Mackenzy Bergile

Autothérapie au Festival TransAmériques | Le salut ébène

C’est enfin la saison FTA, et avec elle, sa formule danse et théâtre qui emporte tout sur son passage. Nos sensibilités à fleur de peau. Nos quêtes de rêve. Notre sentiment d’appartenance au monde en équilibre précaire. Un passage auquel conviait le danseur franco-haïtien Mackenzy Bergile dans une chorégraphie douloureuse et salvatrice dont on ne se sort pas tout à fait indemne.

Présenté en première nord-américaine au 20e FTA, dans l’une des salles les plus pentues de la métropole, le Prospero, Autothérapie emprunte l’itinéraire éclaté de sessions de réflexions pour apaiser l’être. Mais ici, rien à voir avec une analyse de la psyché standard. L’être aspire à panser son mal-être à travers les traces de la collectivité à laquelle il appartient. Ses morts, ses frères et sœurs afrodescendants disparus au cours de l’histoire abominable de l’esclavagisme – même à Montréal, dans le giron d’une certaine famille Francheville. L’individu marqué par ces êtres ne guérira qu’au contact de ce spectre du passé. Il est la somme de leur équation.

En ouverture et en finale, la langueur s’installe sur un fond blanc, l’arène d’un cubicule au néon. Le chant Ave Maria en allemand prend aux tripes, nous laissant seul dans la pénombre de longues minutes durant. Lorsque le danseur tapi dans l’ombre s’installe face à ce mur sur lequel défile les paroles : on imagine la solitude et le déchirement de la terre africaine pour l’exil esclavagiste, fil de la performance. La Blanche Vierge reviendra dans l’imaginaire du danseur qui cherche à déstabiliser, à faire craquer. Le souvenir du petit George Junius Stinney Jr., électrocuté en Caroline du Sud en 1944, le séant posé sur une bible tellement frêle il était, accusé de meurtre sur deux fillettes, sans défense juridique ni familiale, glace le sang. Le spectateur est maintenu dans une posture de vulnérabilité face à tant d’épisodes horrifiants relatés par l’artiste, une narration solennelle.

Une question surgit : pourquoi ressasser des siècles d’histoire douloureuse pour guérir son âme dans un monde qui oublie et n’en a que cure ? Le danseur l’exprime avec tranchant en adressant au public un geste de la main désinvolte, venant et se retirant, et lance de la farine comme une rechute à sa guérison intérieure. Magnifique danseur à la colonne vertébrale indépendante se mouvant comme sous les assauts du temps subis par les esclaves, Mackenzy Bergile use de la danse urbaine pour ventiler le trop plein émotif auquel il s’abandonne. Une forme de breakdance feutré qui le rend fort et agile à traverser la scène à la manière d’une couleuvre indomptable.

Maître de son corps jusqu’à la nudité fragile, comme du texte poétique, l’artiste éblouit par autant de facettes de son talent expressif. Il nous plonge dans une réflexion universelle sur notre rôle pour éradiquer les affres du racisme, ce pôle tragique de l’opposition entre le Blanc et le Noir persistant. Une autothérapie sur soi, vers l’autre.

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