Entrevue avec comment debord | Voulez-vous danser? [balado]
Le septuor montréalais comment debord fait paraître aujourd’hui son troisième album, DES FOIS DANSER. Nourri par l’énergie de ses spectacles, le groupe pousse plus loin ses explorations funk et disco, sans délaisser la poésie nuancée qui caractérise son univers. Une invitation à se retrouver, à lâcher prise et, surtout, à danser ensemble.
comment debord a une mission pour son prochain tour de piste : faire lever le public de ses chaises. Avec DES FOIS DANSER, son troisième album lancé ce vendredi 23 octobre, le septuor montréalais assume pleinement son penchant pour les rythmes dansants, dans la continuité de Monde autour, paru précédemment. Une évolution qui s’est imposée naturellement au fil des spectacles, alors que les musiciens ont constaté à quel point leurs compositions les plus groovy donnaient envie de bouger.
« On avait tout le temps une bonne section du spectacle qui était réservée à des tounes plus disco, funk, des trucs qui bougent, qui dansent », explique Rémi Gauvin, chanteur et principal parolier du groupe, en entrevue avec Louis-Philippe Labrèche et Marc-André Mongrain à leur vodcast conjoint Plaque tournante. « On a été nourris par l’énergie qu’on a reçue du public. Ça nous a donné le goût de faire comme : hey, et si on essayait de faire un album qui mettait le doigt sur cette énergie-là? »
Le constat s’est notamment imposé dans des maisons de la culture et des salles où le public était d’abord installé en rangées de sièges. Lorsque le groupe invitait les spectateurs à se lever, particulièrement pendant la deuxième moitié du spectacle, la réponse était souvent enthousiaste. Au-delà du simple plaisir de danser, les musiciens observaient une transformation dans la dynamique de la salle.
« On remarquait aussi que dans le public, il y avait comme une plus grande cohésion, puis une grande interaction », raconte Étienne Dextraze-Monast. « C’est comme si, quand tout le monde est assis sur leur chaise, c’est ma chaise. Puis on se regarde moins. »
Avec DES FOIS DANSER, comment debord veut donc provoquer cette rencontre entre les corps, la musique et les gens qui les entourent. Le groupe prévoit d’ailleurs privilégier les salles debout pour sa prochaine tournée, afin de rapprocher le public des musiciens et de favoriser cette communion.
Du groove, mais pas à moitié
Si les compositions de comment debord conservent une certaine simplicité dans leurs structures, leur efficacité repose sur un travail minutieux des arrangements et de la production. Les guitares s’entrecroisent, les percussions s’accumulent et les claviers contribuent à construire des grooves qui paraissent naturels, mais qui résultent de nombreux choix réfléchis.
« Si la tune est deux BPM plus bas ou deux plus haut, ça va moins groover », résume Gauvin, en évoquant l’importance du tempo et de l’équilibre entre les différents éléments d’une chanson.
Pour ce troisième album, le groupe a consacré davantage de temps au travail en studio. Fidèle à son approche organique, il a néanmoins conservé une base d’enregistrement où les musiciens jouent ensemble sur bande magnétique, avant de peaufiner les détails en postproduction.
« On a passé une semaine complète où personne ne s’installait dans la salle où on joue habituellement en direct. Tout le monde était en studio, on écoute, on note des idées, on essaie des trucs », précise Dextraze-Monast.
Cette méthode permet de préserver l’énergie collective des prises instrumentales tout en ajoutant les petites couches sonores qui donnent à l’album sa richesse. Les références assumées du groupe remontent notamment au disco et au funk des années 1970, avec Nile Rodgers et ses collaborations avec Sister Sledge parmi les inspirations majeures. Les musiciens évoquent aussi The Meters, groupe emblématique de La Nouvelle-Orléans, ainsi que des influences de la fin des années 1970 et du début des années 1980, notamment le yacht rock.
La démarche s’est également renouvelée dans la composition. Plutôt que d’arriver avec des chansons presque achevées, Gauvin et ses comparses ont d’abord travaillé à partir de grooves de basse, de batterie et de suites d’accords. Ils ont enregistré ces idées instrumentales avant que Gauvin y ajoute progressivement paroles et mélodies.
Cette manière de faire témoigne d’une confiance accrue entre les membres du groupe, qui peuvent présenter des idées encore incomplètes et les développer collectivement. Dans un ensemble de sept musiciens, cette capacité à écouter et à composer ensemble est essentielle.
Une poésie qui préfère le dialogue à la confrontation
Même lorsque la musique se fait plus festive, les textes de Rémi Gauvin conservent leur place centrale. C’est d’ailleurs l’une des particularités de comment debord : derrière des influences musicales parfois très éclectiques, la plume du chanteur contribue à donner une cohérence à l’ensemble.
Les chansons abordent notamment des questions sociales, politiques et identitaires, sans nécessairement adopter un ton revendicateur ou frontal. La pièce « Bonhomme », par exemple, soulève des interrogations sur la répartition de l’argent et les rapports sociaux, en passant par des images qui contrastent avec la légèreté apparente de la musique.
Gauvin revendique une approche qui cherche davantage à ouvrir la discussion qu’à condamner ceux qui pensent autrement.
« Moi, je suis un gars de gauche, quand même. Oui, je parle d’une certaine manière de mes opinions politiques dans les tunes, mais personnellement, l’approche que j’ai envie de prendre, c’est d’essayer d’établir un dialogue. Je pense que la musique, c’est une très belle manière de le faire. »
Pour lui, la nuance n’est pas incompatible avec la conviction. Même lorsqu’il est en désaccord avec quelqu’un, il croit possible de trouver des terrains d’entente avec des personnes dont le mode de vie ou la réalité socioéconomique diffèrent des siens.
Cette philosophie rejoint la dynamique interne du groupe. La nécessité de faire des compromis, de s’écouter et de laisser de la place aux autres fait partie de son fonctionnement quotidien. « Il faut qu’il y ait une cohérence entre la manière dont le band fonctionne et ce que le band dit. Sinon, ça ne tient pas », souligne Gauvin.
Cette cohésion est d’autant plus importante que les sept membres de comment debord mènent aussi d’autres projets musicaux. Le groupe doit composer avec les réalités de l’industrie québécoise, où il demeure difficile pour les musiciens de vivre exclusivement de leur musique originale. Les remplacements ponctuels sur scène font ainsi partie de la réalité du septuor, qui cherche à préserver une relation de confiance et de respect entre ses membres.
Le succès de « Blood », qui a pris une place particulièrement rassembleuse dans les spectacles du groupe, a d’ailleurs renforcé leur confiance sans dicter la direction artistique de ce nouvel album. Les musiciens préfèrent continuer à explorer ce qui les enthousiasme plutôt que de tenter de reproduire une formule gagnante.
« On fait ce qui nous passionne, puis on essaie de faire des tunes qui groovent, qui nous donnent envie de bouger », résume Dextraze-Monast.
Se retrouver par la danse
Avec ses neuf chansons et ses quelque 34 minutes, DES FOIS DANSER a été pensé en fonction de la scène. Le groupe souhaite interpréter la majeure partie de l’album lors de sa prochaine tournée, en puisant également dans les pièces dansantes de ses deux premiers disques.
Les spectacles de rodage de l’été ont déjà permis de tester certaines nouvelles compositions et de réfléchir à la manière de construire une soirée où le mouvement occupe une place centrale. La mise en scène est notamment confiée à François Bernier, qui avait déjà collaboré avec le groupe sur son premier spectacle.
Au-delà de l’ambition musicale, le titre DES FOIS DANSER porte une idée simple : la danse est une manière de communiquer et de partager un moment avec les autres, sans devoir passer par les mots. Gauvin observe d’ailleurs que cette pratique semble avoir perdu du terrain dans les habitudes collectives, à l’heure où les écrans occupent une place grandissante dans nos vies.
Il y a pourtant quelque chose de libérateur dans le fait d’accepter de danser, même sans maîtriser les mouvements. Il faut parfois dépasser une certaine pudeur, se laisser aller et accepter d’être un peu maladroit. Pour les membres de comment debord, cette vulnérabilité fait partie de l’expérience.
« Le feeling de tout le monde qui danse puis qui chante un refrain en même temps, ce sentiment-là, il n’y a rien comme ça », affirme Gauvin. « Il y a un truc de connexion, un truc de bien-être, c’est super libérateur. »
C’est précisément cette énergie que le groupe souhaite retrouver sur scène : un public qui ne se contente pas de regarder, mais qui participe, répond à la musique et contribue à faire monter l’intensité collective.
En lançant DES FOIS DANSER, comment debord ne cherche donc pas simplement à livrer un album plus dansant. Le septuor propose une manière de se rassembler, de faire tomber quelques barrières et de renouer avec le plaisir d’être ensemble. Et si, comme le suggère son titre, il suffisait parfois de danser?
La rentrée montréalaise de comment debord aura lieu le vendredi 26 février 2027 au National dans le cadre de Montréal en lumière. Billets par ici.
Écoutez l’entrevue en intégrale par ici :
- Artiste(s)
- Comment Debord
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Le National
Événements à venir
-
jeudi
-
samedi
-
samedi
-
vendredi
-
vendredi
-
samedi
Concert pour toutes les oreilles | des fois danser
Lieu : Salle Antony-Lessard -
samedi
-
samedi
-
samedi
-
jeudi
-
samedi
-
samedi
Vos commentaires