Osheaga 2026 – Jour 2 | Féroce samedi avec Turnstile, Angine de poitrine, Viagra Boys, Franz Ferdinand et plus
Le festival Osheaga se poursuivait samedi avec, on aurait dit, deux parcours très distincts possibles : la route pop avec Tate McRae, et des artistes tels que Sombr ou encore Little Simz – celui que notre collègue Pauline Gérard a emprunté et dont le résultat sera à lire bientôt sur le site – ou encore le chemin plus viril et musclé d’artistes tels que Turnstile, Viagra Boys, Wolf Parade, Franz Ferdinand et, bien évidemment, Angine de poitrine!
C’était un secret plutôt bien gardé, jusqu’à cette semaine : la plage horaire du samedi entre 16h50 et 17h40 sur la scène de la rivière était encore libre moins de 24h avant le début du festival. On nous réservait un show surprise, sans nous dire explicitement qu’il y aurait un show surprise.
Nos déductions nous menaient à la bonne conclusion : Osheaga a eu la brillante idée de surprendre tout le monde avec une prestation semi-secrète d’Angine de poitrine, de retour à Montréal à peine cinq semaines après avoir semé la cohue sur la Place des festivals lors du Festival de jazz.
Évidemment, la journée du samedi affichait complet depuis longtemps, en grande partie grâce aux fans de Tate MacRae, alors vous devinez que le public était majoritairement pas là pour Angine. C’est le genre de situation loufoque que les frères de Poitrine semblent convoiter, eux qui s’étaient produit au Bluesfest d’Ottawa à la mi-juillet au beau milieu d’une programmation presque entièrement country!
Quand on veut conquérir le monde un quart de ton à la fois, il ne faut pas juste satisfaire les convertis. Il faut aussi secouer les attentes des pauvres festivaliers innocents qui ne sont pas là pour toi, et les professionnels internationaux qui observent ce qui se passent en voyant grand. L’occasion était à saisir, et le groupe ne semble pas laisser passer beaucoup d’occasions cette année, ça se comprend!
Si la scène de la rivière est immense, les deux personnages fort occupés de leurs mains que sont Khn et Klek de poitrine n’ont pas de misère à la remplir. Appuyés par une production vidéo de plus en plus développée et éclatée à leur image, l’excentrique duo a transformé son passage en thérapie de groupe, enchaînant les morceaux et les interventions loufoques avec tact. Le phénomène se poursuit et peut maintenant ajouter Osheaga à sa glorieuse liste d’accomplissements. Prochaine étape : un prix Polaris et un gala de l’ADISQ fructueux cet automne?
Triplé Turnstile – Viagra Boys – Franz Ferdinand
Quelques heures plus tard, du côté des scènes de la vallée et de la forêt, on nous avait préparé un enchaînement pour le moins prometteur de groupes qui n’hésitent pas à faire rugir les amplis!
Turnstile a offert l’un des moments les plus explosifs du week-end vers la tombée du soleil. Le groupe de Baltimore a démontré pourquoi il est aujourd’hui l’une des formations les plus importantes de la scène hardcore rock moderne. Mais faut pas dire HARDCORE, le mot que les adeptes des premières années aiment brandir comme principal critère d’évaluation.
Ç’tu hardcore ou pu hardcore, Turnstile? On s’en tape. Ça brasse, et c’est devenu plus harmonieux et pop avec le temps. À prendre ou à laisser.
Entre les vagues de crowd surfing, les mosh pits incessants et une précision musicale impressionnante malgré le chaos apparent, le quintette a livré une performance aussi violente que fédératrice. Rarement aura-t-on vu une foule aussi complètement investie devant une scène d’Osheaga. Et c’était pas juste des adeptes du rock plus pop. On vous confirme que ça sentait le vieux punk suintant pas de déo dans le moshpit! Même si le groupe n’a interprété que deux titres des vieux albums Nonstop Feeling et Time & Space, séparant tout le reste du set à part égale entre les plus récents (et moins appréciés par les vieux de la vieille) GLOW ON et NEVER ENOUGH.
Dans un registre différent, mais tout aussi féroce, Viagra Boys ont confirmé leur réputation de groupe imprévisible. Menée par un Sebastian Murphy aussi charismatique qu’excentrique, la formation suédoise a alterné entre post-punk, humour grinçant et tension permanente. Derrière l’attitude désinvolte se cachait un groupe redoutablement efficace, capable de faire danser autant que de secouer son auditoire. Derrière cet aspect festif et cathartique se cache des chansons qui explorent des thèmes comme les troubles de santé mentale, le stress et la désintégration sociale. Leur tournée actuelle se nomme d’ailleurs The Infinite Anxiety Tour, et les mots « Infinite Anxiety » apparaissent souvent en arrière-plan sur l’écran lorsque le groupe s’adonne à des jams chaotiques, portés notamment par le saxophone endiablé, free-jazz et parfois carrément punk d’Oskar Carls. Solide performance!
Le contraste était frappant lorsque Franz Ferdinand est monté sur scène entre Viagra Boys et Turnstile, mais l’intensité est demeurée intacte. Vingt ans après avoir redéfini le rock dansant des années 2000, les Écossais affichent toujours une précision exemplaire. Alex Kapranos n’a rien perdu de son magnétisme, multipliant les interactions avec une foule qui connaissait chaque refrain. Les classiques se sont succédé sans jamais donner l’impression de reposer uniquement sur la nostalgie : le groupe joue encore avec la même fougue qui l’a rendu incontournable.
Plus tôt en journée, Wolf Parade effectuait son retour sur une scène d’Osheaga après dix ans d’absence au festival indie rock de sa ville d’origine. Ça avait assurément quelque chose de symbolique. Les vétérans du rock indépendant canadien ont offert un concert dense, porté par les claviers nerveux, les guitares en tension constante et les voix complémentaires de Spencer Krug et Dan Boeckner. Navigant parmi les classiques de leur répertoire pour les fans de la première heure qui se rappellent tendrement de toute la richesse du rock montréalais indépendant des années 2000, les deux comparses ont, sans surprise, conclu avec la principale raison de leur regain de popularité : l’hymne I’ll Believe in Anything, déterrée par la série à succès Heated Rivalry.
En tout cas, cette deuxième journée d’Osheaga aura rappelé une évidence : le rock n’a peut-être plus la place dominante qu’il occupait autrefois dans les grands festivals, mais lorsqu’il est incarné avec autant de conviction, il demeure l’une des expériences les plus viscérales qu’un événement comme Osheaga puisse offrir.
Nos trempettes dans les moshpits l’ont confirmé, sur le terrain, là où ça se passe vraiment : les festivaliers aiment encore se rentrer dedans quand la musique est bien faite et que les interprètes préparent le jeu.
Du tumulte hardcore-ou-pas de Turnstile à l’élégance électrique de Franz Ferdinand, en passant par les assauts de Viagra Boys, l’excentricité prog d’Angine de poitrine et la finesse musclée de Wolf Parade, samedi a été une célébration de toutes les façons dont le rock peut encore frapper fort en festivals.
Photos en vrac
Angine de poitrine
(par Jesse Di Meo)
Viagra Boys
(par Jesse Di Meo)
Turnstile
(par Jesse Di Meo)
Franz Ferdinand
(par Jesse Di Meo)
- Artiste(s)
- Angine de Poitrine, Franz Ferdinand, Turnstile, Viagra Boys, Wolf Parade
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Parc Jean-Drapeau
- Catégorie(s)
- Alternatif, Art rock, Hardcore punk, Indie Rock, Punk, Rock,
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