The Smashing Pumpkins au Centre Bell | Un concert marathon truffé de morceaux rares
Rares sont les groupes qui peuvent jouer trente chansons lors d’un concert de près de trois heures, et qu’on en ressort en dressant une liste d’une dizaine d’autres chansons qu’on aurait aimé entendre. C’est le cas des Smashing Pumpkins, mais ça ne revient pas à dire que leur spectacle marathon a déçu vendredi soir au Centre Bell, bien au contraire! C’est plutôt que Corgan et sa bande peuvent se permettre, à ce point-ci de leur carrière, de fouiller dans leurs morceaux moins connus, sans pour autant lésiner sur les titres familiers, et de réussir ce tour de force particulièrement appréciable pour ceux et celles, nombreux, qui les ont vus souvent en spectacle.
À vue de nez, on pourrait dire que les hommes quarantenaires qui ont grandi en idolâtrant les Pumpkins représentaient environ les deux tiers de la foule de 12 300 personnes réunies au Centre Bell en ce vendredi soir. Les plus jeunes fans, eux, ont découvert le matériel du groupe comme les quarantenaires le faisaient avec Led Zeppelin, Pink Floyd ou The Doors dans leur jeunesse. Pour elleux, les chansons des 25 dernières années côtoient peut-être les hits des années 1990 dans leurs listes d’écoute pêle-mêle. Mais pour le commun des fans de SP, c’est vraiment dans les années 1990 que ça se passait. Depuis Machina en 2000, on ne peut pas dire que les albums parus ont eu le même impact.
Sauf que les parutions des années 1990 suffissent pour permettre à Billy Corgan et sa bande de surfer encore longtemps sur du matériel marquant en rebrassant la formule à chaque visite.
Le groupe a produit cinq albums fort admirables entre 1991 et 2000, dont un disque double : Mellon Collie and the Infinite Sadness, paru en 1995. Ce chef d’oeuvre de métal alternatif pré-emo fait d’ailleurs l’objet d’un traitement spécial lors de la présente tournée des Pumpkins, intitulée The Rats in a Cage Tour. On commémore les 30 ans de cet album mythique… qui est sorti il y a 31 ans.
La première moitié du spectacle de vendredi soir comporte donc une quinzaine de chansons de l’album de 1995, soit plus de la moitié du très long album de plus de deux heures. C’est l’occasion d’entendre quelques classiques tels que 1979, Tonight Tonight, Bullet With Butterfly Wings ou Zero, mais aussi de piger dans les titres moins souvent interprétés en spectacle, comme Galapogos, Here Is No Why, To Forgive ou l’explosive Fuck You (An Ode to No One). Des chansons que les adeptes de Mellon Collie connaissent aussi par coeur parce qu’à l’époque, les albums s’écoutaient d’un trait. Quand on voulait écouter Zero et Bullet with Butterfly Wings en cassette, il fallait écouter Here Is No Why entre les deux, ou épuiser les piles AA de son Walkman pour faire avancer la cassette et probablement rater les premières mesures de Bullet où Corgan entonne la fameuse phrase : « The World is a vampire ».
La grille de chanson de la première moitié est donc l’équivalent d’écouter la moitié de l’album sur shuffle, un exercice moins jouissif sur le plan nostalgique que l’habituelle interprétation en intégrale, dans l’ordre du disque. Mais ça permet au groupe de réorganiser le rythme de la performance. De toute façon, l’esprit de Mellon Collie y est à fond, surtout sur le plan du visuel. Les animations et projections en fond de scène exploitent à merveille l’esthétique si singulière de cette époque du groupe : un mélange de conte de fée et de film de Georges Méliès, qui pige à la fois dans l’esthétique victorienne, la peinture classique et l’imagerie astronomique.
Même si on peut inclure X.Y.U. et Where Boys Fear to Tread parmi les susmentionnés oublis regrettables, personne ne boude son plaisir durant ces 75 minutes qui voyagent, comme il se doit, entre rock alternatif, métal hargneux, shoegaze enivrant et sensibilité dramatique adolescente. Le tout interprété avec brio par Corgan et ses collègues et membres originaux James Iha (guitariste) et Jimmy Chamberlin (batteur), ainsi que leurs plus récents collègues, la phénoménale guitariste trentenaire Kiki Wong et le bassiste britannique Jack Bates, fils de Peter Hook de Joy Division.
Ah, et pour le fait divers : comme on s’y attendait, la Montréalaise d’origine Melissa Auf Der Maur était en ville et en a profité pour joindre le groupe sur scène durant l’interprétation de Zero, avec une basse qu’on n’entendait pas. Mais symboliquement, l’ex-Pumpkins québécoise renouait avec son vieux chum Corgan sous les acclamations de la foule et ça demeure cool à vivre!
Deuxième moitié
Après avoir exploré autant de titres moins connus en première moitié, on pouvait s’attendre à une deuxième portion plus axée sur les hits du groupe. Mais Corgan et sa bande ont tôt fait de nous faire comprendre que nenni : la soirée ne sera pas un greatest hits mur à mur!
La scène est désormais ornée de colonnes gonflables évoquant, avec les éclairages, un genre de nef gothique. Les membres du groupe, tous de noir vêtus en première moitié, sont désormais tous habillé-es en blanc. Corgan porte un étrange chapeau qui lui donne des airs de personnage du Phantom of the Opera, et on se croirait dans un opéra-rock au Théâtre St-Denis durant l’interprétation des quelconques Sojourner, Edin et Pentagrams, coup sur coup. On parle ici de titres issus des deux derniers albums, Aghori Mhori Mei, et l’opéra rock ATUM.
D’autres titres relativement obscurs suivront comme War Dreams of Itself, titre le plus mordant d’Aghori Mhori Mei, l’inédite As Rome Burns, jamais endisquée, le vieux jam Jesus Is the Sun qui remonte au début des années 1990, ou encore Superchrist, un jam instrumental mettant Chamberlain en valeur en toute fin de prestation.
À travers tout ça, le public a tout de même eu droit aux incontournables Disarm, Ava Adore, Mayonaise, Today, Cherub Rock et The Everlasting Gaze, toutes plus glorieuses les unes que les autres.
Alors oui, on se dit que ç’aurait été le fun d’entendre Rocket, Perfect, Eye, The End Is the Beginning Is The End, Soma, Geek U.S.A., Silverfuck ou Rhinoceros. Mais n’est-ce pas là le signe d’un groupe dont le répertoire a une telle profondeur qu’on peut très bien se satisfaire d’un show où il manque autant de nos chansons favorites? Et ça nous incitera à les revoir la prochaine fois, eux qui sont passé pas moins de six fois à Montréal au cours des 19 dernières années.
Grille de chansons
Partie Mellon Collie
1979
Bullet With Butterfly Wings
Cupid de Locke
Porcelina of the Vast Oceans
Jellybelly
Bodies
Galapogos
Thirty-Three
Tonight, Tonight
Here Is No Why
To Forgive
Fuck You (An Ode to No One)
Zero (avec Melissa Auf der Maur)
Muzzle
By Starlight
Mellon Collie and the Infinite Sadness
Deuxième partie
« Machina, Machina »
Sojourner
Edin
Pentagrams
Disarm
Ava Adore
War Dreams of Itself
Mayonaise
As Rome Burns
Today
Cherub Rock
Jesus Is the Sun
The Everlasting Gaze
Superchrist
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