Festival Branché au Quai de l’Horloge | Green Montana, Guy2Bezbar, SDM, le trio gagnant

Le Festival Branché, lancé il y a tout juste quelques mois, réussit le pari d’une programmation entièrement rap en parallèle des Francos. Mêlant artistes de la scène locale et figures établies du rap francophone européen, ce nouveau rendez-vous, qui aurait pu passer au second plan face à l’un des événements les plus attendus de l’été montréalais, a su attirer quelque 5 000 personnes pour sa première édition.

Les plus audacieux pouvaient arriver dès 14h profiter des DJ sets de YKTV et Kenzhelo ainsi que des prestations de plusieurs artistes locaux, dont Salgrimo, Fre5h et Jujuu. Un choix cohérent avec la volonté du festival de mettre en avant la scène émergente comme l’expliquait son co-fondateur en entrevue à ONZ MTL.

L’horaire du line-up a toutefois suscité quelques frustrations. Plutôt qu’une programmation détaillée, Branché a opté pour une grille progressive couvrant la période de 14 h à 22 h, sans préciser l’heure exacte de chaque prestation. Un manque de clarté relevé par plusieurs festivaliers dans les commentaires publiés sur Instagram.

Avant l’arrivée des têtes d’affiches, un DJ tente de faire monter la température à coup de hits Tik Tok et de rap mainstream (Charger ou KYKY2BONDY, pour ne citer qu’eux). Une sélection musicale qui remplit sa fonction de manière efficace, mais sans grande prise de risque.

À 19 h 30, les premiers noms majeurs commencent à se succéder. Le soleil est encore bien présent et le cadre du Quai de l’Horloge se révèle particulièrement agréable. La scène, en revanche, paraît relativement modeste pour des artistes de cette envergure et peine parfois à leur donner toute l’ampleur qu’ils mériteraient. Le site accueillera d’ailleurs toute une ribambelle de festivals cet été (le PoutineFest, entre autres).

Green Montana, en douceur

Le premier du trio à entrer en scène est Green Montana. Déjà aperçu aux Ardentes en 2023, le rappeur belge confirme ici une impression déjà présente : son univers s’accorde difficilement avec le format festival. Sa trap mélancolique, construite autour d’ambiances introspectives et de mélodies aériennes, semble davantage taillée pour une salle plus intime que pour une scène en plein air.

L’artiste venait tout juste de sortir MELANCHOLIA 4099, dont plusieurs morceaux ont trouvé leur place dans la setlist, notamment SUPERMOTOR en featuring avec SDM (mais sans SDM sur scène, malheureusement) et BFC OTW. Il n’a pas pour autant négligé les titres qui ont construit sa réputation, comme barcelona92, Juste un moment, oseille mon amour ou encore EVIDEMMENT (aussi avec SDM).

Sur scène, Green Montana conserve cette attitude nonchalante qui fait partie de son identité artistique, mais qui limite parfois l’impact de sa performance dans un contexte où l’énergie visuelle et la présence scénique jouent un rôle central. Trois ans après les Ardentes, l’impression reste similaire et les morceaux les plus récents sont ceux qu’il maîtrise et habite le mieux.

La réaction du public reflète assez bien cette situation. Hormis un petit noyau de fans particulièrement investis, l’assistance demeure relativement calme. Entre la lumière du jour, la retenue du rappeur et un répertoire qui invite davantage à la contemplation qu’à l’euphorie collective, les conditions n’étaient pas réunies pour marquer durablement les esprits. Une prestation appréciable pour les amateurs de Greenzer, mais sans véritable moment de bascule.

Guy2Bezbar, rassembleur

Le contraste est immédiat avec l’arrivée de Guy2Bezbar. Le rappeur du 18e arrondissement de Paris apporte une énergie plus adaptée au contexte festivalier. Sa musique repose largement sur des refrains fédérateurs et de nombreuses collaborations, qui font la force du rappeur.

Parmi les morceaux interprétés figuraient notamment BEAUX GARÇONS avec Tiakola, tiré de son album fraichement sorti la veille, PAY! de Theodora (un des rares morceaux de la setlist avec une femme, malheureusement) ou encore le dansant Pepele avec l’artiste congolais Fally Ipupa. Guy2Bezbar tente également de faire chanter le public sur Je pense à toi, mais la réponse demeure timide, preuve que certains titres n’ont pas encore atteint le statut de classiques auprès du public montréalais. Comme Green Montana avant lui, il quitte la scène après une trentaine de minutes sur le classique et très efficace MONACO, rappelé par les insistances du public.

SDM, imposant

Puis vient le moment le plus attendu de la soirée. Un peu avant 21 h 30, SDM monte finalement sur scène devant une foule nettement plus réactive. La tombée de la nuit y joue pour beaucoup, contribuant à l’univers sombre et à la voix grave de l’artiste.

Il interprète autant des sons énergiques comme Jack Fuego et Dolce Camara que des plus mélodieux comme Prince de la Calle, Mr. Ocho, Pour elle ou encore Cartier Santos. Pour le coup, il se donne vraiment, n’hésitant pas à poursuivre certains passages a cappella (aidé par l’autotune bien sûr). Son implication se ressent dans la réaction du public et l’énergie ne retombe pratiquement jamais.

Le dernier tiers du concert constitue sans doute le point culminant de cette première édition. L’enchaînement des morceaux les plus populaires transforme enfin l’ambiance en véritable moment de communion (rassemblant même le fond du public). SDM se montre également reconnaissant envers le public montréalais, renforçant encore davantage cette proximité.

Et à 22h13, la première édition de Branché touchait déjà à sa fin. Un léger regret subsiste : malgré les nombreux morceaux en commun entre les trois têtes d’affiche, aucune apparition croisée n’est venue ponctuer la soirée. Dans un festival qui misait justement sur la complémentarité de ces artistes, quelques performances communes auraient apporté une dimension supplémentaire et créé des moments potentiellement mémorables.

Cela n’empêche pas cette première édition d’être une réussite. Branché livre un événement cohérent, généreux et déjà capable d’affirmer une identité propre dans le paysage montréalais.

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