Serge Fiori - Seul Ensemble

Serge Fiori – Seul Ensemble : Une recréation qui résonne autrement [entrevue]

Sept ans après sa création, Serge Fiori – Seul Ensemble revient à Montréal dans une version qui porte nécessairement un autre regard sur l’œuvre de l’ex-Harmonium. Présenté par le Cirque Éloize, le spectacle prendra l’affiche du Théâtre St-Denis à compter du 29 août 2026, avant de poursuivre sa tournée au Québec. Et si l’on parle officiellement d’un retour, le metteur en scène Benoit Landry préfère une autre expression : une recréation.

Car beaucoup de choses ont changé depuis la première mouture présentée en 2019, à commencer par le principal intéressé. Serge Fiori, qui avait lui-même été à l’origine du projet et avait participé directement à sa création, est aujourd’hui disparu, comme on le sait. Cette réalité teinte inévitablement le nouveau spectacle, sans pour autant transformer celui-ci en spectacle hommage.

Benoit Landry prend soin de ne jamais évoquer l’idée d’un « hommage ». Pour lui, Seul Ensemble demeure autant le spectacle de Fiori que celui du Cirque Éloize. L’artiste avait approché l’équipe parce qu’il souhaitait lui-même plonger dans cette rencontre entre sa musique et le langage du cirque. C’est précisément cette implication initiale qui demeure, aux yeux de Landry, l’âme du projet.

seul ensemble 02* Photo par Éric Carrière.

Repartir de zéro

La recréation de 2026 est aussi née d’une circonstance pour le moins particulière : les décors de la production originale ont été détruits lors d’une inondation. Après une pandémie qui avait déjà interrompu le parcours du spectacle, voilà que l’équipe se retrouvait plusieurs années plus tard devant la nécessité de reconstruire.

Pour Benoit Landry, cette contrainte est finalement devenue une occasion de se libérer de la première version. Sept ans après la création, il pouvait désormais regarder le spectacle avec davantage de recul et se demander ce qui devait réellement demeurer.

Il raconte avoir « complètement éventré » le spectacle, en partant du principe que rien n’était obligatoire à conserver. Certaines décisions se sont finalement avérées bonnes et sont restées, notamment dans le rythme général et le fil dramatique. Plusieurs éléments ont cependant été repensés : nouveaux numéros de cirque, nouvelles disciplines, nouveaux éclairages, scénographie modifiée et nouvelles façons de raconter les chansons.

Le site officiel de la production confirme d’ailleurs que cette mouture va bien au-delà d’une simple reprise, avec une scénographie repensée et de nouveaux tableaux visuels et acrobatiques. Plus de 70 000 personnes avaient vu la première version avant que la pandémie ne mette fin prématurément à son parcours. « Je leur conseille tous d’acheter un billet pour voir la nouvelle version! », assure Benoit Landry!

seul ensemble 01* Photo par Éric Carrière.

Une nouvelle archéologie musicale

Cette volonté de recréation se manifeste également dans la trame sonore. La direction musicale est toujours assurée par Louis-Jean Cormier et Alex McMahon, avec Guillaume Chartrain. Pour McMahon, le travail a notamment consisté à replonger dans les archives musicales de Fiori pour dénicher des fragments orchestraux, des transitions et des passages parfois moins connus.

Il parle d’une véritable « archéologie musicale » : fouiller dans le coffre au trésor laissé par Fiori afin de trouver de nouvelles façons de relier les pièces entre elles. Des transitions ont été créées, certaines chansons ont été déplacées et davantage d’extraits de la création de Fiori ont pu être intégrés.

Une chanson s’est particulièrement imposée dans cette nouvelle version : Lumière de vie, absente du spectacle original. Pour Landry, son inclusion allait presque de soi compte tenu de la nouvelle réalité entourant l’œuvre de Fiori.

Un clin d’œil est également fait à Kwe!, projet important des dernières années de création de l’artiste. Landry tient toutefois à ne pas créer de fausses attentes : il ne s’agit pas d’un numéro consacré à Kwe!, mais plutôt d’une manière d’intégrer brièvement cette partie de l’héritage artistique de Fiori dans l’ensemble.

Fiori, toujours présent

La plus grande transformation demeure toutefois invisible : elle se trouve dans le rapport que le public entretient désormais avec les chansons.

Dans la version originale, Fiori était vivant. Il était présent dans le processus créatif, discutait avec les musiciens et pouvait réagir aux arrangements. McMahon, Cormier et Chartrain avaient développé avec lui une proximité particulière, allant jusqu’à le considérer affectueusement comme leur « padré ». Alex McMahon évoque d’ailleurs tout cela avec une émotion palpable dans la voix, reprenant sa phrase à quelques reprises pour retenir les larmes, plus d’un an après la disparition du grand artiste.

C’est que cette fois, les trois musiciens ont dû travailler sans lui, tout en gardant constamment sa présence en tête. McMahon explique que le réflexe était souvent de se demander ce que Fiori aurait pensé d’un choix, s’il aurait aimé une prise ou s’il aurait suggéré de s’arrêter là.

L’expérience a été profondément émotive. Mais elle n’a pas été paralysante. Fiori était, selon McMahon, particulièrement ouvert à voir ses chansons passer à travers le filtre créatif des autres. Il accueillait leurs idées avec enthousiasme, heureux de découvrir sa propre musique transformée par leurs sensibilités.

Cette liberté demeure donc au cœur de la nouvelle mouture.

seul ensemble 03* Photo par Éric Carrière.

Les mots prennent un autre sens

Pour Landry, l’un des principaux défis consistait aussi à mettre davantage en valeur les paroles de Fiori. « Une des choses que je savais qu’il avait envie qu’on améliore quand on reprendrait Seul ensemble, c’est la place que les paroles prennent, avance Benoit Landry. Parce que Fiori, les gens l’ont beaucoup connu, lui et Harmonium, pour la musique. Les gens ne retenaient pas autant les paroles qu’ils retenaient les mélodies d’Harmonium. Mais pour lui, c’était très important, ses textes. Donc pour moi, les textes, c’est ce qui m’avait le plus guidé, même avec la première mouture. »

La nouvelle mise en scène cherche donc à accentuer certaines images poétiques contenues dans les paroles, sans pour autant les surligner lourdement. Le but est plutôt de rendre plus perceptible ce qui guidait déjà la première création.

Cette démarche prend une dimension supplémentaire depuis la disparition de Fiori. Comme le souligne McMahon, qui participait activement aux funérailles nationales du défunt chanteur, certaines paroles acquièrent aujourd’hui un sens complètement différent sans qu’une seule note ou un seul mot ait été modifié. La vie, la mort, la lumière, le passage du temps : tout se lit autrement lorsque l’on sait que celui qui chante n’est plus là.

Cette nouvelle réalité est particulièrement forte dans les moments où la voix de Fiori résonne dans la salle. Le spectacle conserve des extraits d’entrevues enregistrées avec lui ainsi que des images projetées. Landry raconte que, lors des premières projections de ces images dans le Théâtre St-Denis, lui et ses collaborateurs ont été submergés par l’émotion. On devine que ce sera le cas pour le public également.

Le même matériel qu’en 2019, soudainement, ne racontait plus la même chose.

Une expérience collective du deuil

Cette dimension émotionnelle pourrait bien être l’un des aspects les plus marquants du retour de Seul ensemble. McMahon reconnaît lui-même appréhender le moment où il reverra le spectacle avec une salle pleine.

Mais il ne considère pas cette émotion comme un obstacle. Au contraire, le spectacle devient ainsi un lieu où l’on peut se retrouver collectivement autour d’un artiste disparu, célébrer son œuvre et partager l’expérience avec d’autres.

Au-delà du deuil et de la nostalgie, le spectacle demeure avant tout une rencontre entre la musique de Fiori et le langage physique du Cirque Éloize. La production met notamment en scène des disciplines comme la roue Cyr, les sangles aériennes, le mât chinois, le trapèze, la planche coréenne, la jonglerie, les équilibres sur cannes et la voltige, en plus de la danse.

Pour Landry, le cirque ne doit toutefois jamais prendre le dessus sur les chansons. Il faut, dit-il, être « très humble » dans la manière d’apposer des images sur cette musique. Les numéros ne sont pas conçus pour simplement illustrer une chanson : ils doivent plutôt matérialiser les images poétiques qu’elle contient.

C’est probablement ce qui définit le mieux cette nouvelle version de Serge Fiori – Seul ensemble. Le spectacle ne cherche ni à reproduire exactement ce qui existait en 2019 ni à tourner la page sur cette première création. Il tente plutôt de retrouver son âme, sept ans plus tard, avec une réalité nouvelle.

Et cette réalité fait que les mêmes chansons ne peuvent tout simplement plus être entendues de la même façon.

Serge Fiori – Seul ensemble sera présenté au Théâtre St-Denis à Montréal à partir du 29 août 2026, avec plusieurs représentations jusqu’au 18 septembre, avant de poursuivre sa tournée notamment à Québec, Gatineau, Saguenay et Sherbrooke en 2026-2027.  Détails et billets par ici.

Dates des représentations de Serge Fiori – Seul ensemble 2026

MONTRÉAL | Le Théâtre de l’Espace St-Denis

Samedi 29 août 2026 – 14 h et 20 h
Dimanche 30 août 2026 – 14 h
Mercredi 2 septembre 2026 – 20 h
Jeudi 3 septembre 2026 – 20 h
Vendredi 4 septembre 2026 – 20 h
Samedi 5 septembre 2026 – 14 h et 20 h
Dimanche 6 septembre 2026 – 14 h et 20 h
Mercredi 9 septembre 2026 – 20 h
Jeudi 10 septembre 2026 – 20 h
Vendredi 11 septembre 2026 – 20 h
Samedi 12 septembre 2026 – 14 h et 20 h
Dimanche 13 septembre 2026 – 14 h et 20 h
Mercredi 16 septembre 2026 – 20 h
Jeudi 17 septembre 2026 – 20 h
Vendredi 18 septembre 2026 – 20 h

QUÉBEC | Théâtre Capitole

Mardi 29 septembre 2026 – 20h
Mercredi 30 septembre 2026 – 20h
Jeudi 1er octobre 2026 – 20h
Vendredi 2 octobre 2026 – 20h
Samedi 3 octobre 2026 – 13 h 30 et 19 h 30

 

GATINEAU | Théâtre du Casino du Lac-Leamy

Mardi 27 octobre 2026 – 20 h
Mercredi 28 octobre 2026 – 20 h
Jeudi 29 octobre 2026 – 20 h
Vendredi 30 octobre 2026 – 20 h
Samedi 31 octobre 2026 – 14 h et 20 h

 

LA BAIE | Théâtre du Palais municipal

Jeudi 18 février 2027 – 19 h 30
Vendredi 19 février 2027 – 19 h 30
Samedi 20 février 2027 – 14 h

 

SHERBROOKE | Salle Maurice-O’Bready

Mercredi 3 mars 2027 – 19 h 30
Jeudi 4 mars 2027– 19 h 30
Vendredi 5 mars 2027 – 19 h 30
Samedi 6 mars 2027– 14 h et 19 h 30


* Cet article a été produit en collaboration avec

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