Débat sur la culture : Quatre partis face aux grands défis du milieu à l’approche des élections québécoises
À moins d’un mois du scrutin provincial du 5 octobre, les représentants du Parti libéral du Québec, du Parti québécois, de la Coalition avenir Québec et de Québec solidaire se sont réunis mercredi après-midi à HEC Montréal pour débattre de l’avenir de la culture québécoise. Sans surprise, le Parti Conservateur du Québec brillait par son absence… Entre financement, précarité des artistes, accès des jeunes aux arts et rayonnement des régions, le débat a surtout fait ressortir un consensus sur l’importance de la culture… mais des divergences importantes sur les moyens d’agir.
Animé par Johane Despins, le débat était organisé par le réseau Culture 360, Culture Montréal, le Front commun pour les arts et la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux de HEC Montréal. Les quatre formations politiques représentées étaient Benoit Clermont pour le Parti libéral du Québec, Catherine Gentilcore pour le Parti québécois, Christine Maestracci pour la Coalition avenir Québec et Sol Zanetti pour Québec solidaire.
D’entrée de jeu, les organisateurs ont placé la culture dans le contexte de la guerre commerciale avec les États-Unis, de l’omniprésence des plateformes numériques et de l’arrivée de l’intelligence artificielle générative.
Dans un environnement où les œuvres québécoises doivent rivaliser avec une offre internationale abondante, la question de la souveraineté culturelle et de la capacité du Québec à soutenir sa propre création a rapidement occupé une place centrale. En fait, si on constat s’imposait au terme des 90 minutes de débat, c’est que tant que les pouvoirs sur les décisions majeures – bras de fer avec les GAFAM, etc. – demeurent au palier fédéral, la marge de manoeuvre demeure limitée et les prises de position souvent juste symboliques en ce qui a trait aux mesures concernant le milieu culturel.
Un consensus sur la culture, mais pas sur l’ampleur des investissements
Les quatre représentants ont défendu, chacun à leur manière, l’importance de la culture comme vecteur identitaire et économique. Mais c’est sur le financement que les différences de vision se sont le plus clairement dessinées.
Christine Maestracci a défendu le bilan de la CAQ, rappelant que les budgets consacrés à la culture auraient augmenté de façon importante au cours des dernières années. Elle a insisté sur une approche fondée sur la concertation avec le milieu et sur la poursuite de plusieurs chantiers, notamment en matière d’arts de la scène, de festivals, de patrimoine et d’audiovisuel.
Benoit Clermont a pour sa part promis qu’un gouvernement libéral n’effectuerait « aucune coupe dans le secteur culturel », message martelé à plusieurs reprises. Le candidat a toutefois refusé de s’engager immédiatement sur la revendication du Front commun pour les arts visant à porter les crédits consacrés à la culture à 3 % du budget québécois, soulignant plutôt que les dépenses culturelles représenteraient environ 2 % lorsqu’on tient compte notamment des crédits d’impôt.
Catherine Gentilcore a été plus affirmative sur un autre dossier : celui du financement du Conseil des arts et des lettres du Québec. Elle s’est engagée à maintenir un minimum de 200 millions de dollars annuellement à partir de 2029-2030, conformément à une demande portée par le milieu culturel.
Sol Zanetti a quant à lui plaidé pour une hausse beaucoup plus substantielle des investissements publics. Québec solidaire propose notamment de doubler les budgets du CALQ et de la SODEC, en plus d’indexer les sommes consacrées à la culture. Pour le député solidaire, simplement « protéger » les budgets sans les ajuster à l’inflation revient à accepter une diminution réelle du financement.
La précarité des artistes au cœur des échanges
Le débat a également mis en lumière l’un des enjeux les plus criants du milieu : la précarité des artistes et des travailleurs culturels. Johane Despins a rappelé que le secteur culturel représente, selon les données évoquées pendant le débat, 15 milliards de dollars et 125 000 emplois, alors qu’une importante proportion des travailleurs demeure sans assurance-emploi, régime de retraite ou couverture d’assurance adéquate.
Les quatre formations se sont dites favorables à la poursuite du chantier mené par Compétences Culture. Les différences sont toutefois apparues dans l’urgence accordée au dossier.
Le Parti québécois propose notamment d’apparier les sommes recueillies par la Fondation des artistes en attendant les conclusions du chantier. Le Parti libéral entend poursuivre les travaux et négocier avec Ottawa, notamment puisque plusieurs leviers liés à l’assurance-emploi relèvent du fédéral.
Québec solidaire a présenté l’engagement financier le plus précis : un investissement de 130 millions de dollars pour mettre en place un projet pilote de filet social destiné aux travailleurs culturels, d’abord dans la région de la Capitale-Nationale, avec l’objectif éventuel de l’étendre à l’ensemble du Québec. Proposition évidemment chaudement accueillie par les spectateurs présents lors du débat.
Des jeunes aux salles de spectacle : la culture doit retrouver sa place à l’école
La place de la culture dans le parcours scolaire a également donné lieu à des échanges particulièrement animés. La question des enveloppes destinées aux sorties culturelles et à l’achat de livres a opposé la CAQ à ses adversaires.
Christine Maestracci a rappelé que les sommes consacrées aux sorties culturelles auraient été quadruplées pendant le dernier mandat, atteignant 40 millions de dollars. Elle a défendu le choix de regrouper certaines enveloppes, tout en affirmant que des objectifs culturels demeuraient imposés aux écoles.
Les autres formations ont plutôt réclamé le retour d’enveloppes spécifiquement dédiées à la culture. Le PQ promet notamment une bonification de 8 millions de dollars pour l’achat de livres québécois et souhaite réintroduire davantage de pratique artistique dans le cursus scolaire. Le PLQ s’est engagé à protéger les budgets consacrés aux livres et aux sorties culturelles et propose qu’un livre jeunesse québécois en français soit remis à chaque élève du primaire à la fin de l’année scolaire.
Québec solidaire propose pour sa part une passe culture de 75 $ destinée aux jeunes de 12 à 18 ans, afin de leur permettre d’acheter des billets et des œuvres culturelles durant l’année. Le PQ avance également une formule « 2 pour 1 » visant à encourager les jeunes à fréquenter les institutions culturelles. Sors-tu? approuve évidemment ce genre de mesure!
Découvrabilité, audiovisuel et régions
La découvrabilité des œuvres québécoises sur les plateformes numériques a constitué un autre point de convergence. Les quatre partis ont appuyé le principe de la loi 109, mais le débat a fait ressortir la question de son application concrète et des limites liées aux compétences fédérales.
La CAQ mise notamment sur des objectifs de visibilité et sur des ententes avec les grandes plateformes afin de favoriser la mise en valeur des œuvres québécoises. Le PLQ souhaite faire de Télé-Québec une porte d’entrée privilégiée des jeunes vers les contenus québécois et a annoncé un programme de soutien aux créateurs utilisant les nouveaux médias et les réseaux sociaux.
L’audiovisuel demeure par ailleurs en pleine transformation. La CAQ a rappelé les investissements additionnels annoncés dans le cadre de sa stratégie québécoise de l’audiovisuel et la réflexion en cours sur les crédits d’impôt. Le PLQ a dit vouloir favoriser davantage les contenus susceptibles de rejoindre les publics plus jeunes.
Pour les arts de la scène, la question du territoire s’est imposée en fin de débat. Les coûts de construction, l’entretien des infrastructures, la vitalité des diffuseurs régionaux et la circulation des spectacles constituent autant d’obstacles à une véritable culture de proximité. Le PLQ a notamment souligné l’importance des programmes de circulation des spectacles et d’un meilleur accompagnement entrepreneurial en région, tandis que Québec solidaire souhaite une répartition plus équitable du financement culturel sur le territoire.
Au terme de la rencontre, un constat s’est néanmoins dégagé : si la culture semble faire consensus comme élément essentiel de l’identité, de la cohésion sociale et de l’économie québécoise, le milieu attend maintenant des engagements chiffrés et des mesures concrètes.
C’est d’ailleurs le message lancé en conclusion par les représentants du milieu culturel : les prochaines semaines devront permettre aux partis de préciser leurs promesses, notamment en matière d’indexation et de financement récurrent. Le débat a ainsi laissé une impression claire : les artistes et les organismes culturels ne demandent plus seulement qu’on reconnaisse leur importance, mais qu’on traduise cette reconnaissance en décisions budgétaires durables. Malgré les bonnes intentions évidentes des quatre candidats présents, ce débat sur la culture nous laisse tout de même un peu sur notre faim en terme de promesses et de projets concrets.
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