Camille Lellouche

Camille Lellouche and Friends au Festival Juste pour rire | Émoustillement pop

Maîtresse de scène arborant un chandail de base-ball greffé Montréal, l’artiste prolifique affichait une véritable joie d’être ici parmi ses fans québeco- français. Invitant tour à tour ses potes humoristes, la soirée a pris l’allure d’une drôle de causerie avec le public, sans grande inventivité, enrobée de peu de moments franchement hilarants.

Chacun à sa conception de l’humour, de ce qui fait vraiment rire. Un art qui va au-delà des grimaces et simagrées, et des emballements de la voix. Malheureusement, le concept du Camille Lellouche & Friends frayait dans ces plates-bandes (jeu de mots). L’humoriste et actrice a pourtant un potentiel expressif reconnu, mais outre son récit sur l’homme algérien de sa vie, elle n’a guère brillé. Abordant des thèmes comme la grossesse ou les demandes en mariage, c’est en identifiant dans le public des personnes ayant vécu ces situations qu’opérait l’humour, ou plutôt une tentative de faire rire. Quelle femme a accouchée en plus de 24 heures ? Puis en 20 minutes ? Une jeune femme lève la main et témoigne fièrement de son exploit. Bof !

Les « Friends », quant à eux, sont de niveau humoristique inégal. Issus de la relève, certains cherchent l’approbation du public, se débattant dans la marre de la performance solo sans vraiment faire marrer. Embêtement du débutant. Faire rire ne vient pas automatiquement en cliquant des doigts. Lorsque le récit dure et dure encore, s’empêtrant dans le propre rire de l’humoriste, ne stimulant aucun muscle du rictus, l’exercice bat de l’aile. Idem lorsque sous le coup de la nervosité du novice qui balance des blagues en snipper, à une vitesse telle qu’on n’entend presque rien, et qu’en plus, le public est critiqué pour ne pas avoir compris, le temps est long. Des faux pas qui se sont répétées souvent lors du spectacle plutôt brouillon où le thème Québec-France et les accents n’ont guère émoustillé.

Heureusement qu’il y avait Dolino dans la place ! Un gaillard de Montréal qui, dès son entrée sur scène, porte la marque du rire et la distille jusqu’au balcon de l’Olympia. Déjà connu en Europe, il réussit haut la main à générer de la rigolade. Il nous transporte à Sainte-Thérèse, son patelin de jeunesse, où lui et un certain Mamadou forment le noyau ébène de la classe, forcé de parler une langue commune par l’institutrice. Son jeu comique prend à la rate, quand il s’exprime par onomatopées. Sa mimique faciale suffit à déclencher le rire. Son jeu intense de l’acte « bisou » jusqu’à l’atteinte de l’extase féminin chez sa compagne, paralysant son flan, restera LE moment tordant.

Retour sur un dernier aspect irritant à l’endroit de l’organisation : cet avertissement de menace en prélude de la soirée. Attention à tout commentaire public, sous risque l’expulsion de la salle. Pour un festival qui prétend exister « Juste pour rire », quel est donc l’objectif de cette mise en garde ? Nous crisper sur nos sièges et réduire l’expérience sous peine d’être éjectés ? Peut-être faut-il revoir ce code et laisser les gens retirer leur propre plaisir populaire…

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