My Fierce Ignorant Step

Christos Papadopoulos – My Fierce Ignorant Step au Théâtre Maisonneuve | Bondissements juvéniles

Pour trois représentations jusqu’à samedi au Théâtre Maisonneuve, une troupe grecque, fraîche comme l’éveil de l’adolescence, vient nous secouer par leur chorégraphie étonnante. Une performance portant à juste titre son épithète de suite de « pas férocement fougueux et irréfléchis ». La débandade joyeuse d’une dizaine de danseurs peu rieurs que Pierre Des Marais, directeur général et artistique de Danse Danse qualifiait en première médiatique d’expression du vivant.

Aux premières secondes, sur une scène brute sans artifice, des sons « tic tic » épars sortent de l’enceinte. Un rythme incertain qui résonne chez chacun des dix interprètes par de subtils hochements de tête. Comme un effet de balancier perceptible au millimètre près, détonateur de l’existence. Il n’y a alors aucun épanchement féroce sur scène, mais plutôt un préambule par le réchauffement des corps dans une bulle d’uniformité esthétique. Les tenues sont majoritairement de teintes chair et terre, hormis deux protagonistes en bleu, peut-être pour l’évocation de l’azur grec. Songerie méditative.

Durant une heure et des poussières, la ténacité de la force de la jeunesse et son endurance nourrissent la chorégraphie. Les bras et les jambes s’accélèrent sous un effet d’empressement rythmique. Le temps est à la frénésie, au moulinage gestuel. Deux danseurs dominent l’espace. Soudainement, la vélocité de la danse et son volume s’amplifient. Place à l’accentuation des détails d’une danse collective, de la dominance du groupe qui ne doit faillir sous aucun prétexte. Pour se soutenir mutuellement, la bande pousse graduellement des onomatopées et des souffles sonores.

my fierce ignorant step christos papadopoulos 04* Photo par Pierre Gondard.

Il est dur d’exister et de se mouvoir ainsi dans une telle discipline, sans pouvoir s’éloigner de la bande, en gardant son individualité juvénile. Est-ce là le message porté par la danse inventée par Papadopoulos et son acolyte, le compositeur avant-gardiste émérite Kornilios Selamsis ? L’interprétation est grande ouverte dans cette œuvre respirant la liberté.

Contemporaine dans sa forme boudant tout classicisme, la chorégraphie semble emprunter certains codes de la danse traditionnelle grecque. Les rondes et les pas de danse n’échappent pas aux connaisseurs et cela fait partie de l’allégresse. La clôture des dix dernières minutes consacre l’effort par de légers sourires d’allégresse. Le bouillon de vie et le tourbillon auquel s’est livré le corps a longuement mijoté et ses effluves se dégagent. La fatigue n’a en rien empêché l’acte grégaire d’atteindre son point d’exclamation final. Certains danseurs se sont démarqués par des corps plus enclins à la dispersion. Ponctué de quelques langueurs, de moments de parenthèses, My Fierce Ignorant Step se distingue par un souci de respect des lignes dansantes, sans folle effusion scénique.

À voir au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts jusqu’à samedi. Détails et billets par ici.

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