Entrevue avec Yoo Doo Right | Créer selon ses propres règles
Build and Rest by the Shepherd’s Light, quatrième disque en cinq ans pour Yoo Doo Right, ce duo rock bien d’ici qui mériterait de jouir d’une exposition encore plus forte dans sa propre province. Nous nous sommes entretenus avec Justin Cober dans les locaux de pratique du groupe, nous détaillant son éthique de travail et la genèse de création de ce dernier opus, mais nous partageant aussi ses réflexions sur la consommation de l’art aujourd’hui.
Une dizaine d’années que Yoo Doo Right venait chatouiller (plutôt pulvériser, ils jouent très fort!) pour la première fois les oreilles des curieux, mais c’est dans le courant de la pandémie que le groupe prenait véritablement son envol, avec un premier long jeu paru en 2021 sur l’étiquette Mothland, Don’t Think You Can Escape Your Purpose. Récidivant en 2022, puis en 2024 avec deux autres albums, le duo composé de Justin Cober et de John Talbot s’associait l’année dernière à Population II et à Nolan Potter dans le cadre du projet Yoo II, beau par sa spontanéité, intéressant par sa surprise. Une séance d’improvisation sans intention au Texas, des musiciens se connaissant et s’appréciant, et voilà que se produisait la magie tant attendue : un nouvel album naissait contre toute attente, un autre!
Increvables ces dernières années, et pourtant, pas de sabbatique pour Yoo Doo Right! Nous revenant alors cet automne avec Build and Rest by the Shepherd’s Light, Yoo Doo Right s’est encore laissé prendre la main et guider par la musique, sans forcément calculer le résultat au bout du chemin.
« Nous avions réservé le studio en décembre dernier, et nous n’avions pas tout préparé dans les moindres détails. On y est juste allés pour voir comment on pouvait utiliser cet espace et trouver l’inspiration créative les uns chez les autres, ainsi qu’auprès de Ky [Brooks], qui s’est occupé.e de l’ingénierie du son, détaille Justin Cober. C’était très différent de nos autres albums, où tout était vraiment répété, avec un répertoire qu’on présentait parfois en tournée avant de l’enregistrer. »
Le studio auquel Justin Cober fait référence, c’est l’Hotel2Tango, vrai temple sacré pour tout amateur de rock montréalais un peu décalé, qui accueillait par le passé les manifestes sans paroles de Godspeed You! Black Emperor, ou encore la nostalgie douce-amère d’Arcade Fire, dans Funeral.
« C’est le genre d’endroit où l’on ne peut s’empêcher de ressentir l’esprit qui y règne, dit-il. Et c’est certain que les premières fois où nous sommes entrés à l’Hotel2Tango, nous étions un peu intimidés. »
* Justin Cober, dans le cadre d’un spectacle de Yoo II + Nolan Potter, au Festival international de Jazz de Montréal, en 2026. Photo par Pierre Langlois.
Connaissant parfaitement l’acoustique du studio, Ky Brooks, essentiel.le à la conception de ce nouveau projet, aura tiré le meilleur du groupe, juge Justin Cober. Tellement le meilleur que Yoo Doo Right s’est laissé aller, a empilé les textures, les couches, plus qu’à l’habitude, et aura besoin de… sept musiciens sur scène pour livrer les pièces de Build and Rest by the Shepherd’s Light dans une formule se rapprochant de leur version studio!
« On ne se limite pas à des structures conventionnelles, je dirais. On produit la musique qui nous semble la plus significative à nos yeux. »
Pas de couplet-refrain-couplet chez Yoo Doo Right, bien sûr, gravitant dans le monde du post-rock qui ne suit pas ces « règles », mais plutôt un assemblage d’idées différentes qui, malgré elles, finissent par fonctionner entre elles.
« Ça revient un peu à découper des morceaux de journal et former une phrase avec les mots que l’on a découpés. »
Un collage d’idées, forcément, ça peut durer longtemps : suivant la grande tradition du post-rock, un morceau de Yoo Doo Right s’étale sur plusieurs minutes, souvent plus de dix, alors que la pointe du crescendo agit comme une récompense, en quelque sorte, un climax qu’on ne pourrait atteindre sur une pièce plus courte. Crève-coeur pour Cober, qui doit composer avec les aléas de notre époque boulimique, où le consommateur cherche de la stimulation rapide, toujours plus : une plateforme comme Spotify détaille aux artistes des statistiques comme la durée d’écoute d’une chanson, à quel moment la majorité des auditeurs décident de la skip pour passer à la prochaine. Crève-coeur, car beaucoup ne se rendent pas jusqu’au bout d’un morceau de Yoo Doo Right, beaucoup ne prennent pas le temps d’aller chercher ladite récompense.
« Quand l’art se résume à la capacité d’une personne à se laisser captiver dès les 10 premières secondes d’un morceau, je pense que ça lui rend pas justice. Si l’on regarde un tableau pendant 10 secondes, puis que l’on s’y désintéresse immédiatement, on ne lui rend pas service. Et avec le mode de vie algorithmique que nous menons aujourd’hui, est-ce que notre capacité d’attention est condamnée à se limiter à un court extrait que l’on fait défiler, en espérant en tirer quelque chose? C’est quelque chose qui me dérange vraiment. »
« Mais je suppose que ceux qui partagent notre point de vue comprendront à quel point il est important de prendre le temps de s’immerger dans un morceau de musique, de l’écouter plusieurs fois et de se laisser porter par les différents états d’esprit au fil des écoutes. »
* Photo par Timothy Aaron Bryan.
Yoo Doo Right lancera son nouvel opus au Ausgang Plaza le 19 novembre prochain, dans le cadre de la 21e édition du festival M pour Montréal. Il partagera la scène avec Population II, de bons amis, un trio tenu haut dans son estime (et inversement), avec qui Yoo Doo Right partage la même philosophie artistique.
« Nos deux groupes ont décidé de faire de la musique que les gens devraient entendre, plutôt que de la musique qu’ils voudraient entendre. »
Ça vous intéresse? Dommage, car… on annonce déjà un spectacle sold-out. Meilleure chance la prochaine fois!
Dans quelques heures paraîtra le quatrième et nouvel album de Yoo Doo Right, mais petit scoop : le duo a déjà enregistré un cinquième album, qui sera bientôt terminé et mixé, nous annonce Justin Cober.
Increvables, c’est le mot.
- Artiste(s)
- Yoo Doo Right
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Ausgang Plaza
- Catégorie(s)
- Alternatif, Ambient, Noise, Post-rock, Rock,
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