José Navas
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Winterreise à la Cinquième Salle | Soirée intimiste avec José Navas

José Navas, chorégraphe et danseur canadien réputé pour ses solos, emmène le public de la Cinquième Salle dans son interprétation du Winterreise de Franz Schubert. Accompagné sur scène du pianiste Francis Perron et du ténor Jacques-Olivier Chartier, il invite les spectateurs dans un voyage intérieur. Sors-tu a assisté à la première présentée par Danse Danse ce mardi 11 février 2020.

Arrivé à Montréal en 1991, le canadien José Navas est réputé pour ses chorégraphies mais aussi, et peut-être surtout, pour ses solos. Dans sa dernière création, Winterreise ou Voyage d’hiver, il a sélectionné l’œuvre du même titre écrite par Franz Schubert pour en constituer la trame sonore. Le Winterreise est l’un des cycles les plus connus de Schubert. Créé un an avant le décès du compositeur, il est constitué de 24 poèmes germaniques (lieders) chantés par une voix (Jacques-Olivier Chartier) et accompagnés au piano par Francis Perron. Les poèmes de Wilhelm Müller y expriment l’abattement, l’errance, l’angoisse de la mort… des émotions qui préoccupaient beaucoup Schubert à cette époque et dont la thématique a inspiré José Navas.

*Photo par Damian Siqueiros.

Ce que nous avons aimé…

À l’arrivée du public, Navas occupe déjà la scène délimitée par un jeu de lumières. Assis dans un coin, il médite, les mains sur les genoux, imperturbable malgré le bruit des spectateurs qui prennent leur temps pour s’installer. De l’autre côté de la scène vide, dans un coin délibérément laissé obscur, un piano à queue noir et une chaise. Le pianiste et le ténor entrent et s’installent sans bruit, le public est alors plongé dans une complète obscurité. À cette entrée solennelle, succéderont 70 minutes d’interprétation continue pour les trois artistes qui ne quitteront jamais l’espace scénique. Une performance de la part des artistes qui se dépassent mentalement et physiquement bien entendu, mais qui est aussi exigeante pour le public et sa concentration.

La performance est impressionnante. Rares sont les danseurs de 55 ans qui continuent à faire le choix de présenter des solos aussi longs. À cette période de leur carrière, douleur et parfois même souffrance accompagnent les mouvements autrefois indolores. La grande fluidité et la rondeur de mouvement, indissociables du style de José Navas, sont superbes. Tout semble si doux et simple, on s’étonne presque de le voir transpirer. Avec la répétitivité de sa gestuelle vient aussi un aspect méditatif en phase avec la thématique empreinte de solitude et de tristesse. Navas choisira d’ailleurs de se couvrir le visage pendant certaines mélodies. Un choix intéressant qui met l’emphase sur le voyage intérieur que constitue la pièce de Schubert et qui exacerbe l’intimité qui lie le public au danseur. Cette belle performance est soulignée par la qualité du travail d’éclairagiste de Marc Parent qui supporte et met en valeur la danse. Nous nous en sommes d’ailleurs fait la réflexion à plusieurs reprises pendant le spectacle.

Ce qui nous a un peu déçu…

Voyage solitaire, tristesse, angoisse de la mort, traversée de l’hiver glacé… autant de thématiques que nous nous étions préparés à ressentir dans nos tripes, en parfaite cohésion avec les tempêtes de neige de février. Nous espérions beaucoup de la présence sur scène d’un pianiste et d’un ténor. La musique diffusée en direct, qui plus est avec un partage de l’espace scénique, ajoute la plupart du temps une dimension supplémentaire à un spectacle de danse contemporaine. Pour ce Voyage d’hiver, le résultat était en demi-teinte…

L’interprétation de Jacques-Olivier Chartier manquait de volume (un problème de réglage sonore?) et d’émotions, laissant alors le spectateur à l’écoute de poèmes en allemand dont il ne dispose pas forcément des clefs pour comprendre le sens des mots. La musique est donc jolie mais ne nous fait pas vibrer. Du côté de l’interprétation de Navas, bien qu’ayant monté un solo esthétique et parfaitement réglé sur la trame musicale, ce dernier est resté lui aussi assez lisse, comme si les émotions qui manquaient dans l’interprétation du ténor manquaient aussi à certains moments dans la danse. Préparés à une déferlante d’émotions, nous avons assisté à une pièce jolie mais sans plus.

José Navas et ses deux musiciens occuperont l’espace de la Cinquième Salle tous les soirs du 11 au 22 février (à l’exception des 16 et 17) à 20h. Des représentations sont également prévues au Studio Azrieli du Centre National des Arts, à Ottawa, du 30 avril au 2 mai 2020.

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