Mat Vézio
Entrevue Publié le

Lancement de «Garde-fou» de Mat Vezio | Deep folk et poètes classiques

Près de trois ans après la parution de son premier album au titre sublime « Avant la mort des fleurs cueillies », l’auteur-compositeur-interprète Mat Vézio sort ce vendredi 4 octobre « Garde-fou ». Le lancement a eu hier au Ministère, lors d’un 5 à 7. Nous avons rencontré l’artiste quelques jours plus tôt dans un café, afin de parler plus en détail du processus intense de cet album (qui est passé par quatre productions différentes!), de l’influence des poètes classiques sur son travail, et de ce qui se cache derrière le mystérieux terme «deep folk». 


Être en avant

Mat Vezio est avant tout un batteur. Depuis une dizaine d’années, il collabore en studio ou sur scène avec plusieurs artistes et groupes, dont Dany Placard, Francis Faubert, Louis-Philippe Gingras, et Antoine Corriveau, en plus d’avoir été dans le groupe Mille Monarques. Présentement, il joue pour Pierre Guitard et accompagne aux percussions Alex Henry Foster. Il a même eu la chance d’aller jouer sur le Vieux Continent avec ce dernier. «Il y a deux semaines, j’étais en Allemagne. C’était vraiment le fun. J’étais à un festival qui s’appelle Reeperbahn. Il y avait mille groupes de partout dans le monde, durant une semaine. Nous, on a été chanceux, on a fait trois spectacles, mais en général, c’est un ou deux. J’ai pu rester une semaine là-bas pour profiter du festival et de la ville de Hambourg, et c’était trippant.»

Lorsqu’il accompagne d’autres musiciens, Mat Vezio est dans sa zone de confort. Avec son projet solo, il est projeté à l’avant de la scène. Comment se sent-on, lorsqu’on s’avance plus près du public? «J’ai un peu appris à l’apprivoiser, dans les dernières années. Au début, c’est rushant de passer d’en arrière à devant. C’est quand même vertigineux. Je me suis un peu servi de cette anxiété-là pour tourner ça à mon avantage.»

Mat Vezio, photo par Mélanie Brisson

Des larmes qui perlent sur les archets

Garde-fou est un album qu’on pourrait qualifier de marin. C’est un coquillage élaboré avec soin, dans lequel on peut entendre la mer, tantôt houleuse, tantôt tranquille. Sur le troisième single de l’album, Lifeguard, la guitare acoustique se mêle à de sublimes arrangements de cordes, créés par Guido del Fabbro. La pièce se dirige avec abandon vers une finale renversante. C’est tragique, c’est foncé, c’est lourd… Des larmes semblent perler sur les archets.

Une dimension nordique est ajoutée à ces paysages musicaux avec Tu ne sais pas comment le son voyage, qu’Elisapie orne de ses spoken words en inuktitut. Soulignons aussi la présence des chanteuses invitées Laurence-Anne et de Laura Cahan sur deux pièces.

Finesse baudelairienne

À l’écoute des chansons de Garde-fou, on peut remarquer que les poètes classiques influencent directement l’écriture des paroles de Mat Vezio. Sa plume aiguisée et imagée brode les mots avec une sorte de finesse baudelairienne. Est-ce que la poésie a eu un impact sur son travail? La réponse est oui. «En fait, c’est comme ça que j’ai commencé. Je joue du drum depuis que j’ai 12 ans, mais à 15 ans, je faisais mes tounes chez nous, tout seul, dans ma chambre.»

Pour apprendre la guitare, je jouais sur des poèmes, entre autres de Nelligan et de Saint-Denys Garneau. Je prenais ces textes-là, et j’en faisais des chansons.»

Il est vrai que le rythme se situant dans les mots et la structure de la poésie peut inciter plus d’un musicien en devenir à s’exprimer là-dessus. «Il y avait quelque chose de très découpé dans la poésie, qui m’aidait à pouvoir mettre ça en chansons.»

La «survie»

Le titre de l’album, Garde-fou, est aussi énigmatique que les paroles. Ce mot peut évoquer la protection, les limites, les barrières, pour ne pas chavirer hors de la route. Questionné à propos de celui-ci, il répond: «Au départ, c’était supposé être Lifeguard. Je voyais cette chanson comme le gros titre. Ça signifiait la survie, un peu…»

Par ailleurs, la photo de la pochette d’album, où on voit Mat Vezio marcher dans un décor hivernal, a été prise en Islande. «La personne qui travaille avec moi pour les photos, le style et tout, s’adonne à être ma blonde, en fait. Un moment donné, j’ai eu une idée de chevaux sauvages, et j’ai regardé pour aller en Caroline du Sud. Après ça, je suis tombé sur l’Islande. Au départ, c’était vraiment supposé être lié aux chevaux sauvages… C’était un coup de tête, vraiment. On s’est dit: « on s’en va en Islande ».» En janvier cette année, ils ont donc passé cinq jours au pays du feu et de la glace, «travaillant non-stop, dans le but de prendre des photos pour la pochette», à ses dires. L’image provient donc du roadtrip qu’ils ont fait entre les villes de Reykjavík et Vík í Mýrdal.

Garde-fou: quatre productions

La réalisation de l’album, signée par Navet Confit, est soignée, voire monumentale. Quatre productions, étalées sur un an et demi, ont été nécessaires avant d’accoucher de Garde-fou. Le réalisateur et l’artiste n’ont toutefois conservé que le bon grain. «Dans chaque chanson, toutes les prods sont là. Je n’ai rien jeté à la poubelle. Il y a tout le temps une prod qui donne la main à l’autre, pour la remonter un peu et l’aider. Ça finit par faire une chaîne.»

Les différences entre ces versions sont importantes, et ont fluctué au gré de l’inspiration de Mat Vezio. «Au début, je voulais enregistrer avec une chorale de gospel. Après ça, je voulais faire un enregistrement guitare/voix, avec deux choristes, juste acoustique, tapé live et sans clic. Après, je voulais faire du grunge… J’ai passé par plein d’étapes. En ayant ces attentes-là déjà au départ, ça me mettait pas dans des bonnes positions pour créer… [Un moment donné] j’ai fait « fuck off »… C’est un peu ça que le deep folk permet, parce que le deep folk, c’est « toute », il n’y a pas de catégories.»

Mat Vezio, photo par Mélanie Brisson

Précisions sur le deep folk

Justement, parlons-en, de ce terme: deep folk… Mat Vezio décrit sa musique de cette façon. Est-ce parce qu’elle est mélancolique, un peu sombre? Un large sourire illumine son visage, à l’évocation de ce style. «Il y a une dizaine d’années, il y avait un engouement pour le folk, sauf qu’il y a toutes sortes de folk… J’arrivais pas à me définir comme un artiste juste « folk », et je trouve que, depuis dix ans, depuis que j’accompagne des groupes, c’est toujours la question qu’on me pose: « définis-moi ton style, quel genre de musique tu fais »… J’ai toujours eu du mal à le faire, avec Mille Monarques aussi.»

Il explique ensuite que l’expression en question provient un peu du hasard, mais surtout d’une blague. «Quand j’ai joué à Québec, à la Librairie Saint-Jean-Baptiste, je crois que le soudman qui me suivait avait écrit deep folk sur l’affiche dehors, et c’est resté. On a fait des jokes avec ça au début, mais j’ai découvert que c’était un vrai style musical.»

Garde-fou paraît ce vendredi 4 octobre sur Simone Records.

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