Slayer

La révérence de Slayer l Les anges de la mort à Laval

Les légendes du thrash métal tiraient leur révérence à coup de lance-flammes et de riffs infernaux alors que leur tournée d’adieu s’arrêtait par la Place Bell. Retour sur une soirée où il y avait presque plus de gros noms du métal qu’au Rockfest ou au Heavy MTL cette année…


Le temps défile à une vitesse. Voilà que même les groupes de thrash des années 80 commencent à prendre leur retraite. Slayer célébrait ça en grand avec une méga-tournée, que des gros noms. La Place Bell affichait complet depuis longtemps, et on avait jamais vu autant de métalleux à Laval.

Testament : chair à canons

Relégués à 17h, la légendaire bande à Chuck Billy ouvre le bal devant une arène peu remplie, alors que beaucoup de leurs fans sont encore en route, frustrés et outrés de l’heure de passage. En plus de ça, comme leurs derniers passages montréalais, le son est très moyen et confus.

Pas grave, le quintet se donne à fond, appuyé à la rythmique par les deux anciens de Death, Stevel DiGiorgio et Gene Hoglan. Guitaristes des plus talentueux de cette scène, Alex Skolnick envoûte le public avec ses solos inspirés et mélodiques. Que ce soit avec les récents mais très bons Brotherhood of The Snake et The Pale King, ou dans les classiques comme Into The Pit ou Electric Clown, Testament impose son excellence malgré l’heure. Ils concluent ce set trop court avec Disciples Of The Watch qui voit quand même le pit bien s’agiter.

Behemoth : la messe noire

Un peu intrus musicaux, le groupe polonais investit la scène ornée de leur décor d’acier avec un son énorme. Leur black death aux passages atmosphériques en surprend plus d’un : la machine de guerre Behemoth est rodée depuis la fin des années 90, et la puissance parle. Nergal sait aller chercher la foule et arpente les devants de la scène. Avec des tueries comme Ov Fire and the Void ou Demigod  le groupe livre la prestation la plus occulte de la soirée, quittant la scène dans le noir après O Father O Satan O Sun, parés d’étranges masques cornus.

Anthrax : pris dans un mosh

On revient dans les légendes du thrash avec la troupe new-yorkaise, et un de leurs meilleurs shows des dernières années. Les gars sont surexcités, jouent très fort, et envoient certainement un des meilleurs concerts de la soirée. Avec seulement Evil Twins du dernier album, Anthrax se concentre sur les vieux classiques comme Caugh In A Mosh, I am the Law ou Mad House, sans oublier leurs excellentes reprises, Got The Time (Joe Jackson) et Antisocial (Trust).

Joey Belladonna déborde de son énergie contagieuse, en plus de livrer une solide performance vocale. Et derrière la batterie ça tape à toute vitesse avec une frappe destructrice, des roulements hallucinants, différents de d’habitude, et… mais qui est-ce ? Gene Hoglan !? On ne sait pas où est Charlie Benante, mais c’est le batteur de Testament qui le remplace ce soir. Et ça envoie. Anthrax conclue en beauté avec Indians alors que le mosh-pit commence à être assez énorme.

 

Lamb Of God : vive l’Amérique

Qui de mieux que Lamb of God pour cette célébration du thrash 80’s ? La liste serait longue mais oui il y aurait pu avoir bien mieux. De Exodus à Death Angel, ou même un des excellents groupes de la nouvelle vague thrash metal, qui aurait été parfait en ouverture. Mais non, il faut vendre des billets, et le « pur métal américain », c’est populaire.

Alors certes on ne peut nier l’excellence des musiciens, leur beau décor de scène, la puissance de leur groove metal, la présence scénique de Randy Blythe, la brutale efficacité de Redneck qui créé un des plus gros circle-pit de la soirée. Mais dire qu’on était si proche d’un Big 4 ou 5, et d’une des plus belles affiches thrash de la décennie.

Slayer : que le thrash metal soit

Il fallait finir les choses en grand, et c’est ce qu’a fait Slayer, tout en restant dans sa sobriété et simplicité. Un grand drap devant la scène, des projections lumières, des croix qui s’inversent lentement, des pentagrammes, et finalement le rideau tombe et Slayer explose avec Repentless, sous l’énorme ovation de la Place Bell remplie à craquer. Les lance-flammes sont sortis et ça vole dans tous les sens, suivant les coups de Paul Bostpah.

L’impassible Kerry King s’impose en maître de son élément, nous régalant de ses riffs ultra-rapides. En AC/DC du thrash metal, Slayer ne dévie jamais de sa route et rentre dedans avec son mur de Marshall, une simplicité et une efficacité qui font la légende qu’ils sont aujourd’hui.

« Merci beaucoup. » Tom Araya impose de présence, en livrant une belle performance vocale. Même si Slayer va chercher dans ses albums plus récents avec des titres comme God Hates US all, c’est clairement les vieux titres qui font grossir le mosh pit et hurler la foule. War Ensemble, Mandatory Suicide, Dead Skin Mask, South Of Heaven : des monuments du genre, qu’on voit pour la dernière fois sans doute. Tous les gradins sont debout, la bière coule à flot et les poings sont hauts dans les airs.

Mémoires honorées

Différentes bannières passent en arrière de scène, alors que trônent les immenses aigles de fer sur les bords. La plus moderne « Slayer Nation », puis le vieux logo, et pour les derniers morceaux, le drap tombe encore, et le public ovationne l’hommage à Jeff Hannemann avec le design style « Heineken » en hommage au guitariste fondateur décédé en 2013. Slayer enfonce le clou sur la croix avec le fabuleux Reign in Blood, suivi de Chemical Warfare. Puis enfin la conclusion : Angel Of Death et la marque de fabrique de Slayer, l’héritage, la griffe qui aura marqué des générations entières : le cri aigu infernal de Tom Araya qui ouvre le feu dans ce morceau mythique.

Lumières blanches. Les quatre musiciens marchent le long de la scène, saluant une dernière fois leur public québécois. Tom Araya semble émotif, se déplaçant lentement, en essayant d’aller chercher du regard chaque personne, jusqu’au plus haut du stade. « Vous allez nous manquer. » Ainsi soit-il. Bravo à un autre groupe qui a su s’arrêter à temps et au sommet, avant d’être trop vieux et de continuer à tourner sans membres fondateurs. Merci Slayer, pour cette œuvre du blasphème commencée en 1981, pour cette trace musicale légendaire dans la musique heavy metal.

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