient passer une soirée avec eux.

D’ailleurs, plusieurs fans ont été surpris de comprendre, à leur arrivée passé 20h15, qu’il n’y avait pas de première partie : c’est une soirée avec CAKE, qui proposent eux-mêmes deux sets avec un entracte entre les deux. Pas parce que le spectacle est particulièrement long : ils auront au final joué moins de deux heures. Mais avec un entracte, et un rappel. La première partie de 45 minutes semblait d’ailleurs courte. Le rythme commençait à peine à s’installer qu’il fallait attendre une vingtaine de minutes pour entendre la suite. Bizarre un peu. Mais c’est le rythme de CAKE, à prendre ou à laisser.

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Lorsque le groupe se concentre sur sa musique, le résultat demeure redoutablement efficace. Les grands classiques – oui, ils ont joué I Will Survive cette fois-ci, contrairement à leur dernière visite en 2010! – provoquent des réactions enthousiastes, tandis que les pièces plus obscures trouvent également leur place dans un répertoire suffisamment riche pour éviter l’effet « jukebox nostalgique ».

Au final, CAKE a livré exactement ce que ses admirateurs espéraient : un concert sans prétention, parfois étrange, souvent drôle et constamment sincère. Dans une industrie musicale de plus en plus standardisée, le groupe continue d’occuper un espace qui lui appartient entièrement. Et c’est peut-être là sa plus grande réussite.

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Grille de chansons

Première partie

Frank Sinatra
Sheep Go to Heaven
Rock ‘n’ Roll Lifestyle
Perhaps, Perhaps, Perhaps
Long Time
Meanwhile, Rick James…
Sick of You

Deuxième partie

Mr. Mastodon Farm
Mexico
Opera Singer
Sad Songs and Waltzes (reprise de Willie Nelson)
Stickshifts and Safetybelts
I Will Survive (reprise de Gloria Gaynor, évidemment)
Wheels
Never There

Rappel

Short Skirt/Long Jacket
War Pigs (reprise de Black Sabbath)
The Distance

 

Et quelques photos de plus…

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