Orchestre Symphonique de Montréal
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Oratorio de Noël de l’OSM | Un spectacle grandiose 

Pour le deuxième soir consécutif, les trois premières cantates de l’Oratorio de Noël de Bach étaient présentées à la maison symphonique. Cet événement prenait place dans le cadre du Festival Bach, mais s’inscrivait également dans la série de concerts présentés pendant le temps des Fêtes. En effet, l’oratorio de Noël de Bach est considéré comme l’un des sommets de la musique baroque, sa représentation étant un événement de l’année musicale, au même titre que le Messie de Haendel.

Déjà présenté à Montréal les années précédentes, l’oratorio de Bach était dirigé par Kent Nagano, avec la participation d’Andrew Megill comme chef de chœur et celle de quatre solistes d’exception : Marie-Sophie Pollak (soprano), Wiebke Lehmkuhl (contralto), Hugo Hymas (ténor) et Philippe Sly (bariton).

Une œuvre de célébration

C’est en 1734 que Jean-Sébastien Bach compose son Oratorio de Noël, le troisième qu’il ait écrit avec l’Oratorio de Pâques et l’Oratorio de l’Ascension. Il est composé de six cantates, une par jour de célébration (25, 26, 27 décembre, nouvel an, premier dimanche de l’année, Épiphanie), réparties le long des 13 jours de la fête luthérienne de Noël. Le genre de l’oratorio est indissociable de l’ordre des Oratoriens créé au XVIe siècle, dans le cadre de la Contre-Réforme. Ces derniers se réunissaient en dehors des offices pour y commenter les textes sacrés et chanter.

Ce phénomène a connu ensuite un grand succès, le but étant d’aborder des sujets sacrés, tout en étant aussi séduisant que l’opéra. L’oratorio devint donc cette œuvre lyrique dramatique représentée sans costumes ni décors, avec une partition créée pour voix solistes, chœur et orchestre. Il comprend généralement une ouverture, des récitatifs, des airs et des chœurs. Pour son Oratorio de Noël, Bach a eu recours à la parodie musicale, c’est-à-dire qu’il s’est servi de partitions déjà écrites pour la noblesse locale, qu’il a réintroduites dans son œuvre.

Contrairement à La Passion selon Saint Jean ou La Passion selon Saint Matthieu, l’Oratorio de Noël est une œuvre de joie et de célébration qui vise à enseigner aux fidèles le sens de l’histoire de Noël. Elle s’inspire directement du Nouveau Testament (Évangile selon Saint Luc, Évangile selon Saint Matthieu) : ainsi, les trois premières cantates racontent successivement la naissance de Jésus, l’annonce aux bergers et l’adoration des bergers.

Une exécution subtile

Hier soir, la salle était comble pour accueillir Kent Nagano, l’OSM et son chœur, mais aussi les quatre solistes. Dès l’ouverture de la première cantate, avec l’intervention des percussions et des trompettes placées sur le côté droit de la scène, la subtilité de l’exécution se faisait entendre, chaque sonorité semblant se détacher délicatement tout en fusionnant harmonieusement avec l’ensemble.

De même, les contrastes propres à l’oratorio produisaient toujours leur plein effet puisque la force massive du chœur contrastait très heureusement avec les interventions ciselées des solistes. On retiendra notamment la performance de Hugo Hymas (ténor) en Évangéliste. On ne peut qu’admirer d’ailleurs l’exécution de ces arias, car les partitions de Bach sont parmi les plus éprouvantes, ce dernier créant des phrases qui semblent sans fin, où il est difficile de prendre une inspiration. La contralto Wiebke Lehmkuhl brille également par son interprétation qui combine puissance et émotion.

Un concert étourdissant

Les contrastes qui existent entre la cantate n°I et n°II sont particulièrement bien sentis, la première cantate en ré Majeur imposant son aspect triomphant, percussions et trompettes à l’appui, tandis que la deuxième, en sol Majeur, s’ouvre sur une sinfonia pastorale, qui transmet un sentiment plus intime et recueilli, porté par les interventions du ténor et le son de la flûte traversière.

Petit à petit succède à l’observation et à l’analyse un sentiment de flottement, une forme de fascination douce que la troisième cantate semble prolonger. Dans cette dernière partie, on ne peut qu’être éblouis par la maîtrise de l’OSM et de son chœur, qui terminent ce concert par une explosion de joie, en écho à l’ouverture majestueuse.

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