Simon Denizart

Simon Denizart et Elli Miller Maboungou à Montréal | Changer le monde avec un piano et une calebasse

Simon Denizart est un pianiste à part : des influences jazz évidentes, mais aussi rock, de la musique du monde, voir néo-classique. Il apprécie les collaborations hors norme et ce soir, c’est avec l’excellent Elli Miller Maboungou à la calebasse et autres percussions que nous est présenté leur projet Nomad.

Simon Denizart est un musicien difficilement classable. On l’avait découvert au Festival de jazz en 2019 sur la scène du quartier Verdun avec Kid Be Kid, une artiste allemande, beat-boxeuse, pianiste, chanteuse, bien éloignée des formats carrés. Cette rencontre m’avait laissé un excellent souvenir.

Ce soir, c’est le projet Nomad qui nous est présenté. Simon Denizart est accompagné d’Elli Miller Maboungou, un talentueux percussionniste « Franco-congolais-américain juif » dont on entend le nom de plus en plus souvent. Il a d’ailleurs participé au prochain album Hey Day du bassiste Rémi-Jean Leblanc, dont on reparlera davantage sur ce site sous peu.

Le duo arrive sur une scène plutôt dépouillée avec, côté jardin, Simon Denizart et son piano, traité par différents effets et un ordinateur pour quelques lignes enregistrées. Côté cour, c’est Elli Miller Maboungou avec des cymbales, une caisse claire et une calebasse jouée aux mains qui remplace la grosse caisse et amène toute une richesse de sons variés.

La Maison de la culture Janine-Sutto est très bien remplie : c’est vendredi et c’est gratuit. On a un public diversifié, entre ceux qui viennent par hasard, ceux qui amènent les enfants devant autre chose qu’un écran, les curieux et les amateurs de musique. Pas forcément un public conquis d’avance, mais le duo va facilement le mettre de son côté.

L’énergie de Denizart et sa fougue accrochent très rapidement, ses interjections reprises par les micros ajoutent à l’ambiance. Les percussions de Miller Maboungou s’intègrent parfaitement aux compositions, avec une dextérité tout en évidence, le signe d’un talent certain. Le public est rapidement conquis et une femme marquera bruyamment son contentement à plusieurs reprises.

La richesse de vocabulaire des deux musiciens permet de rester dans un même style tout en changeant d’ambiance, Denizart usant de différents effets électroniques sur son piano, sans jamais franchir la ligne du quétaine ou du trop. De nombreuses cassures de rythmes permettent de faire rebondir les titres. La finesse du jeu dynamique de Miller Maboungou ne lasse jamais et nous garde à l’affût d’arrangements surprenants et qui collent parfaitement aux titres. Les cinq ans de travail entre les deux musiciens sont bien apparents et aboutissent à cette complicité et cette complémentarité évidentes. C’est tout l’album Nomad qui nous est joué ce soir, dans l’ordre. Les éclairages sont particulièrement sobres, mais mouvants, ce qui ajoute au voyage onirique que nous proposent les deux nomades.

Denizart est très loquace lors de ses interventions, qui tirent parfois vers une certaine bien-pensance moraliste. D’origine française, il vit au Québec depuis onze ans et il nous sert bien des clichés France versus Québec. Ce n’est pas sans irriter fortement votre rédacteur, des mêmes origines et qui n’est plus capables d’entendre colporter cette accumulation de clichés douteux voire éculés. Et l’opposition « chez nous » / « chez vous », tsé, un moment donné, après plus de dix ans au pays, choisis ton chez nous, mon ami. Voilà, c’est dit, revenons à la musique.

On retiendra surtout des propos de Denizart que les chansons de ce projet ont été composées avec le but un peu naïf de changer le monde avec un piano et une calebasse. Si le monde ne s’est pas transformé ce soir, c’est une excellente proposition qui nous a été jouée, avec une interprétation tout en finesse et en richesse. C’est de ces concerts où l’on est heureux de s’être présenté. Le public accorde une ovation pour obtenir un rappel et c’est amplement mérité. Nous terminons donc cette très belle soirée avec un vieux titre de Denizart, le très à propos Last Dance, tiré de l’album Beautiful People de 2016.

Grille des chansons

  1. Nomad
  2. Zoha
  3. Last Night in Houston
  4. Square Viger
  5. Manon
  6. Oldfield 2.0
  7. Lost in Chegaga
  8. Last Dance (Rappel)

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