Entrevue | Gerard Way : Recommencer à neuf

Alors que Gerard Way, ex-leader du groupe My Chemical Romance, s’arrêtait au Théâtre Corona vendredi soir pour présenter son premier effort solo, Hesitant Alien, Sors-tu.ca en a profité pour jaser d’art et du plaisir d’être différent avec lui, dans son autobus de tournée. 

Photo de courtoisie

Photo de courtoisie

Après les années de succès qu’il a connues au sein de My Chemical Romance où il a tourné dans de grandes salles, des stades et des arénas, Way est ramené au point de départ avec son travail solo, alors qu’il se produit dans des salles de plus petites envergures. Une sorte de retour aux sources dont il avait besoin. « Non seulement j’avais besoin de rejouer dans de plus petites salles, pour me reconnecter, mais c’est certain que tu dois recommencer du début. C’est gros de se défaire des plus grandes salles, de changer ça, mais tu as besoin de le faire, tu dois recommencer. C’est un très bon sentiment, c’est super positif. »

Et ce recommencement ne se passe pas seul. Sur scène, Way est accompagné de The Hormones, son groupe de tournée composé de cinq musiciens, dont certains ont aussi participé à l’enregistrement de l’album. Les membres du groupe sont d’ailleurs des amis ou des collaborateurs de longue date de Way. « Je jouais avec Jarrod [Alexander], à la fin de MCR, il était le batteur de tournée et James [Dewees, claviériste], était fondamentalement un membre de MCR depuis des années à ce point-ci. »

Mais les travaux parallèles de Way – qui s’intéresse énormément à la bande dessinée et qui en a écrit plusieurs au cours des dernières années – l’ont amené à faire de nouvelles rencontres qui ont contribué à former son groupe. Son début à la télévision en 2013, alors qu’il a écrit le dernier épisode de la saison deux de la série The Aquabats! Super Show! lui ont permis de recruter Ian Fowles, l’un des personnages principaux de la série, qui deviendra l’un de ses guitaristes et Matt Gorney, bassiste, qui jouait l’un des vilains de l’épisode.

Et c’est tout ce qu’il lui fallait pour monter The Hormones: « Je pense que si tu as un bon groupe de gens talentueux, 3 mois de répétitions va rassembler n’importe qui. Donc on a beaucoup répété. » Et pourquoi « The Hormones »? « Je dois une grande partie de ma carrière aux hormones, donc ça semblait un bon nom. »

 

Une approche différente sur scène

Photo de courtoisie

Photo de courtoisie

Alors qu’on avait l’habitude de le voir courir d’un bout à l’autre de la scène, de manière très énergique, mais surtout très théâtrale au sein de My Chemical Romance, on doit s’attendre à une version plus posée de lui-même dans son approche solo. « C’est très intime. C’est beaucoup moins agressif que, disons, la musique de My Chemical Romance ou comment j’étais. C’est définitivement différent. Je dirais que c’est toujours énergique, mais définitivement pas théâtral. C’est réduit à l’essentiel, tout ce qu’on amène, c’est seulement l’équipement et on ne fait que jouer l’album entier tous ensemble. C’est une soirée très intime où je passe la soirée avec le public, ce qui est agréable. »

On sent d’ailleurs que la proximité avec ses fans est une chose importante pour lui. Gerard Way est très actif sur les réseaux sociaux Twitter et Instagram et interagit souvent avec les fans. C’est ce qui a alimenté la thématique de la tournée pour Hesitant Alien: « se rapprocher du public et se reconnecter avec lui. »

Et même si ses années MCR sont derrière lui, il ne cherche pas à s’en distancer de manière radicale. « Je dirais qu’il y a une distanciation saine, mais je dois dire que je suis très fier [de ces années] et que je n’essaie pas de prétendre que je ne l’ai jamais fait. Je suis très content de ce que My Chemical Romance a accompli. Mais il y a une bonne distance, dans le son et dans le style de performance. »


L’écriture de Hesitant Alien

Ce qu’il y a d’intéressant avec Hesitant Alien c’est que Gerard Way puise ses influences de différentes époques. Le côté musical est fortement influencé de la pop britannique des années 90 et du glam-rock, Pulp étant l’une de ses plus grandes influences, alors que le côté visuel de l’album verse plutôt dans un style année 80. La pochette est un hommage à celle de Heroes de David Bowie, alors que tout le marketing entourant la promotion de l’album, les vidéoclips et les fausses entrevues ont une facture visuelle extrêmement kitsh et rétro-80.


« Je savais que je faisais un album un peu flou, donc je voulais que le visuel soit très net. Je voulais ce genre de friction entre le visuel et le son et donc ça a très bien marché pour Hesitant Alien. Il y a le look plus léché avec cette musique presque sale. C’était la manière de penser. »

J’ai su très tôt le son que je voulais, donc je ne pensais pas de manière théâtrale pour la première fois depuis longtemps.

Il faut dire que par le passé, Way a presque toujours produit des albums concept, de type opéras rock, notamment avec The Black Parade et Danger Days: The True Lives of the Fabulous Killjoys. Une influence de sa passion pour la bande dessinée. Mais pour son projet solo, Way s’est permis pour la première fois en plusieurs années de ne pas réfléchir en des termes conceptuels et de se laisser aller. « Je pensais davantage à ce qui sortait de moi et au son que je voulais. J’ai su très tôt le son que je voulais, donc je ne pensais pas de manière théâtrale pour la première fois depuis longtemps. C’est probablement pour ça que je suis si content du résultat, parce que c’est si différent. J’ai juste eu du bon temps et je me suis poussé très fort à faire de la musique qui n’avait pas à s’appuyer sur une théâtralité. »

Le fait d’être un papa depuis 6 ans a aussi eu une influence sur la simplicité de son approche. « Avant [d’avoir une famille] c’était super complexe. Mais tout se met à être très simple avec une famille, ça rend la création plus simple. »

 

Trouver sa place en étant différent

Au fil des ans, les thématiques de Gerard Way ont souvent tourné autour du fait d’être différent et de ne « pas cadrer dans le moule ». Mais à 38 ans, Way considère qu’il a trouvé sa place dans le fait de ne pas correspondre aux standards et aux modèles. « Cela vient beaucoup du fait que j’ai dû accepter que je ne cadrais pas et en être vraiment fier et ne pas vouloir cadrer non plus. »

Je pense que, particulièrement aujourd’hui, avec les étiquettes qu’on se donne, les gens devraient davantage embrasser leur différence plutôt que d’essayer d’être comme tout le monde.

Cet état d’esprit a guidé l’écriture de Hesitant Alien et a mené à ce titre. Le fait d’être un « alien » parmi les autres, c’est ce qui conduit à l’écriture des chansons de ce premier opus solo.

C’est aussi pourquoi il aime beaucoup se produire en spectacle et le sentiment qu’ils lui procurent. « C’est cool d’avoir un environnement sécuritaire comme les concerts où, pendant au moins une heure et demie, les gens ont le sentiment de faire partie de quelque chose parce que dans leur vie normale, ils se sentent à part. Je suis fier d’être un « outsider » et j’aime être différent. Je pense que, particulièrement aujourd’hui, avec les étiquettes qu’on se donne, les gens devraient davantage embrasser leur différence plutôt que d’essayer d’être comme tout le monde. »

 

La suite

Le spectacle au Théâtre Corona mettait fin à sa tournée, juste avant une apparition au festival Boston Calling ce week-end. Il reprendra sa tournée à l’automne, en Russie, puis, se consacrera à l’écriture d’un deuxième album, déjà entamé, selon ce qu’il a confié à la foule vendredi soir.

Ses intentions sont surtout de continuer à faire grandir son art et de créer le plus possible. Il dit d’ailleurs avoir plus de temps pour explorer, puisqu’il est le maître de son horaire. Ayant un fort côté musical et théâtral, la comédie musicale de style Broadway serait-elle une avenue possible dans le futur? « C’est quelque chose auquel je pense, certainement! Tu dois le faire au moins une fois! [sourire] »

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