Louis-José Houde

Louis-José Houde présente «Et jusqu’à la fin la beauté»… ou la noblesse de tenir la main à bout de bras

Louis-José Houde présentait mercredi son tout nouveau spectacle au Théâtre Maisonneuve, intitulé «Et jusqu’à la fin la beauté». C’était certainement l’une des premières médiatiques les plus attendues et les plus courues des dernières années dans le monde de l’humour. Une preuve irréfutable : le patriarche du stand-up québécois, Monsieur Yvon Deschamps, a même honoré l’humoriste de sa présence. Et l’homme de 91 ans, plus discret depuis quelques temps, a sans aucun doute vécu tout comme nous, l’une des plus grandes performances en carrière de son plus proche «héritier».

En cette chaude soirée d’automne, nous étions submergés par une foule d’émotions contraires à notre sortie de la Place des Arts. Soulignons d’abord que ce spectacle va bien au-delà de l’auteur. C’est plutôt sa mère, d’une manière bien involontaire, qui lui a permis de l’écrire petit à petit pendant 8 ans.

Entre la preuve d’un amour véritable d’un fils pour sa mère et la collision temporelle d’une paternité espérée depuis longtemps, nous ne pouvions imaginer qu’une fine partie des déchirements vécus par l’humoriste au cours de ces dernières années.

Et pourtant, avec toute la classe qu’on lui connaît, en aucun temps Louis-José n’a trop mis l’accent sur cette éprouvante dualité suspendue entre Montréal et Québec, à veiller au bien-être de sa mère en perte d’autonomie et à devoir se priver de moments précieux auprès sa conjointe Marie et ses deux très jeunes garçons. Au contraire, à travers tous ses instants émouvants, comiques et souvent même absurdes provoqués par la maladie d’Alzeihmer qui a touché sa mère Angèle entre 2018 et 2026, il a su lui rendre un hommage à la fois digne, respectueux et sensible, en proposant du matériel humoristique béton, comme lui seul et son script-éditeur François Avard savent si bien le faire.

 

Dévier les projecteurs vers la beauté

Quelques minutes avant que les lumières de la salle réunissant les 1453 spectateurs s’estompent, une pianiste vêtue d’une robe rouge, dos au public, nous a accompagnés tout discrètement. En toile de fond, un tableau inspiré de Monet. Tout ça pour rappeler le grand amour de la mère de trois enfants pour l’art. Puis vint le moment. L’humoriste chouchou du public et du milieu artistique est arrivé sur scène, accompagné de chaleureux applaudissements.

D’entrée de jeu, Louis-José nous a résumé son défi de façon toute simple. En très peu de temps, il a dû apprendre à conjuguer deux nouveaux rôles majeurs dans sa vie, soit être père et proche aidant. Et bien qu’il se soit impliqué corps et âmes auprès de sa mère, il a heureusement pu compter sur sa soeur cadette, pour porter le flambeau ensemble, tout au long des sept stades de la maladie. La participation active de sa soeur aînée était limitée, puisqu’elle demeure chez nos voisins du sud.

 

louisjosehoude montreal 2026 11

 

Après avoir dressé les portraits de ses parents et le parcours familial, il bifurque rapidement vers les indices qui ont conduit sa mère à la Clinique de la mémoire. Rappelons ici qu’il présente ces scénarios avec un humour et des chutes redoutablement efficaces, à des années-lumière du drame !

On retiendra entre autres sa rencontre avec un étranger dans des circonstances inusitées, où il excelle encore une fois dans le jeu physique, clairement trop fort pour la ligue. Il caricature avec beaucoup d’énergie le fait que cette longue épreuve a drastiquement influencé sa patience et sa tolérance envers les gens trop superficiels ou maladroits, qui jouent aux humoristes du dimanche. Un moment de défoulement bien senti et accentué d’un débit ultra-rapide, rappelant sûrement aux spectateurs et à son ancienne directrice Louise Richer présente dans la salle, ses débuts à sa sortie de l’École Nationale de l’Humour en 1998. Une séquence qui a provoqué une vague de rires parmi les nombreux humoristes assis autour de nous, qui devaient se remémorer certaines expériences personnelles.

Le public a aussi eu droit à une parenthèse savoureuse, pour lui donner l’occasion de décrocher partiellement du sujet central et le conduire vers les enjeux sociaux et économiques liés au vieillissement de la population. Selon Louis-José, quand ton notaire en 2026 porte le prénom d’un enfant en CPE, c’est déjà un fort signal que la société change.

PARCE QU’ON PARTAGE TOUS LA MÊME PLANÈTE

Le portrait de ce parcours du combattant nous concerne tous puisque le vieillissement de la population s’accélère, entrainant avec lui la hausse des diagnostics. C’est pourquoi les anecdotes de l’humoriste de 49 ans, toutes inspirées de son vécu, trouveront écho chez plusieurs. Qu’il s’agisse des allusions aux pertes de mémoire au sein de la fratrie à se demander «qui sera peut-être le prochain», les différents rôles et prénoms que leur mère leur a soudainement décernés, les marques d’affection parfois malaisantes avec le temps, la contribution positive de la musique, les plans de match et les émotions liés aux déménagements urgents et obligés, le désir de dire les vraies choses avant d’être confronté à la «cassure cognitive» puis finalement cet incontournable adieu, l’odyssée de la famille Houde est à l’image de cet enjeu universel.

Voilà précisément pourquoi cette lumineuse dédramatisation jumelée à des fous rires extraordinaires nous a raccompagnés jusqu’à nos foyers, avec la gratitude que ce magnifique spectacle habitera nos coeurs encore demain, encore longtemps.

 

louisjosehoude montreal 2026 3

 

louisjosehoude montreal 2026 8 louisjosehoude montreal 2026 4 louisjosehoude montreal 2026 2

Événements à venir

Vos commentaires