Les Songes d'une nuit d'été (Grands Ballets)

Les Songes d’une nuit d’été des Grands Ballets canadiens à la salle Wilfrid-Pelletier | L’amour existe encore…

Le classique shakespearien du 16e siècle sur le thème du désir et de l’impermanence a pris corps et racines à la salle Wilfrid-Pelletier. Un ballet foisonnant tout en légèreté, dans une Nature mystérieuse où rôde un feu follet se jouant des cœurs. Magistrale expression de l’intensité d’aimer malgré les zones de noirceurs et l’élixir rompant son charme.

Chaque œuvre sublimée par les Grands Ballets canadiens et son Orchestre baigne dans l’excellence. Tout y est si parfaitement agencé et rodé pour que le public soit immergé dans une autre ère à chaque tableau. Le chef d’œuvre anglais l’exige. Les environnements imaginés par Michael Gianfrancesco respirent l’oxygène et la douceur de vivre la nuit. Aux premiers actes, la jouissance et l’amusement occupent tout l’espace. Le rideau ne se lève qu’après la danse solo folle du personnage déstabilisateur. Vif, gesticulant comme sous l’effet d’un stimulant, sa danse est drôle et à la fois totalement maîtrisée. La corolle d’une fleur au pistil ouvert le suit, mais il n’en a que faire. Sa désinvolture s’infiltrera dans la trame du récit, à coup de sommeils et de réveils pour quiconque le croisera.

En suivant quatre cœurs épris, le temps d’un mariage vacillant au vent du doute, la chorégraphie de Guillaume Côté trouve un point de jonction classique et actuel. Certaines scènes sont de pures réjouissances collectives et stimulent le rire, dont le duo d’un couple autour d’une table de banquet dont la blanche nappe ne trouvera guère de repos, ballottée en une danse de la rupture. Une autre scène marrante, la fanfare qui joue faux, à une, deux, trois reprises, puis met l’ambiance au mariage.

Divisé en deux souffles palpitants, le ballet et ses compositions empruntées aux Romantiques Mendelssohn et Strauss et au courant minimaliste de Max Richter et Steve Reich, oscille avec harmonie de la valse aux notes modernes. Un balancier musical enrichissant l’expérience dans le temps, à deux époques. La seconde partie s’ouvre sur une languissante mélodie et des personnages lugubres aux longues mandibules. Leur danse transmet une ondée de tristesse sur l’amour qui peine à s’extraire de l’emprise du mal. Et survient à nouveau l’éclaircie de la joie sous ce ciel encre auquel s’accroche une pleine lune. Des monticules de boutons de pétales accueillent la vie, le réveil. L’amour triomphe et la beauté du désir reluit.

Quel privilège d’accéder à la pièce universelle Les Songes d’une nuit d’été en danse et orchestrations ! Pour une nuit, le génie de Shakespeare survit au 21e siècle, parmi des êtres humains n’ayant plus la même perception de l’art. Mais l’envie de goûter au sentiment amoureux et de s’en délecter. Comment succombons-nous à sa force, à ses vertiges ? Y survivons-nous vraiment, ou n’est-ce qu’un rêve éveillé ?

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