Pierre Lapointe

Critique concert: Mutantès – Un ovni multidisciplinaire signé Pierre Lapointe

Salle Wilfrid-Pelletier (Montréal) – vendredi 27 février 2009

Pierre Lapointe présentait hier son spectacle Mutantès pour l’avant-dernière fois. Créé tout spécialement pour le 20e anniversaire des Francofolies de Montréal l’été dernier, Mutantès se veut (voulait) une sorte de «happening», un spectacle multidisciplinaire hors norme et éphémère.

Pas de tournée, pas de DVD, pas de continuité pour Mutantès, donc. On ajoutait deux représentations spéciales à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, dans le cadre du festival Montréal en lumière et ensuite, c’est la fin. «Et moi, je ne suis pas Jean Leloup qui annonce sa mort et revient plus tard», assurait Pierre Lapointe à un public médusé après la prestation.

 

Chansons inédites, mise en scène élaborée

Alors c’était quoi, ce Mutantès? Un peu de tout. D’abord, il y a les chansons de Pierre Lapointe, majoritairement inédites, dont certaines verront le jour sur le prochain album à venir en avril (consultez notre critique de Sentiments humains). On reconnaît le style caractéristique de la pop de Pierre Lapointe, la verve imagée et le ton franchouillard, un peu plus tourné vers l’opéra rock pour les besoins de la cause.

S’ajoutent de la danse, du théâtre, des décors à la fois minimalistes et inspirant une forme de futurisme; tout ça schématisé par une habile mise en scène signée Claude Poissant.

On ouvre sur Ces étranges lueurs, chanté par un Pierre Lapointe costumé en mutant, devant une porte lumineuse. Il pénètre dans ce monde, le rideau se lève et on se trouve maintenant dans l’univers de Mutantès, où tout près d’une vingtaine de nouvelles chansons nous seront présentées pour la première fois.

Une scène en pente sert de canevas et bientôt, une troupe de mutants danseurs l’envahiront. Du rock aux ballades pianotées, Pierre Lapointe fait vivre ce monde illustré tantôt par des numéros de style ballet jazz, tantôt par des scènes déstabilisantes à la David Lynch.

On y reconnaît certaines figures de style, certaines allusions à la vie amoureuse, à la violence, aux ruptures et aux retrouvailles. Il y a également un caractère volontairement universel qui passe par l’hétérogénéité de la troupe de danseurs, formé de petits et grands, blancs et noirs, duos hétérosexuels et homosexuels.

Les chansons, lancées en vrac, traitent de solitude, de difficultés à vivre avec soi et avec les autres, du mal de vivre. Lapointe ne se mêle que rarement aux chorégraphies, agissant plutôt comme un narrateur de cet univers imaginaire où l’on se réfugie, comprend-on, pour échapper à cette solitude.

Quand la horde de mutants s’unit en chœur autours du chanteur, on croit reconnaître l’air qu’ils fredonnent. C’est bel et bien Deux par deux rassemblés, revisitée a capella. Ce sera l’une des deux seules chansons connues du spectacle, avec Tel est un seul homme.

Mais les nouvelles nous semblent presque aussi familières. Le Bar des suicidés, un tantinet mélodramatique, frappait fort. D’autres, comme Les Lignes de la main, traduisent plutôt une certaine mélancolie.

Le tout avait des airs de comédie musicale, d’opéra rock, de performance et de fables de science-fiction. On reconnaît, dans la symbolique évoquée par Pierre Lapointe, beaucoup d’aspects théâtraux, de codes un peu typiques de l’imaginaire de la scène. Mais au bout du compte, l’expérience singulière de se lancer dans l’inconnu pour un spectacle audacieux en valait très certainement le coup.

C’était la définition même d’un «happening» qui prendra sans doute de l’ampleur avec le mythe que construiront les années autours de ces quelques soirées où 3000 personnes assistaient à un événement volontairement éphémère. Et ceux qui y étaient écouteront le prochain album de Pierre Lapointe avec une impression de rêve prémonitoire en tête.

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