Festival International de Jazz de Montréal 2026 – Jour 9 | L’intemporel Patrick Watson brille à la maison
Plusieurs se souviennent encore comment ils se sentaient le 5 juillet 2009. La toute nouvelle Place des festivals, qui faisait à l’époque face vers le Nord, accueillait Patrick Watson, à l’époque où il tournait son troisième album, Wooden Arms. C’était son premier show d’une telle ampleur, et il s’y était amusé comme larron en foire, devant une foule en pamoison, qui refoulait jusque dans la côte menant à la rue Sherbrooke. Un moment mémorable.
On se doutait déjà, à l’époque, qu’on l’y reverrait. Probablement souvent, avec sa chevelure en bataille, ses gestes de poète possédé, son rire nerveux et ses grandes chansons, magnifiquement interprétées. Ses mélodies mélancoliques portées par une voix qui semble portée par un vent doux.
On savait que cet artiste-là allait perdurer et nous offrir au fil des ans d’innombrables performances marquantes.
Dix-sept ans plus tard, la même chevelure est devenue grise, mais tout le reste est intact. Il n’y a que le répertoire qui s’est agrandi. Le temps passe, mais Patrick Watson demeure un incontournable.
Et maintenant que la scène est orientée vers le Sud, ça refoule jusqu’en bas de Ste-Catherine lorsque Patrick Watson est programmé sur la grande scène du Festival International de Jazz de Montréal.
Des invités et des surprises
C’est d’ailleurs en admirant cette belle foule bien tassée qu’on constate que ça commence… un petit train de lumières serpente le parterre vers la scène. Patrick Watson mène le bal, devant cette chorale d’une bonne douzaine de personne, à la queue leuleu, vêtues de sarraus et recouvertes de petites lumières. Comme des anges arrivés du ciel de la foule.
Une fois rendues sur scène, ils s’installent, et Watson lance le concert avec un arpège de piano délicat. C’est Gordon in the Willows. Les envolées électroniques font éventuellement leur apparition, et c’est parti! Les grands frissons…
Puis un petit air de guitare classique en 5/4 bondit. La chorale quitte. Ariel Engel, alias La Force, arrive sur scène pour chanter aux côtés de Patrick Watson The Wandering, interprétée en duo avec MARO sur l’album Uh Oh paru en septembre dernier. Fidèle collaboratrice de Watson, La Force reviendra tout au long de la soirée, ce qui est parfait étant donné la complémentarité de sa voix avec celle du chanteur.
L’album Uh Oh contient plusieurs duos avec des voix féminines. On en entendra plusieurs autres tout au long de la soirée, à commencer par House on Fire, co-écrite avec Martha Wainwright, évidemment présente pour l’interpréter. Ou Silencio avec November Ultra, Pauline Lopez de Ayora de son vrai nom, jeune voix française phénoménale qu’on avait pu voir et entendre au Club Soda lors de ce même Festival de Jazz en 2023. Elle est à Montréal pour l’occasion, tout comme la Révélation de l’année aux Victoires de la musique 2025, Solann, pour la valse Ça va.
Suit la magnifique Ode to Vivian, un hommage à la photographe Vivian Maier. On commence à se douter que cette soirée ne sera pas pour les nostalgiques. On pige dans les deux ou trois derniers albums sans reculer beaucoup plus loin. Il n’y aura pas de The Great Escape, The Lighthouse ou Bird In A Small Cage. Le temps passe, mais Patrick Watson demeure contemporain.
Bon, on pige aussi du côté du Cinematic Orchestra, avec la fameuse To Build a Home, parue en 2007. Sans doute la plus ancienne du lot. Derrière l’artiste, les écrans diffusent des images d’immeubles montréalais des années 1960. Beau clin d’oeil à sa ville natale chérie, son bercail. D’ailleurs, non seulement Patrick Watson passe la puck à d’autres artistes, mais pas juste au chant : des vidéos d’étudiants en danse contemporaine seront montrées sur les écrans, puis plus tard, un artiste de trampoline (Yoann Bourgeois) viendra faire un numéro durant Here Comes The River.
Bien entouré
À part les chanteuses invitées, on retrouve évidemment sur scène les complices Mishka Stein (multiinstrumentistse) et Olivier Fairfield (batterie), mais aussi quelques ajouts de taille : Sophie Trudeau (violoniste de Godspeed You! Black Emperor), David Charbonneau à la trompette, le vieux complice Simon Angell, mais cette fois au saxophone. Le tout fort bien sonorisé par Mathieu Parisien, qui permet au public de vivre une expérience sonore digne d’une salle bien équipée.
Évidemment, ça serait pas un concert de Patrick Watson sans un moment intime autour du micro, ce qui surviendra sur Melody Noir, en trio avec Mishka Stein (à la guitare classique) et La Force à la voix. Un des beaux moments dont on se souviendra longtemps.
Mais comme tout bon concert, c’est la finale qui marquera l’esprit pour longtemps : une interprétation de Hey That’s No Way To Say Goodbye, l’une des plus vieilles chansons de Leonard Cohen, par Martha, La Force, les Barr Brothers, sans Patrick Watson lui-même, puis Ami imaginaire avec Klô Pelgag, et la magnifique et touchante We Fly For the Ones We Love, dédiée à son frère récemment décédé. Une touche très personnelle, qui ne pourrait être mieux choisie en cette soirée à la maison, alors que toute la famille était apparemment présente pour l’occasion.
Les nostalgiques des premières années de Patrick Watson auront peut-être été déçus par la sélection de chanson, résolument tournée vers les plus récents albums de l’artiste. C’est normal. Mais si les titres changent, l’énergie, elle, demeure intacte. Tout comme cette authenticité et cette grande force d’interprétation, tantôt à fleur de peau, tantôt dans la grande intensité.
On le reverra assurément à nouveau sur cette grande scène avant longtemps. Et ce sera un plaisir renouvelé, même si les chansons ne seront plus les mêmes.
Macario Martinez, Afternoon Bike Ride
Plus tôt en soirée, le phénomène Macario Martinez rassemblait une très belle foule devant la scène Rio Tinto du Parterre du Quartier des spectacles. Formé à l’Institut National des Beaux-Arts, Macario Martinez est une histoire à succès inattendu alors que sa musique a explosé sur TikTok.
Sa session Tiny Desk le fait découvrir, et charme un public large, ce qui lui permet de visiter plusieurs villes dans le monde… et d’aboutir à Montréal (et à Chicoutimi, puisqu’il jouera à La Noce ce week-end).
Le charme de cette proposition folk-pop latine opère, mais force est d’admettre que la formule en duo qui nous a été proposé mériterait d’être retravaillée. Le clavier de son complice ne fait pas exactement le travail en guise d’accompagnement.
Qu’à cela ne tienne, le public a semblé apprécié l’ensemble de la prestation. On a pu y entendre des clameurs intenses, et constater des drapeaux mexicaines virevoltant à tout vent pour cette première de deux perfos en ce vendredi soir.
Peu après, le groupe local Afternoon Bike Ride a offert une prestation vaporeuse et hypnotique. Le trio composé de Lia Kurihara, Éloi Le Blanc-Ringuette et David Tanton a offert plusieurs titres tirés de son dernier album, Running With Scissors, paru en septembre dernier.
Grille de chansons (Patrick Watson)
- Gordon in the Willows
- The Wandering
- House on Fire
- Ode to Vivian – Little Moments
- To Build A Home – Lucious Life
- Melody Noir
- Silencio
- Lost With You
- Ça va
- Je te laissera des mots
- Peter and The Wolf
- Man Like You
- Here Comes The River
- Lonely Lights
- Hey That’s No Way To Say Goodbye (reprise de Leonard Cohen)
- Ami imaginaire
- We Fly For the Ones We Love
Photos en vrac
Patrick Watson (par Maureen Sassi)
Par Pierre Langlois
- Artiste(s)
- Klô Pelgag, La Force, Martha Wainwright, November Ultra, Patrick Watson
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Place des Festivals
- Catégorie(s)
- Indie Rock,
Événements à venir
-
samedi
La Noce | avec Death From Above 1979, VioleTT Pi, Macario Martinez
Lieu : La Pulperie




























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