Baldwin and Buckley at Cambridge

Baldwin and Buckley at Cambridge à la Cinquième Salle | La force de la parole

Présenté du 28 au 31 mai à la Cinquième Salle dans le cadre du Festival TransAmériques, Baldwin and Buckley at Cambridge, de la compagnie new-yorkaise Elevator Repair Service, redonne vie à un débat historique tenu en 1965 entre l’écrivain James Baldwin et l’intellectuel conservateur William F. Buckley Jr. D’une durée d’une heure et présenté en anglais avec surtitres français, le spectacle propose plus qu’une simple reconstitution : il propose une expérience d’écoute qui met en lumière la force de la parole et la persistance de certains enjeux sociaux et politiques.

Le dispositif scénique est volontairement sobre. Deux pupitres, deux chaises et un éclairage presque constant suffisent à installer l’espace du débat. Entre les différentes sections, le son d’un gong évoque un ring de boxe et souligne la dimension d’affrontement idéologique qui traverse la représentation. Dès les premières minutes, le spectacle impose un rythme particulier. Ici, pas de changements de décor ni d’effets spectaculaires : toute l’attention repose sur la parole. Ce choix demande une certaine concentration, mais il permet aussi d’apprécier pleinement la qualité des interprétations et la précision du texte.

Le jeu des comédien·ne·s est au cœur de la réussite du spectacle. Greig Sargeant livre un James Baldwin habité par ses convictions, dont l’intensité demeure constamment maîtrisée. Son aisance à porter un texte dense et argumenté contribue à maintenir l’intérêt du public tout au long de la représentation. Face à lui, Gavin Price compose un William F. Buckley Jr. convaincant, notamment grâce à un travail précis sur la posture et l’attitude. Affalé sur sa chaise lorsque Baldwin prend la parole, il semble davantage attentif à l’audience qu’à son interlocuteur. Un certain mépris s’en dégage, renforçant le rapport de force entre les deux hommes.

L’approche documentaire d’Elevator Repair Service participe également à la force de la proposition. Le texte est présenté avec une grande fidélité aux archives, créant une rencontre directe entre les paroles de 1965 et leur résonance actuelle. Plusieurs arguments du débat font encore écho à des discours actuels sur les inégalités, l’immigration, l’identité nationale et les rapports de pouvoir aux États-Unis. Cette proximité entre passé et présent confère au spectacle une pertinence qui dépasse largement le cadre historique.

L’épilogue, qui met en scène un échange entre James Baldwin et Lorraine Hansberry dans un décor de salon, apporte une dimension plus intime après l’intensité du débat. Les variations douces de l’éclairage accompagnent ce changement de ton et offrent un moment de réflexion davantage tourné vers l’avenir.

Par la simplicité de son dispositif et la qualité de son interprétation, Baldwin and Buckley at Cambridge montre qu’un texte solidement porté peut suffire à captiver une salle entière. En misant sur l’écoute active, Elevator Repair Service propose une expérience théâtrale qui invite à prolonger la réflexion au-delà de la représentation.

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