Les Breastfeeders
Critique Publié le

Coup de coeur francophone 2019 – Jour 8 | Le tonnerre des Breastfeeders à L’Esco

Si l’eau a envahi le métro de Montréal hier, la foudre s’est abattue sur L’Esco avec le passage des Breastfeeders qui y célébraient leurs 20 ans. Fervents enthousiastes de rétro, adeptes de la bottine Beatles et de l’emblématique coupe de cheveux en bol, ces vieux routiers s’inspirant entre autres des Sinners et des Rolling Stones n’ont rien perdu de leur fougue. Offrant deux sets dans une ambiance bon enfant, cette soirée coprésentée par Coup de coeur francophone, Blow The Fuse Records et Bonsound a été un grand succès.

Photo par Lynn Poulin

En plus de souligner deux décennies de rock, le groupe fêtait les 15 ans de Déjeuner sur l’herbe, leur premier album, maintenant offert en vinyle.

S’étant fait discret depuis quelques années, Les Breasfeeders ont tout de même fait quelques apparitions sur scène ici et là, ouvrant notamment pour le groupe garage légendaire The Sonics en 2015 au Théâtre Fairmount (dans le cadre de POP Montréal), et participant au 50e anniversaire de la formation MC5 en 2018.

Huit ans après la parution de son album Dans la gueule des jours (qui a obtenu un prix pour l’album rock de l’année au GAMIQ), le groupe a lancé un single en avril cette année, Ma mort d’avant ma mort. Suite à cette sortie, les enfants terribles du rock montréalais ont visité plusieurs villes du Québec. Ils ont aussi été la tête d’affiche du festival Distorsion Psych Fest en mai dernier, et ont offert une performance au Stade Percival-Molson lors du spectacle de la mi-temps des Alouettes de Montréal en septembre.

La famille Addams version yéyé

À L’Esco, la troupe menée par Luc Brien possédait un petit quelque chose émanant de la famille Addams, projetant une esthétique visuelle sobre, chic et un peu ténébreuse, ce qui ajoutait à leur excellente prestation.

La voix de Luc Brien était nickel, malgré qu’elle se noyait parfois dans la mer de distorsion. Le dandy armé de sa guitare ronde vintage (Teisco May Queen, pour les connaisseurs) était en verve; il parlait peut-être plus longtemps que nécessaire entre les chansons, créant des longueurs un peu inutiles. Toutefois, c’était facilement pardonnable, son charisme et son humour compensant cela.

Le fameux « tambourine man » et coauteur des paroles du groupe, Johnny Maldoror (de son vrai nom Martin Dubreuil, qui est aussi acteur), retenait particulièrement l’attention. La bête de foire du groupe, sorte de « joker » aux yeux de raton laveur et au crâne à moitié dégarni, a fait du bodysurfing, s’est jeté par terre, et a dansé sur les tables de L’Esco en frappant furieusement son tambourin. Cet amalgame très improbable entre Beetlejuice (avec rayures zébrées toutefois!) et un Esmeralda masculin a beaucoup fait sourire le public, qui se laissait emporter par ses pitreries spontanées.

Invités de marque

Au cours des dernières années, le groupe a changé quelque peu son personnel, remplaçant son batteur (maintenant Maxime Hébert) et son guitariste soliste (actuellement David Deïas). On a toutefois eu droit à la visite des anciens membres Kiki Boone et Sunny Duval (qui a fait de véritables prouesses de sweep picking, ma foi), ainsi qu’à la présence du claviériste Thomas Augustin de Malajube. De plus, Suzie McLelove (voix, guitare, claviers) était absente « pour cause de maladie longue », aux dires du chanteur… Sa soeur Karine a donc assuré les choeurs, démontrant d’excellentes aptitudes vocales et une bonne présence sur scène.

Bref, un 20e anniversaire créé avec finesse, comme un gros bouquet de fleurs noires faisant honneur au «passage à l’âge adulte» du groupe. Les Breastfeeders lancent aujourd’hui un nouveau simple, intitulé Trois nuits de chien (avec J’étudie mon grec, reprise des Hou-Lops).

Ils seront en spectacle aujourd’hui au même endroit, et le 16 novembre à La Petite Boîte Noire à Sherbrooke.

Artistes
Villes
Salles

Vos commentaires