crédit photo: Richard Mercier
Sofiane Pamart

Sofiane Pamart au Festival International de Jazz de Montréal – Jour 9 | Au piano comme à la vie

Le prodigieux pianiste de l’Hexagone s’est présenté à son public tout de noir vêtu, ganté à la Jackson. Tout un look glam pour l’artiste compositeur qui a communié avec les stars Nelly Furtado et Wyclef Jean sur son récent opus Movie, paru en avril. Sa performance solo à la Maison symphonique, sans dire un mot, sans se raconter, a communiqué un message rassurant : le piano suffit encore en 2026 à générer des émotions et l’attention.

Prestation sans interruption, Pamart a le souffle long. Il n’a nul besoin de s’arrêter pour enfiler les perles de son registre des dernières années. Les pièces de son répertoire sont reconnaissables aux premières notes douces et oniriques, dont l’envoûtante Poesía. Une pluie de notes parfaites qui a le pouvoir d’entraîner loin au large, sur les rivages de la rêverie. Autre délice, l’exquise Beauty qui prend la forme d’une ode à l’émerveillement terrestre. Le temps cède à la contemplation. Et les fans en redemandent.

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Sans s’essouffler, se levant de son tabouret dans la plus coolitude façon d’être, Sofiane Pamart s’accorde aussi des moments de solitude intime. Celles des maîtres de la grande musique, entre deux interprétations, irrigant leur lot d’intensité et de pensées intérieures. Lors de ces parenthèses, il fait face aux notes, penchant le cou comme pour leur murmurer un secret, le temps de quelques secondes. L’attitude noble du pianiste, inspiré de Chopin et de sa charge romantique qui émeut la corde sensible. Des épreuves ont marqué le jeune homme aux modestes origines. La disparition d’une amie, poignante plainte Nara sur le thème universel du trépas. Puis l’éclat de l’espoir qui luit à nouveau avec Sunrise In Your Eyes. Le format de la soirée épousait les thèmes de l’existence chez un artiste dont l’ascension est le fruit du labeur, de sa propre vérité. De son élévation.

Bien de son époque, l’artiste populaire cherche à tâter le pouls de ses fans qui baignent dans une béatitude. Une bulle de paix, loin des tumultes urbains. Il crée avec eux un dialogue dépassant le cadre solennel auquel on peut s’attendre dans une salle symphonique prestigieuse, les amenant dans un jeu dont il est le maître, en faisant résonner le digne instrument. Il débute des accords, puis relâche le tout. Et rebelote, au grand plaisir du public qui embarque dans cette récréation, en tapant des mains. Son jeu n’a évidemment rien de snob. La sincérité et la maîtrise résonnent aux bouts de ses doigts, et dans son regard qui en fin de concert se dévoile au retrait de ses verres fumées opaques. Le charme opère et se diffuse parmi la foule qui ovationnera à plusieurs reprises l’enfant prodige du piano que l’on espère retrouver en sol montréalais pour nous montrer ses autres facettes et mystères. Pourquoi pas en formule duo avec sa communauté de collaborateurs ?

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