Fringe

FRINGE 2016 | On n’est pas couché !

«Fringe-moi!» scandait une foule survoltée massée au Café Campus hier soir pour le dévoilement du Fringe-For-All, en prévision du 26e Festival Fringe de Montréal qui se déroulera du 30 mai au 19 juin dans 11 salles principales sur le Plateau. La formule est maintenant éprouvée : chaque compagnie vient présenter devant les médias un extrait de deux minutes de son spectacle dans le but de se démarquer. Et le public hurle de plaisir!

Il y a de tout au Fringe, on peut s’attendre à vraiment n’importe quoi, du meilleur au plus nul. Hier soir, pendant plus de trois heures, pas moins de 80 compagnies sont venues se livrer en pâture. Le Fringe de cette année, c’est plus de 800 représentations de 114 spectacles réunissant quelque 500 artistes. L’auditoire, quant à lui, varie entre 60 et 65 000 spectateurs annuellement.

La chose qui ne change jamais, d’année en année, c’est le fait que le Fringe est toujours facile, simple, amusant et pas cher.

Et il y a aussi le Parc Fringe, coin boulevard Saint-Laurent et rue Rachel, où se trouvent non seulement la billetterie centrale mais aussi une scène extérieure et une tente à bière. L’après-Fringe, pour la 13e heure, se déplace au Petit Campus, sur la rue Prince-Arthur. Alors que les Nuits du Fringe se prolongent en musique principalement au Divan Orange et au Théâtre MainLine sur Saint-Laurent.

Amy Blackmore. Photo par Gilles G. Lamontagne.

Amy Blackmore. Photo par Gilles G. Lamontagne.

En entrevue, la directrice générale et artistique de l’événement, Amy «Poker Face» Blackmore, qui en est à sa sixième année, se targue des quatre principes du Fringe de Montréal en ajoutant : «La chose qui ne change jamais, d’année en année, c’est le fait que le Fringe est toujours facile, simple, amusant et pas cher. C’est un festival du peuple, avec près de 300 bénévoles pour son bon déroulement. Oui, il y a des choses plus faibles, mais c’est aussi une occasion de se faire connaître pour les artistes émergents, un tremplin, une vitrine. La plupart des spectacles sont des créations mondiales, et certains sont récupérés ensuite par des théâtres. En fin de compte, c’est toujours le public qui est le juge.»

 

Liberté et d’abordabilité

Les quatre principes sur lesquels repose le Fringe de Montréal sont les suivants :

  1. les spectacles sont choisis par tirage au sort parmi les propositions reçues
  2. il n’y a pas de censure, les artistes ayant l’entière liberté de présenter ce qu’ils veulent
  3. accessibilité universelle pour les artistes
  4. accessibilité pour le public moins fortuné.

En effet, le prix des billets se limite à 10 $, et 100% des revenus de la billetterie vont aux artistes. En 2015, il s’est agi d’une somme de plus de 150 000 $.

De par sa forte présence en danse qui est unique en comparaison des autres Fringe au Canada, ce qu’il y a encore de plus particulier au Fringe de Montréal, c’est que le festival est bilingue à part égale. Les cultures underground francophone et anglophone se parlent et se répondent. Il n’y a pas de clivage entre les deux. Le mot «Frenglish» a même été prononcé.

Les présentations d’hier soir au Café Campus se faisaient donc dans les deux langues. «J’espère que vous êtes bien lubrifiés», a dit à un moment donné la co-animatrice déguisée en abeille de taille forte, et qui a fait le bonheur du public par son ton comique tout au long de la soirée.

 

Provenances variées

Afin de s’assurer de la diversité de l’offre, il est établi que 70% des compagnies sont québécoises locales, soit 35% francophones et 35% anglophones, 15% sont canadiennes, et 15% sont internationales. Théâtre, danse, mime, poésie, marionnette, cabaret, comédie musicale, conte, œuvre multidisciplinaire, tout est placé sous l’enseigne de la plus grande liberté artistique possible. Et le bouche-à-oreille fait le reste.

Cette année, des artistes visiteurs aussi bien de Californie, que du Manitoba, de l’Écosse, de l’Australie, de l’Angleterre ou de l’Irlande sont présents pour venir «fringer» avec nous.

Fringe 16-8

Parmi les propositions artistiques d’hier soir, quelques numéros comiques de drags et de transgenres, un livreur de Pizza Butt, un rabbin à boudins qui lance des condoms dans la salle, une parodie des Pierres-à-feu en version pour adultes, une danseuse écossaise échappée là, un numéro de magie poche, deux clowns pas drôles, un procès nouveau genre pour Ponce Pilate, une Lady qui danse avec la jambe d’un mannequin, deux femmes âgées qui s’appellent elles-mêmes Les vieilles croûtes, une animation de participants habillés en rongeurs géants faisant un show de marionnettes avec des rats, une femme en souliers rouges arborant un boa rouge, un numéro en kimono japonais, un déversement de lave-glace sur la tête d’un artiste qui s’adonnera ensuite à une danse des Indiens d’Amérique, des boîtes de pizza vides lancées au public, plusieurs numéros à connotation sexuelle, et des petites phrases assassines du genre «aussi gentil que Donald Trump est orange», ou encore «j’ai jamais manqué de rien, j’ai toujours eu rien».

Mais, il ne faut pas croire que tout est loufoque et baroque. Certaines propositions, comme Révolver de ZOD ou C’est enterré de L’Écchymose sont apparues comme ayant des textes forts. D’autres, comme A David Lynch Wet Dream par les Productions Acherontia, ou encore Ubu sur la table par le Théâtre de la Pire Espèce, intriguent. Sans compter V comme Vian par Les Stefan Stefan, et encore plus surprenant, Les Justes (Albert Camus) par le Théâtre Omnivore, ou d’autres aussi.

Historique du Fringe

Le tout premier Festival Fringe a été créé à Édimbourg en 1947 par un groupe de huit compagnies de théâtre qui n’avaient pas été retenues dans la programmation officielle du réputé Festival d’Édimbourg. C’est pourquoi on l’a souvent comparé au OFF d’Avignon. Et le premier Fringe au Canada s’est constitué en 1982 à Edmonton, soit presque dix ans avant celui de Montréal qui gravitait alors autour du Campus McGill. L’idée, basée sur l’anti-conformisme en art a fait des petits, si bien qu’on retrouve maintenant une trentaine de Fringe dans le monde, de Nanaimo à San Diego.

«Le Fringe est un phénomène mondial qui est sain dans le milieu des arts, reprend Amy Blackmore. D’un point de vue global, les Fringe sont différents les uns des autres, mais le fond reste le même. Ici, l’Association canadienne des Festivals Fringe fonctionne avec les quatre mêmes principes. Chaque année, on se réunit pour discuter, car même si nous sommes autonomes, nous avons plusieurs enjeux en commun.»

Enfin, la directrice du Fringe de Montréal n’est pas peu fière d’annoncer que le prochain Congrès international du Fringe se tiendra à Montréal du 16 au 18 novembre 2016. C’est la première fois que ce congrès se déroulera hors d’Écosse.

«Ils sont allés par appel à proposition, explique Amy Blackmore. Nous avons travaillé fort pour soumettre notre candidature, et nous avons gagné, se réjouit-elle. Une centaine de délégués viendront de partout dans le monde pour discuter de comment nous pouvons travailler ensemble, tisser des liens pour permettre aux artistes de circuler à l’international, et redéfinir le mouvement Fringe, ce que nous sommes comme festival, sur le plan local et mondial.»

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