Johnny Marr

Critique | Johnny Marr au Théâtre Corona

Tant que les Smiths refusent obstinément de se réunir et que Morrissey boude le Canada, la présence en ville du guitariste Johnny Marr est pas mal ce qu’il y a de plus près pour les (nombreux) fans du mythique groupe de Manchester… Ça ne remplacera jamais la vraie formation (ou son unique crooner moderne), mais comme on dit, ça fait bien le travail !

Do you realize the awesome night of TV that you missed for this shit tonight ?

Johnny Marr ne connait visiblement rien à la culture québécoise : y’a rien de bon à la télé les mercredis. De toute façon, personne dans le Corona ne semblait préoccupé par ce qu’il manquait. Parce que devant nous, il y avait Johnny Marr : guitariste parmi les plus grands, et co-auteur compositeur des Smiths.  C’était écrit en lettres géantes derrière lui et son band, mais de toute façon, on l’aurait reconnu, avec sa tronche typiquement britannique, son flegme tout aussi anglais, et son jeu de guitare unique, qui provoque les mêmes vibrations à travers les amplis Fender qu’à l’époque.

Voilà maintenant presque 25 ans qu’ils n’existent plus, les fameux Smiths, et Dieu sait que Marr s’est tenu occupé depuis : deux albums solo, un avec les Healers, trois avec Bernard Sumner (de New Order) sous le sobriquet Electronic dans les années 1990, et un coup de main à plusieurs autres groupes établis, dont The The, Modest Mouse et The Cribs.

Mais veut, veut pas, on l’associe encore et toujours à The Smiths.

 

Honorer son héritage

Le principal intéressé n’est pas sans le savoir. Faudrait être aveugle pour ne pas constater que la foule consiste à 90% d’hommes de la génération X, dont plusieurs avec des t-shirts des Smiths.

Et pourquoi bouder son héritage ? Après tout, Johnny Marr a co-écrit plusieurs des chansons marquantes du groupe, et sa voix tient la route tout en naviguant dans un registre pas très loin de celui de Morrissey.

Alors… Combien de chansons des Smiths à la grille de chansons ? Six, si on compte le rappel. À commencer par Panic, tout de suite après la chanson titre de son nouvel album solo, Playland, lancé il y a un mois.

Il a aussi sorti de son sac The Headmaster Ritual, hymne anti-châtiment corporel de Meat is Murder, et Bigmouth Strikes Again, single de l’album mythique The Queen is Dead. À chaque fois, la foule laisse entendre un cri de nostalgie profonde. C’est musicalement assez féroce tout en gardant l’emphase sur les mélodies.

Tant qu’à donner dans le clin d’oeil au passé, Marr et sa troupe vont même déterrer Getting Away With It, de son projet Electronic, ainsi que I Fought The Law, classique du rock’n’roll écrit par Sonny Curtis des Crickets, mais interprétée ici de façon plus semblable à la version de The Clash.

Photo par Nadia Davoli

Photo par Nadia Davoli

Les titres solo font aussi bonne figure, notamment les rythmées Boys Get Straight et Generate! Generate!, ainsi que Speak Out Reach Out dont le riff rappelle un peu Metal de Gary Numan. Ils sont surtout bien répartis dans la grille de chansons, de manière à ne pas lasser le spectateur strictement nostalgique.

Mais n’empêche, rien n’égal les classiques, surtout How Soon Is Now? avant le rappel, et There Is A Light That Never Goes Out en toute fin de prestation. On se serait cru aux Foufs des années 1980.

À défaut d’avoir droit à la vraie version, celle à laquelle les fans continuent de rêver, un concert de Johnny Marr demeure un baume honorable, en plus d’un aperçu respectable du chemin parcouru par le légendaire guitariste depuis la séparation du groupe.

Mais l’espoir d’un vrai retour plane toujours… Qui sait, 25 ans, c’est un chiffre rond, non ?

Grille de chansons

Playland
Panic (The Smiths)
The Right Thing Right
Easy Money
25 Hours
New Town Velocity
The Headmaster Ritual  (The Smiths)
Back in the Box
Speak Out Reach Out 
Generate! Generate!
The Messenger 
Bigmouth Strikes Again (The Smiths)
Boys Get Straight
Candidate
Getting Away With It (Electronic)
How Soon Is Now? (The Smiths)

Rappel
Still Ill (The Smiths)
Dynamo
I Fought the Law (reprise de The Crickets)
There Is a Light That Never Goes Out (The Smiths)

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