crédit photo: Gabriel Fournier
Orchestre Symphonique de Montréal

Wagner et la légende de l’Anneau par l’Orchestre symphonique de Montréal|Lévitation entre le bien et le mal

Dans le programme de la soirée à la Maison symphonique, la pastille « Grandiose » apposée donne déjà un avant-goût d’élévation. Un double volet Robert Schumann (1810-1856) et Richard Wagner (1813-1883) avec Le Ring sans paroles, œuvre cyclique intense réalisée entre 1854 et 1874, sur le récit universel des forces et dérives de l’amour et du pouvoir dicté par un anneau maléfique.

Premier exploit de la mouture offerte par le Maestro Rafael Payare et son Orchestre : plonger dans une composition abyssale d’une durée originelle de 15 heures. En 70 minutes, la tétralogie L’Anneau du Nibelung se déroule, acte par acte, scène par scène grâce à une narration murale, selon l’adaptation du compositeur Lorin Maazel en 1987. On traverse chacune des scènes — L’Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux — comme happé ailleurs, dans le monde de la mythologie des dieux fondateurs du bien et du mal. L’histoire fatale de Siegfried, avide de posséder l’anneau pour dominer les forces extérieures. Un personnage rappelant le fourbe Gollum du Seigneur des anneaux de Tolkien, emporté dans cette folie. Thème contemporain du pouvoir américain à la franche faussement blonde d’un vilain personnage mu par le chaos qui se transpose plus largement à l’ensemble.

osm 27 mai 2026 médias©gabriel fournier 5* Photo par Gabriel Fournier.

Nul besoin d’être expert de l’art symphonique allemand du 19e siècle pour se laisser subjuguer par tant de gammes d’émotions. La magie opère par un courant plus grand que l’érudition. Le chef d’orchestre Rafael Payare balaie tout de sa baguette incarnée, vivace. Sa chevelure ondulée s’agite dans tous les sens au fil des actes à la fois haletants et doucement contemplatifs. La partition dégage toute la complexité et le labeur de Wagner qui à son époque, déplorait la monarchie et se liguait contre la quête du pouvoir et la recherche de richesses comme éléments de domination sur autrui, sur le peuple.

Le Ring sans paroles ne donne aucun répit à l’apaisement absolu. Toutes les forces s’y affrontent en un maëlstrom qui monte en soi. La virtuosité des musiciens atteint un point culminant. L’emportement des violons pour exprimer les luttes ravageuses pour accéder à l’anneau. La subtilité du duo de harpes pour enchanter les sens et solliciter les rêveries et la passion amoureuse éphémère, avant qu’elle ne devienne dévastatrice. Et la section tambours et cymbales battant la cadence déroutante des affrontements incessants entre le cœur et la poigne du règne irrationnel sur son prochain.

L’ovation de l’auditoire en liesse, debout aux premières secondes de la clôture, en disait long. Il planait une impression de s’être perdu aux rivages du Rhin et de ses ravissantes filles nues pour assister à une scène de fin du monde. Ou plutôt, à la naissance d’une société perdant son innocence sous l’effet maudit d’un anneau. Une œuvre qui laisse sans voix, en état de lévitation sur la bascule de la poésie d’antan dans l’incertain passage étroit du pouvoir moderne incontrôlable.

osm 27 mai 2026 médias©gabriel fournier 7* Photo par Gabriel Fournier.

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