Jerry Seinfeld à la salle Wilfrid-Pelletier | Ô, quel hilarant bonhomme
C’était une bien grosse semaine pour les amateurs d’humour, avec de la grande et hilarante visite dans la métropole. Car, en plus de Weird Al Yankovic (pour un concert gratuit à la place des Festivals), Jerry Seinfeld passait une fois de plus à Just for Laughs. Il faut savoir que depuis 1989, celui qu’on appelle par son patronyme est un habitué du festival, et ce, bien que son dernier passage remontait tout de même à 2017.
Votre scribe étant un immense fan de l’humoriste depuis sa populaire sitcom (Seinfeld, 1989-1998) : ce serait notre deuxième spectacle de l’humoriste, après l’avoir vu en septembre 2001 au même endroit, soit à la salle Wilfrid-Pelletier. Pareil comme Louis-José Houde, croisé dans le lobby peu avant le début de la première des deux représentations que Seinfeld donnait jeudi soir dernier.
Vous comprendrez qu’on était plus que fébrile de revoir enfin sur scène cette pointure américaine du stand-up. Car on s’entend que visionner pour la énième fois le DVD de son show I’m Telling You for the Last Time (1998), celui de son docu Comedian (2002) ou encore ses Netflix specials Jerry Before Seinfeld (2017) et 23 Hours to Kill (2020), c’est pas du tout pareil que la vraie affaire, hein.
Après que la pièce big band New York, New York ait fini de jouer, on a eu droit à une brève prestation de l’humoriste américain Ryan Hamilton (This Just Hit Me, son récent Netflix special). Pendant ses 20 minutes, il a rapidement séduit la foule avec son humour donnant allègrement dans l’autodérision. D’abord en se jouant de sa condition de célibataire, puis du fait que l’humain moyen ne bouge pas assez, avant de rire de nos paupières (qui ne sont pas assez efficace: il doit dormir avec un loup sur les yeux). Son segment portant sur l’argent était particulièrement réussi, comparant les placements à du mild gambling, se marrant des « crypto-bros » qui n’ont pas mérité leurs nouvelles autos, avant d’avouer qu’aller au Dollarama le fait se sentir riche en ta’. Il a clos son numéro en démontant habilement les plus récentes générations, dont les Z, qui portent bien leur nom, car selon lui, ce sont clairement les derniers, à voir comment va le monde (comme disait Croc, c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle).
Puis, ce fut au tour de Jerry Seinfeld de prendre les planches pendant 65 ininterrompues minutes, qui débutèrent avec une savoureuse tirade portant sur nos interactions avec nos téléphones, et à quel point il déteste lorsque quelqu’un veut lui montrer quoique ce soit sur leur petit écran personnel. On a ri très fort lorsqu’il a livré un dialogue fabulé entre deux téléphones déprimés, qui tentent de proposer sans succès des produits à leur proprios via toutes sortes de publicités.
Il a évidemment aussi parlé de télé, de comment on consomme les séries de nos jours, compulsivement, peu importe laquelle, en autant qu’on en visionne toujours plus, hein. Son TV show préféré? Il a bien ri lorsqu’un spectateur suggéra Seinfeld (franchement!) et on pouffa quand un autre tenta Friends : il lui répondit que ladite série était probablement née après que quelqu’un de la NBC se soit dit « on devrait faire exactement la même chose que Seinfeld, mais avec des gens plus attirants ».
Selon lui, les pères de familles s’emmerdent tous lorsqu’ils vont en vacances avec les leurs dans des pays exotiques, à cause notamment des motomarines (ou jet ski), sur lesquelles n’importe qui a l’air on ne peut plus ridicule.
Il disait ne pas jouer au golf (qui serait l’acronyme de Get Out, Leave Family), un sport si improbable, où tous ces hommes disputent des parties interminables, croyant fermement qu’ils sont attendus à la maison et qu’ils seront reçus comme des héros… alors que personne ne s’est même rendu compte qu’ils étaient partis ni revenus. Ni sa version miniature, le mini-putt, où même le fun qu’il procure est réduit. Récemment, seul le pickleball serait arrivé à la cheville de ce « sport » qu’il juge plus qu’inutile.
Comme l’IA est un sujet incontournable, Seinfeld a fait du pouce là-dessus, à commencer avec ce qu’il croit être le tout premier exemple d’intelligence artificielle : le monstre de Frankenstein! Mais pourquoi lui avoir affublé un jacket sport beaucoup trop petit pour lui, hein? Le docteur aurait pu faire mieux pour terminer le boulot, non? De par son métier, l’IA n’inquiète pas trop Seinfeld, car c’est impossible d’enseigner l’idiotie, l’imbécilité, la connerie… c’est inné (« you can’t teach dumb, it’s a gift »).
Celui qui est derrière la série Comedians in Cars Getting Coffee (2012-2019) a aussi discuté de son amour pour ce contradictoire breuvage, qu’il juge aussi essentiel que jetable. Et cette « pause café » fut un moment savoureux. Comme votre scribe, il déteste avec passion le thé, qu’il trouve faux et prétentieux, avec son petit sachet de feuilles à la mord-moi le nœud (‘scusez-là, on a trop vu de films américains traduits à Paris dans sa jeunesse). Selon lui, seul le café comprend réellement la brutalité du matin, la cruauté de passer de ton lit à ta vie… alors que ton lit, lui, il ne sait absolument rien de ta vie (insérez ici un désopilant dialogue inventé). Et quelle chute Seinfeld nous a servi : la vie te broie et tu mouds le café (« life grinds you, and you grind coffee »).
À mille lieux du type fringant et volage qu’il projetait jadis à la télé, Seinfeld est dorénavant un homme marié (depuis 1999), un papa de trois enfants… et un bonhomme de 72 ans. Et on sentait le passage du temps dans le dernier droit, qui s’avéra hélas, la moins efficace du show.
Portant sur les relations hommes-femmes, le sujet nous a semblé un peu éventé, ayant été beaucoup (BEAUCOUP) exploré/exploité par les humoristes de partout et d’ici en particulier. Si ses comparaisons animales faisaient souvent mouche (femmes requins, gars dauphins ou bons chiens), certain.es ont dû grincer un peu des dents et trouver le temps long.
Le tout s’est terminé avec son classique bit sur les toilettes publiques (pissant!), avant qu’il ne revienne au micro prendre quelques questions – malheureusement bien peu inspirées – du public, où on apprit que l’épisode de Seinfeld où George tue accidentellement sa fiancée est parmi ses histoires favorites.
Au final, on quitta la Place des Arts avec un affichant un immense sourire, en se disant qu’on avait passé un excellent dernier moment avec ce monument de la comédie et du rire.
- Artiste(s)
- Jerry Seinfeld
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Salle Wilfrid-Pelletier
- Catégorie(s)
- Humour,
Vos commentaires