Félix, je me souviens au Théâtre Capitole | Une grande fête de l’art à la hauteur d’un géant
Félix, je me souviens, présenté le 4 novembre dernier au Théâtre Capitole de Québec sous la mise en scène de Martin Genest, est une fresque multidisciplinaire qui célèbre Félix Leclerc et tous ceux et celles qui, comme lui, osent déranger, inventer et faire avancer les choses. Sa richesse tient à la diversité de ses propositions : les mélomanes y trouvent des arrangements audacieux et des interprétations inspirées, les amateurs de théâtre découvrent un jeu sensible et une narration inventive, les passionnés d’histoire retrouvent les traces d’un parcours marquant, tandis que les amoureux des arts visuels et les curieux de technique peuvent s’émerveiller devant une scénographie spectaculaire et une mécanique scénique d’une rare ingéniosité.
Dès les premières secondes, la scène s’illumine sur une illusion extraordinaire. Difficile de saisir immédiatement ce qui vient de s’ouvrir devant nous. Des projections, un décor, de la magie? Une chose est certaine : cette intensité visuelle ne nous quittera pas.
Difficile de réduire cette proposition à un spectacle de chanson, de musique ou de théâtre. C’est plutôt une rencontre entre l’histoire, la musique, les arts vivants et les prouesses techniques. Une production qui rappelle combien les créateurs sont essentiels. Parce qu’ils dérangent, questionnent, repoussent les limites et ouvrent des chemins que d’autres pourront emprunter.
Au cœur de cette histoire, Félix Leclerc apparaît comme un homme partagé entre son désir d’être artiste et celui d’être défricheur. Pourtant, il aura été les deux. Celui qui a osé tracer sa propre route a finalement ouvert le chemin aux générations qui ont suivi. Celui qui a notamment donné aux Québécoises et aux Québécois le don de marcher la tête haute.
On découvre différents pans de sa vie, notamment ses aventures à la radio. Pour illustrer le travail simultané qu’il devait accomplir, le personnage se multiplie sous nos yeux. Une série de Félix apparaît sur scène dans un jeu visuel étonnant, dont on ne saisit jamais vraiment tous les mécanismes. L’illusion fonctionne à merveille. Ailleurs, deux Félix se font face dans un dialogue intérieur, comme si l’homme confrontait ses propres incertitudes et les choix qui ont façonné son parcours.
La scénographie mérite une attention particulière. Une maquette mobile, filmée et projetée en arrière-plan, crée une profondeur saisissante. Les photographies d’époque s’intègrent naturellement à l’action. Une voiture et un train prennent vie grâce à des moyens simples, mais ingénieusement exploités. L’arrière-plan se métamorphose lui aussi : la neige devient fumée, puis photographie, avant de laisser place à des oiseaux qui tournoient dans l’espace. Un équilibriste vient même exploiter la verticalité du plateau.
Derrière ces illusions, on devine le travail d’une impressionnante équipe : vingt artistes sur scène et autant dans l’ombre. La coordination est d’une précision remarquable, presque découpée au couteau. La technique ne sert pas simplement de support au spectacle : elle devient un véritable langage scénique.
Et que dire des interprètes? Les voix sont belles, justes et puissantes. Le jeu est sensible et touchant. Les musiciennes et musiciens font preuve d’une écoute exceptionnelle, sachant se fondre dans l’atmosphère ou prendre leur place au premier plan aux moments les plus judicieux. Les arrangements, pénétrants et percutants, préservent l’essence de Félix tout en exploitant les possibilités virtuoses des interprètes. Quelques échos de Miles Davis viennent même colorer l’univers musical, notamment lorsque le contrebassiste prend place sur la scène tournante. Un moment visuellement saisissant qui rappelle que Félix a lui aussi traversé son époque et évolué avec elle.
La créativité se manifeste jusque dans les détails. Le théâtre d’ombres apporte une dimension poétique particulièrement touchante lorsqu’une artiste interprète avec ses mains Notre sentier, la première chanson de peine d’amour de Félix. Les effets de bruitage, qui rappellent les anciennes émissions radiophoniques, enrichissent encore cette diversité de langages scéniques.
Pour conclure, un monologue engagé rassemble des citations et des extraits de l’œuvre de Félix. Les différentes paroles entrent en résonance et tissent des liens entre ses chansons, ses idées et ses prises de position. Bien qu’ancrées dans une autre époque, elles trouvent encore un écho étonnamment actuel. Le propos dépasse alors le simple hommage : il devient une invitation à poursuivre la réflexion.
Il y a quelque chose à voir, à entendre, à apprendre et surtout à ressentir pour chacun. Et c’est peut-être là la plus belle réussite de ce spectacle : offrir autant de portes d’entrée vers un même univers, sans jamais perdre le fil de son propos. Félix Leclerc a défriché le terrain pour ceux qui sont venus après lui. Cette production, à son tour, rappelle que l’art continue de grandir lorsqu’on ose en explorer toutes les possibilités.
Félix, je me souviens est présenté au Théâtre Capitole de Québec jusqu’au 15 novembre 2026. Plusieurs représentations sont encore à l’affiche.
- Artiste(s)
- Felix je me souviens, Hommage à Félix Leclerc
- Ville(s)
- Québec
- Salle(s)
- Théâtre Capitole
- Catégorie(s)
- Acoustique, Arts visuels, Canadien, Chanson, Cirque, Culture, Folk, Francophone, Hommage, Pop, Québécois,
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