Osheaga 2026 – Jour 3 | Lorde clôt une édition record portée par une nouvelle génération de festivalières
Après trois jours de musique, de chaleur et de marées humaines au parc Jean-Drapeau, Osheaga a refermé son édition 2026 avec une soirée à l’image de son week-end : ambitieuse, résolument actuelle et largement dominée par des artistes féminines. De Sofia Isella en début d’après-midi à Zara Larsson en début de soirée, avant la grande finale assurée par Lorde, le dimanche aura offert un fil conducteur presque symbolique. Une succession de prestations portées par des femmes, devant un public qui leur ressemblait de plus en plus.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette dernière journée est venue illustrer les chiffres dévoilés quelques heures plus tôt par les organisateurs. Plus que jamais, Osheaga attire une clientèle jeune, féminine et venue d’un peu partout en Amérique du Nord. Un portrait qui s’est dessiné autant dans la foule que sur les scènes.
Une découverte nommée Sofia Isella
La journée s’est amorcée avec la révélation californienne Sofia Isella, dont le mélange de pop alternative, de rock gothique et d’électro industriel a rapidement captivé les premiers festivaliers à converger vers le site. Il faut dire que son look et son esthétique visuelle y sont pour beaucoup : on croirait voir à l’œuvre un genre de mélange de personnage des Misérables, d’une jeune Billie Eilish poussée à l’extrême et d’une version zombie de Fiona Apple! Sa gestuelle très théâtrale, proche de la danse contemporaine et de l’esthétique d’horreur, fascine.
Malgré un créneau en après-midi, l’auteure-compositrice-interprète a livré une prestation habitée, oscillant entre délicatesse presque angoissante et intensité quasi maniaque. Musicalement, on redoutait une prestation un peu artificielle, étant donné la présence de trois instruments sur scène mais d’aucun musicien accompagnateur. Outre quelques mini-interprétations au violon, à la guitare et au banjo (!), la musique provient de trames pré-enregistrées. Mais étant donné la mise en scène, son timbre de voix un peu grave mais étrangement envoûtant, et la prestation viscérale et très physique de l’artiste, ça fonctionne!
Sans contredit la découverte de la journée, si ce n’est du week-end.
Quelques heures plus tard, Zara Larsson a complètement changé le rythme de la journée. Il faut dire qu’elle succédait à Clipse, duo formé des frères Pusha T et Malice, qui ont offert une performance dense, sans compromis, portée par des productions percutantes et une chimie intacte malgré les années. Alternant entre les classiques qui ont bâti leur réputation et des pièces plus récentes, le duo a rappelé pourquoi il demeure une référence incontournable du rap américain. Les visuels derrière les rappeurs aidaient grandement à faire des liens entre leurs textes incisifs et des référents propres à l’histoire des Afro-Américains, de Mike Tyson à O.J. Simpson.
* Photo par Marie-Claire Denis.
Mais revenons-en à Zara Larsson. C’était sans doute l’une des performances les plus attendues du week-end… et possiblement la plus grosse foule du festival!
Le contraste avec Clipse était frappant. Avec Sofia Isella aussi. Elle est, en quelque sorte, l’anti-thèse de cette dernière. La chanteuse suédoise a transformé le parc Jean-Drapeau en immense piste de danse colorée grâce à une succession de succès pop interprétés avec assurance dans un décor en technicolor. Chorégraphies millimétrées, présence scénique au sex-appeal assumé et communion constante avec le public : son spectacle possédait tous les ingrédients d’une véritable tête d’affiche. Son band entièrement féminin était mis en valeur, tout comme sa troupe de danseuses, très appréciée des fans.
La foule, particulièrement jeune, connaissait visiblement chaque refrain – de Midnight Sun en introduction, à… Midnight Sun (cette fois la version extended) en conclusion – et répondait à chacune des invitations de la chanteuse. Son passage a confirmé à quel point la pop grand public conserve une place importante à Osheaga lorsqu’elle est portée par des artistes capables de fédérer une grosse foule.
Lorde en conclusion
Mais toute la soirée menait inévitablement vers Lorde.
Pour son retour à Montréal, la Néo-Zélandaise avait la lourde responsabilité de conclure l’édition 2026 du festival. Une mission qu’elle a accomplie avec la même élégance qui caractérise sa carrière depuis ses débuts.
La connexion avec le public s’est révélée presque instantanée. Les refrains étaient repris à l’unisson, les téléphones illuminaient régulièrement la foule. Peu d’artistes réussissent à créer une telle proximité devant plusieurs dizaines de milliers de personnes.
Sa présence scénique, plus affirmée que jamais, lui a permis d’occuper l’immense scène principale sans trop d’artifices – même si le spectacle était truffé d’effets visuels saisissants, de mises en scène dramatiques et de références à ses codes artistiques – principalement grâce à son magnétisme et à l’intensité de son interprétation. Alternant entre les nouvelles compositions et les incontournables de son répertoire, elle a su créer une communion avec les dizaines de milliers de festivaliers réunis devant elle. Les adeptes y ont sans doute vu une véritable affirmation artistique, confirmant que Lorde traverse actuellement l’une des périodes les plus inspirées de sa carrière et qu’elle demeure une voix singulière de la pop contemporaine.
Le tournant plus féminin d’Osheaga porte fruit
On le constate depuis la fin de la pandémie : Osheaga mise sur des gros noms féminins depuis quelque temps. On pense à Billie Eilish, Dua Lipa, SZA, Olivia Rodrigo et plusieurs autres.
Quelques heures avant la fin du festival, le fondateur et programmateur d’Osheaga, Nick Farkas, dressait justement un bilan extrêmement positif de cette 19e édition lors d’un point de presse tenu sur le site.
Le premier constat est celui de l’achalandage. Avec 151 000 festivaliers répartis sur trois jours, Osheaga signe sa deuxième meilleure assistance de son histoire, derrière le record de 155 000 visiteurs établi en 2023. Les journées de samedi et dimanche ont affiché complet, tandis que le vendredi a atteint environ 90 % de sa capacité. Farkas souligne d’ailleurs que l’édition 2026 est celle où une journée de festival — le samedi — a affiché complet le plus rapidement de toute l’histoire d’Osheaga.
Mais au-delà des chiffres, ce sont surtout les tendances démographiques qui retiennent l’attention.
Le groupe des 18 à 24 ans représente désormais 44 % des festivaliers, une hausse marquée par rapport à 2025. Plus révélateur encore, les femmes composent maintenant 60 % du public, comparativement à 54 % l’an dernier. Une évolution qui saute aux yeux lorsqu’on observe la foule devant les scènes principales et qui trouve un écho dans la programmation elle-même.
La présence de Lorde, Zara Larsson et Sofia Isella lors de cette journée de clôture apparaît presque comme une illustration parfaite de cette transformation, tout comme l’était Tate McRae, à la tête du samedi cette année. Ce sont là quatre artistes d’âges variés, quatre approches musicales différentes aussi, mais une même capacité à rallier une foule jeune, enthousiaste et particulièrement féminine.
Autre donnée significative : plus de la moitié des festivaliers provenaient de l’extérieur du Québec cette année, ce qui a pas mal toujours été le cas par le passé… mais l’écart se ressert. « On se rapproche davantage du 50/50 », admet Nick Farks, avant d’admettre que « si on pouvait vendre tous nos billets au public québécois, on ne s’en plaindrait pas ».
Reste que nos voisins ontariens raffolent de notre festival estival. À ce niveau-là, Montréal n’a rien à envier à Toronto : la Ville Reine nous vole pas mal de tournées tout au long de l’année, mais en matière de festival, il n’y a rien en Ontario qui rivalise avec le cachet d’Osheaga! L’Ontario demeure donc un marché extrêmement fort pour Osheaga, tandis que le tourisme en provenance des États-Unis reste stable, confirmant que le festival continue de rayonner bien au-delà de Montréal.
Pour Nick Farkas, ces résultats reposent avant tout sur une philosophie qui guide le festival depuis ses débuts.
Depuis le début, même quand on perdait de l’argent, l’emphase était toujours sur l’expérience des festivaliers et celle des artistes. Si tu traites bien les gens, tu ne peux pas te tromper.
Vers une 20e édition mémorable?
Alors que le festival célébrera son 20e anniversaire en 2027, Nick Farkas reconnaît que toute son équipe ressent déjà une certaine pression pour livrer une édition exceptionnelle. Sans dévoiler de détails sur la programmation, il laisse entendre que plusieurs idées sont déjà sur la table afin de souligner ce jalon historique, tout en préservant l’ADN qui a fait le succès du festival.
En attendant cette édition anniversaire, Osheaga 2026 quitte la scène avec le sentiment du devoir accompli. Une assistance record, une programmation qui a su parler à plusieurs générations et un public plus diversifié que jamais. Et si cette dernière soirée devait résumer l’ensemble du week-end, l’image serait sans doute celle d’une foule immense chantant avec Lorde, quelques heures après avoir dansé avec Zara Larsson et découvert Sofia Isella. Trois artistes, trois univers, mais un même constat : le visage d’Osheaga continue d’évoluer, sans jamais perdre ce qui fait sa singularité.
Photos en vrac
Zara Larsson (par Manon Duval)
Sofia Isella (par Manon Duval)
Lorde (par Manon Duval)
Clipse (par Marie-Claire Denis)
Paris Paloma (par Manon Duval)
- Artiste(s)
- Clipse, Lorde, Sofia Isella, Zara Larsson
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Parc Jean-Drapeau
- Catégorie(s)
- Pop,















































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