Jeff Mailfert

Entrevue avec Jeff Mailfert | La quête d’authenticité d’un chansonnier folk français au Québec

Le paysage musical québécois, avec ses grands espaces et sa culture folk profondément enracinée, exerce une fascination indéniable sur certains artistes européens. C’est le cas de Jeff Mailfert, auteur-compositeur-interprète d’indie folk français, qui a récemment posé ses valises au Québec pour une série de prestations et de rencontres exploratoires. De passage dans nos bureaux cette semaine, l’artiste est revenu sur son parcours, sa vision de la musique et son désir de tisser des liens durables avec la Belle Province.

Pour Jeff Mailfert, ce voyage au Québec n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt l’aboutissement d’un processus naturel. Si sa première visite au Canada remonte à 2013 – on parle ici d’un voyage post-études à Toronto, qui lui a donné le déclic pour devenir musicien – c’est sa collaboration avec le réalisateur montréalais Connor Seidel qui a scellé son lien avec le Québec.

« On a tous besoin du Québec », lance-t-il avec humour, soulignant l’ouverture d’esprit et la bienveillance qu’il perçoit chez les Québécois.

Inspiré par le son de formations comme Half Moon Run ou l’artiste Bobby Bazini, Mailfert a confié le mixage de son premier album, Save My Soul (sorti en 2023), à l’équipe de Seidel. Cette collaboration à distance, basée sur une « rencontre humaine très bienveillante », a fini par créer un véritable écosystème autour de son projet, facilitant sa venue aujourd’hui.

La Van Life et l’appel de la nature

L’artiste, qui se définit volontiers comme un adepte de la nature, s’est fait connaître en France grâce à un documentaire sur la « Van Life ». Il parcourt l’Europe à bord d’un vieux van Volkswagen de 40 ans, un mode de vie qui nourrit directement sa musique. Pour lui, le folk est indissociable des grands espaces, qui nourrissent autant l’imaginaire par les paysages qui permettent de projeter des émotions dans un décor visuel, que l’inspiration, puisque son équilibre personnel, nous raconte-t-il, passe par l’observation de la forêt, le bois et le calme, des éléments qu’il retrouve au Québec.

Ayant grandi à Paris ou dans les environs, vivre en nature lui permet également d’observer les saisons et de retrouver un rythme plus humain, loin de la grisaille parisienne. Serait-il tenter de s’installer au Québec… si cela devait signifier de s’installer à Montréal? « Il faudrait vraiment qu’il y ait une très, très grosse opportunité qui me fasse dire « Ok, je vis un petit peu à Montréal, je mets de côté mon amour de la nature et on développe, on fait un petit sacrifice » », répond-il après une longue pause de réflexion. « Mais c’est vrai que, oui, la nature est importante au quotidien pour moi. »

Entre espoir et résilience

Son album Save My Soul est le reflet de dix ans de vie, marqués par des joies et des ruptures. Jeff Mailfert y explore le thème de la résilience, voyant la musique comme une « petite étoile dans le noir » qui guide à travers les périodes troubles. « Je mets mes émotions sur des paysages pour imager un petit peu aussi tout ça, peut-être par timidité. »

Même si son écriture est portée vers ses propres sentiments et son vécu, il demeure un être profondément ancré dans sa société, et soucieux de ce qui se passe dans le monde. Dans un contexte social mondial qu’il juge divisé, il croit fermement que l’art, et particulièrement la folk – qu’il définit plus comme un état d’esprit qu’un genre strict – a le pouvoir de réunir les humains. À noter que l’entrevue avait lieu à quelques heures d’un étrange ultimatum quasi-apocalyptique de Donald Trump envers l’Iran. Une journée, donc, où la situation géopolitique semblait miner tout le monde…

Face à la montée de l’intelligence artificielle, l’artiste reste également catégorique : rien ne remplacera l’échange humain et les perspectives qu’apporte le travail avec d’autres créateurs, même si le chemin de l’indépendance est économiquement ardu.

Si l’artiste rêve déjà de s’installer un jour dans un chalet en forêt au Québec, c’est pour l’instant sur les planches qu’il ira à la rencontre du public. Sa mini-tournée québécoise, qu’il voit comme une introduction au Québec, comprend des arrêts à l’Espace Félix Leclerc, à l’île d’Orléans, le 8 avril, où l’auteur-compositeur-interprète Simon Kearney tient des soirées à micros ouverts, ainsi qu’au Café Maelstrom de Québec le 10 avril, et au Salon Edgar, toujours à Québec, le 11.

Il est important de noter que de nouvelles dates pourraient s’ajouter au cours des prochains jours. Pour ce « Canadien » de cœur (comme l’appellent ses proches en France), ces concerts sont un premier test avant, peut-être, de revenir pour la saison des festivals ou de trouver des partenaires locaux pour développer sa carrière en Amérique du Nord.

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