La collection de livres Microsillon | Les grands albums et ceux qui les écoutent

Microsillon, la nouvelle collection des Éditions du Boréal, est parue mardi. Elle retrace l’histoire d’albums québécois marquants. Mais attention ! Pas à la manière d’une page Wikipédia froide et monotone, avertit le directeur du projet, Dominic Tardif. L’angle se veut « intimiste », les auteurs faisant écho à leur propre histoire à travers celle des opus.

L’Heptade d’Harmonium, D’eux de Céline Dion et Limoilou de Safia Nolin sont les premiers sujets de Microsillon. Pourquoi ces choix ? « On est allés où le cœur des auteurs et des autrices les menait. Ça va être la même chose pour les livres à venir dans la collection au cours des prochaines années », explique Dominic Tardif.

« Une des plus belles manières de parler de musique, c’est de parler de la façon dont elle peut nous faire vivre de grandes choses », avance celui qui est également journaliste à La Presse. Les expériences musicales personnelles finissent aussi souvent par être « une expérience commune que bien des gens ont vécue, chacun de leur côté », ajoute-t-il.

Ces ouvrages se veulent aussi « journalistiquement étoffés », toujours d’après lui. Le mandat des auteurs : que les néophytes « puissent user de ces livres-là comme d’une porte d’entrée sur l’œuvre des artistes en question, et offrir de la matière à se mettre sous la dent à ceux qui sont déjà des fans ».

Safia Nolin : parcours parallèles

« Pendant plusieurs années, en écoutant la musique de Safia, c’est comme si j’avais un lien à sens unique avec elle parce qu’on a énormément de similitudes », explique la journaliste et chroniqueuse Laïma Abouraja Gérald.

laima gerald cr gaelle leroyerLes deux femmes sont de la même génération. Elles ont connu le même Montréal, la précarité, la désertion d’un père. Elles ont des origines maghrébines « longtemps balayées du revers de la main ».

Dès les premières lignes, on a l’impression de plonger dans la tête de Safia Nolin. Les scènes sont « narrativisées », mais toujours inspirées de faits vécus. L’autrice retrace son ascension, de sa job plate au dépanneur, à ses débuts au Festival international de la chanson de Granby à la naissance de son premier album, Limoilou (2015).

Pour ce faire, plusieurs rencontres avec l’artiste ont eu lieu. Des larmes ont été versées aussi. « J’ai vraiment beaucoup pleuré dans le processus. [Safia], c’est quelqu’un qui a reçu beaucoup de haine, autant en ligne que dans la vraie vie. Donc, me mettre dans sa peau, ça m’a bouleversée », raconte Mme Abouraja Gérald.

« Safia fait souvent des prises de parole que certains trouvent polémiques. Ce n’est pas quelqu’un qui fait nécessairement l’unanimité. […] J’espère que ce livre-là va contribuer à la repositionner finalement comme une créatrice unique et merveilleuse, qui a encore beaucoup à nous offrir », souhaite l’autrice.

Céline Dion : « humaniser » un monument musical

Avec son livre sur D’eux, Jean-Michel Fortier propose une histoire de « fan » qui a évolué dans le temps. Comment D’eux l’a-t-il accompagné au fil des ans – de ses sept ans, lorsque l’album est entré dans le salon familial, à l’âge adulte ?

jean michel fortierContrairement à Laïma Abouraja Gérald, il n’a jamais parlé à Céline Dion, ni à son équipe. « On m’a assigné la personne la plus inaccessible au Québec. Elle ne sait pas du tout que j’existe », rigole le romancier.

 

Sa recherche pour D’eux s’est voulue « solitaire ». Elle s’est concentrée sur « la réception de l’album au moment de sa sortie en 1995 au Québec, ainsi que sur la façon dont Céline se présentait [à l’époque] dans ses entrevues et prestations en France et au Québec », explique-t-il.

Se basant sur ces artefacts, l’auteur explore une facette de Céline Dion dans chaque chapitre : la Céline joyeuse et joueuse dans ses concerts ; la Céline cynique, tirée des propos du compositeur de D’eux, Jean-Jacques Goldman, lors d’une entrevue ; ou encore la Céline queer. « Étant donné que c’est une figure quand même importante pour [cette communauté], je me questionne sur cette place qu’elle occupe dans notre imaginaire », indique M. Fortier.

Harmonium : un amour d’adolescence

À ses seize ans, alors que les questionnements identitaires battent leur plein, Jean-Christophe Laurence découvre L’Heptade (1976) d’Harmonium. « Finies, les errances musicales et vestimentaires. Je serai hippie, hippie, hourra ! », pensait-il.

jean christophe laurence cr dominick gravel* Photo par Dominick Gravel.

« J’étais complètement fou de ce groupe qui m’a ouvert des portes musicales, spirituelles et émotionnelles », explique le journaliste à La Presse. Son « harmoniumite aiguë » s’atténuera à l’âge adulte, bien qu’il soit resté un adepte de la formation.

Quand lui vient l’opportunité d’écrire un livre sur cet amour de jeunesse, il saute dessus. Comme tout journaliste aguerri, son mantra pour ce projet sera : « Don’t take no for an answer! » Il aura ainsi mené une quarantaine d’entrevues en tout pour retracer l’histoire de l’opus : musiciens, techniciens de son, roadies, conducteurs de camion, fans.

Il aura aussi parlé aux membres d’Harmonium… tous, sauf un : Serge Fiori. Voulant garder l’âme du groupe pour la fin, le journaliste attendait avant de le contacter. Mais le chanteur s’est éteint avant qu’ils n’aient pu se parler.

Le positif là-dedans selon M. Laurence ? « Ça m’a donné l’occasion d’interroger d’autres acteurs de cette histoire. Serge Fiori était quelqu’un qui attirait beaucoup la lumière, quelqu’un de profondément charismatique. Donc, souvent les autres étaient dans l’ombre », répond-il.

Microsillon : pour qui et pourquoi ?

À l’origine de cette initiative se trouve Jean Lavigne, propriétaire de la librairie spécialisée en musique Résonance, qui trouvait qu’il manquait, dans le paysage littéraire québécois, une collection s’intéressant aux grands disques de notre histoire. De là est née une collaboration avec Boréal pour créer Microsillon, inspirée de la célèbre collection britannique 33 1/3.

Selon M. Tardif, ce corpus servira aussi à la découvrabilité culturelle pour les plus jeunes. « Mythologiser » les grands personnages de notre culture peut « contribuer à ce qu’ils y adhèrent », avance-t-il.

Autour de 15-16 ans, j’ai découvert les Beatles. Il y avait une quantité astronomique de documentation qui était à ma portée pour que je puisse tout savoir sur le contexte de création de leurs albums, raconte M. Tardif. Mais si, au même âge, je m’étais intéressé à Harmonium… Un livre qui te raconte de A à Z l’enregistrement [d’un de leurs albums], ça n’existait pas. Je trouve ça quand même troublant.

« Pour Harmonium, c’est un dossier réglé ! On espère que ce sera un dossier réglé pour un paquet d’autres albums auxquels on va s’intéresser dans les livres qui vont suivre dans cette collection », conclut-il.

Tous les détails au sujet de la collection Microsillon se trouve par ici.


* Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions du Boréal.

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