Edouard Tremblay-Grenier

Festival de la Chanson de Tadoussac 2026 | Entrevue «skouik-skouik» avec Édouard Tremblay-Grenier

Lors de son passage au Festival de la chanson de Tadoussac en juin dernier, notre collaborateur Denis Bergeron en a profité pour discuter avec quelques artistes en vue d’une série d’articles. Après son entretien avec Thierry Larose, voici maintenant une entrevue « skouik-skouik » (oui oui, comme le bruit du fromage en grains!) avec Édouard Tremblay-Grenier.

C’est dans une ambiance légère et décontractée que Édouard Tremblay-Grenier s’est prêté au jeu de l’entrevue. Question de le faire sourire un peu, on s’était présenté avec un sac de fromage en grains de la Fromagerie Victoria, frais du jour. Rappelons que ses racines paternelles sont victoriavilloises, puisque son père est l’humoriste de l’absurde par excellence et ex-membre des Chick’n Swell, Daniel Grenier. Le sympathique musicien de 23 ans a trouvé notre petite attention très amusante, en promettant de partager avec les sept autres musiciens de sa cohorte des Chemins d’écriture, un projet orchestré par le Festival de la Chanson de Tadoussac depuis 2003.

Les chemins d’écriture

L’idée derrière les Chemins d’écriture est de regrouper à chaque année, huit auteurices-compositeurices-interprètes en début de carrière, issus du milieu de la musique francophone, afin de leur permettre de consolider leurs acquis, découvrir de nouvelles approches dans le domaine de la composition, en plus de dénicher certaines astuces pour mieux déjouer le fameux syndrome de la page blanche.

Sous la supervision de Xavier Lacouture, ils débutent des ateliers intensifs quelques jours avant l’arrivée des festivaliers et l’organisation leur réserve ensuite des vitrines, tout au long de sa programmation du week-end. Au fil des années, des noms prestigieux tels que Karim Ouellet et Lisa Leblanc (2011), Klô Pelgag (2012), Lou-Adriane Cassidy (2017) et plus récemment, la grande gagnante des Francouvertes 2026, Luan Larobina (2025), ont tous vécus l’expérience, ce qui démontre toute la portée et les répercussions positives derrière cette initiative.

Nous étions donc ravis d’apprendre, quelques minutes seulement après la fin de notre entrevue, que le Festival décernait une distinction à Édouard, en reconnaissance de son potentiel prometteur. Nous avions d’ailleurs eu de très bons mots à son endroit lors du lancement de son album François Roberge, au Quai des Brumes sur St-Denis, le 10 février dernier.

edouard tremblay grenier 2026 quai des brumes 02* Photo par Nicolas Vincent.

Un artiste aux multiples talents

Bien qu’il soit un « p’tit nouveau » de la scène musicale québécoise, son parcours artistique est néanmoins remarquable pour son jeune âge. En plus de son grand intérêt pour la musique, le fils de la chanteuse Mara Tremblay est aussi comédien depuis plusieurs années. Il a joué, entre autres, la version « adolescent » de Léo, le fils de Martin Matte et Julie Le Breton dans la saison Les Beaux Malaises 2.0, en plus d’apparaître dans le long-métrage d’horreur Les affamés (2017), réalisé par Robin Aubert.

Plus récemment, il a démontré l’étendue de son talent lors de son passage à l’émission Zenith, lorsqu’il a interprété avec une aisance déconcertante Comment te dire adieu, ce classique popularisé par Françoise Hardy. Et certains téléspectateurs attentifs ont peut-être même remarqué sa participation dans la nouvelle série à succès de Martin Matte, Vitrerie Joyal. Édouard y personnifiait son père Daniel, avec des vêtements de pêcheur, à la sortie de son audition en duo à l’École Nationale de l’Humour, au moment où il a croisé Martin qui entrait en audition à son tour, une première rencontre qui s’est soldée en une grande amitié. Édouard nous a d’ailleurs confié que le tournage de cette séquence était chargé d’émotions, rappelant une étape très significative dans le parcours de vie de Martin.

Place à la musique… et aux émotions!

Notre curiosité nous a rapidement conduits vers des échanges plus personnels à propos de certaines des compositions de son premier album, François Roberge ( Ne cherchez pas trop loin, c’est simplement le nom d’un bon ami de son père ; un clin d’oeil humoristique).

Nous savions déjà que la pièce Je rêve occupera toujours une place privilégiée dans le coeur d’Édouard, puisqu’elle évoque ses émotions et ses pensées à l’endroit de sa grand-mère paternelle atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Il nous a dévoilé être très reconnaissant envers elle pour l’héritage humain qu’elle a transmis à son père et son oncle Michel (Bang Management) et il espère être la suite logique de tout cet amour-là. On a ensuite été surpris d’apprendre la valeur hautement sentimentale de St-Amable, qu’il a composé suite à une rencontre « coup de coeur » (à sens unique) sur le plateau de tournage de la série télé Rouge forêt, un projet qui l’a « vraiment fait triper ».

St-Amable, c’est « une toune super personnelle, même si j’ai presque pas de texte (…). Pour moi, St-Amable c’est vraiment ce que je ressens quand j’ai une première flamme d’amour. L’explosion à la fin, pour moi c’est ça ». Il se dit aussi « très très fier au niveau du texte » du morceau Le vent ( notre préféré sur l’album ).

Bien épaulé pour la réalisation de son album

Pour son premier opus, Édouard a eu le privilège d’être guidé par l’expérience de Pierre Fortin (batteur de Dales Hawerchuk notamment) et Jean-Sébastien Chouinard (Studio Tone Bender). Et qui fait les voix derrière Le chat du Roi (une pièce qui nous semble généreusement inspirée du style Leloup) ? « C’est moi ! » répond-il avec un grand sourire, avant d’ajouter «Ne me fais pas mal, c’est moi aussi !», en précisant qu’on lui pose fréquemment la question. «Elle (Ne me fais pas mal) est tough à jouer en show. Avant, elle était plus aiguë encore».

Heureusement, Pierre Fortin l’avait convaincu de descendre un peu lors de la réalisation de l’album, en lui expliquant «en show, tu vas pas tripper». Édouard a éclaté de rire, avant d’avouer qu’il remercie Pierre énormément pour son conseil.

Interpréter Villa Maria en spectacle, en l’absence de son amie Laura B., qui la chante avec lui en duo sur l’album, demeure aussi un défi. « Le refrain, ce sont les mots de Laura », lance-t-il. Il ressent donc un certain malaise à s’approprier la pièce et l’interpréter sur scène avec une autre voix.

Il nous a également confié avoir composé une nouvelle pièce en prévision du prochain album, où il sera à nouveau accompagné d’une voix féminine…

Parlons-en du prochain album. Les compositions, ça avance ? Deux ou trois pièces déjà écrites ? Il éclate de rire encore une fois, avant de répondre : « J’dirais une soixantaine, que je suis content. Je compose vraiment beaucoup ». On s’en doutait un peu, lui qui est parvenu à écrire cinq morceaux en cinq jours lors de sa formation à Tadoussac. « Pour l’instant, je suis chanceux, je n’ai pas le syndrome de la page blanche ». Et quand il recherche des avis : « Mes parents sont toujours les deux premières personnes à qui j’envoie ma (nouvelle) toune ».

 

Ses musiciens et la vie de tournée

Et la nouvelle vie de tournée ? « J’aime vraiment ça. Mes high d’énergie sont toujours en fin de soirée, depuis la nuit des temps ». C’est donc beaucoup plus facile pour lui de donner un spectacle en soirée que de se présenter aux aurores pour un tournage. « J’ai hâte de vivre tous les aspects d’une grande tournée. J’ai tellement vu mes parents le faire ».

edouard tremblay grenierÉdouard doit toutefois jongler avec un beau problème lorsque vient le temps de se produire en spectacle, surtout en ce moment. Il faut savoir qu’il partage les services de certains excellents musiciens du « Cool Band » de Gab Bouchard : le guitariste Zach Boileau et son frère Victor Tremblay-Desrosiers à la batterie, pour qui un projet solo est déjà sur les rails.

Édouard le reconnaît : « au début, j’avais peur de gérer ça», surtout quand il ne se retrouve pas dans la même programmation de festival que Gab. Il est toutefois bien secondé face à cette réalité, puisque Vincent Huard-Tremblay (associé aux projets Valery Vaughn et Vanille) l’accompagne à la basse alors que Matis De Koninck (batterie) et Fred Ferland (guitares) reprennent le flambeau. « Avec les deux formules c’est trippant! ».

Ses influences et ses clips

Quand il a été question de ses influences musicales, Édouard nous a répondu sans hésitation : Malajube, un groupe qu’il a découvert grâce à son père, sur les notes de l’album Labyrinthes. Il a ensuite poursuivi l’exploration de l’oeuvre par lui-même. « La créativité de Julien Mineau me fait capoter ».

En raison de son intérêt pour le jeu, on n’était pas étonné d’apprendre que « les clips, c’est ce que j’aime le plus ! » C’est aussi très symbolique puisque ses parents se sont rencontrés lors du tournage du clip La Chinoisse, de Mara Tremblay. En raison de l’absence imprévue d’un acteur, le réalisateur Robin Aubert avait alors proposé à Mara de faire appel à son ami Daniel…

Fait intéressant : Tous les clips d’Édouard ont été tournés au chalet de son père à Warwick, « avec la vieille grange et un décor qui fait un peu film d’horreur », c’était parfait pour le tournage de Fan de toi. Des clips réalisés par son bon ami Félix-Antoine Bénard, avec zéro budget – parce que comme l’exprimait Orelsan dans Notes pour trop tard, « si tu veux faire des films, t’as juste besoin d’un truc qui filme » – Édouard se disant encore fasciné d’observer « le côté technique » des Chicks à l’époque.

Collaborations en vue

Et puisque chaque artiste, peu importe son art, rêve secrètement d’une collaboration significative dans sa carrière, qu’en serait-il pour lui ? « Il y en a beaucoup, mais il y en a deux en particulier. Pour les textes, Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque), pour moi, il n’y a pas plus grand poète qui existe en ce moment (…). Je suis très fan de ce qu’il fait ». Musicalement, Édouard nomme Julien Mineau sans hésiter. « Je sais qu’il réalise des albums aussi ». Il ajoute également Ariane Roy, qu’il a croisée alors qu’ils partageaient la scène – lui comme musicien au sein du house band – à la St-Jean sur les Plaines d’Abraham en 2024. « Je tripperais vraiment, j’suis une éponge », en référence à l’énergie et le mordant qu’elle dégage en spectacle.

L’horaire de Edouard Tremblay-Grenier semble un peu moins chargé ces prochains mois, mais il se produira néanmoins sur la scène du Vieux Bureau de Poste, à Lévis, le 2 octobre prochain, ainsi qu’à la Casa Del Popolo le
21 octobre. Détails par ici.

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