«Entre chiens et louves» du Cirque Le Roux et Alexandra Stréliski au Théâtre Maisonneuve | «Vertige de l’amour»
Tonique expression artistique. Trois mots qui épousent les formes d’un spectacle magistral hors norme combinant cirque et raffinement musical, sous la gouverne de la pianiste et maestria Alexandra Stréliski. Des décors campant trois histoires dans une trame cinoche, en 1850, 1960 et 2026. Une réussite hautement emballante à ne pas rater pour quelques jours encore dans la métropole.
On peut se demander de prime abord la signification de l’intitulé de la performance : Entre chiens et louves. Nul animal ni affrontement carnassier ne se déroulera sous nos yeux durant ce tourbillon d’un peu plus d’une heure. Mais l’on saisira au fil des scènes qu’un protagoniste – Alex (Gregory Arsenal) – n’a pas la vie facile, jamais au bon endroit, décalé dans un monde agité. Il arrive en bousculade sur la scène, poussé avec violence par des mains étrangères. Une voix reliée à sa psyché nous fait comprendre qui il est, la raison de sa quête.
* © Le Bon Marché Rive Gauche
Amoureux de Tom (Philip Rosenberg), il vit dans un monde autre que le tien, subissant les reproches de son aimé. Absorbé dans les pages d’un récit, il fait la rencontre d’une dame du 19e siècle – Louise (craquante Mathilde Jimenez) – elle aussi soumise à une domination conjugale, cherchant par tous les moyens à aller à un bal. Puis dans une troisième chambre, le destin d’une jeune femme éprise elle aussi d’un amour tabou en 1960 lui brûlant les ailes. L’amour et l’obsession de son emprise occupent l’espace et guide les prouesses des huit artistes acrobates, avec romantisme, désir et humour. Même en « bobette », mention spéciale à Yannick Thomas, colosse de la compagnie aux formes inébranlables.
Au piano, Alexandra Stréliski et ses complices aux cordes, Julia et Natalia Kotarba, forment un tableau sonore symbiotique à la performance, à son concept de 7e art circassien. DJ Jimbo Canoville complète quant à lui ce quatuor musical atypique transcendant les compositions de celle qui a noué un lien de longue date avec ce Cirque cher à son histoire.
La discipline circassienne est on ne peut plus au rendez-vous. On a le souffle court à voir ces êtres portés sur leurs épaules un, deux et même trois corps ! Une prouesse aussi impressionnante que périlleuse, si jamais l’attention ou un faux pas se manifeste. Mais il n’en sera rien. Car chaque mouvement et saut s’exécute au millimètre près de la perfection, de la résistance musculaire. Des scènes prennent un tournant danse qui permet d’apprécier cette autre dimension du Cirque Le Roux. Un ballet original, porte de sortie de Louise qui s’en donne à cœur joie, passant d’un corps à un autre.
Sans en dire trop sur la finale, un indice : la ronde folle en contrôle dans le vide. Un dernier acte sur le thème rigolo mais intense du sentiment « d’être dans la merde, ou la grosse merde ». Les artistes donneront tout, frôlant le sol d’une hauteur potentiellement fatale à la chute du crâne d’Alex et Tom, et formant de hautes tours humaines. « Vertige de l’amour », aurait acclamé Bashung.
- Artiste(s)
- Alexandra Stréliski, Cirque Le Roux
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Maisonneuve
- Catégorie(s)
- Cirque,

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