Cirque du Soleil - AXEL
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Axel du Cirque du Soleil | Cirque pop d’aréna en deux temps

Après Crystal, le Cirque du Soleil récidive en nous offrant sa deuxième « odyssée sur glace ». Intitulé Axel, ce spectacle mélangeant acrobaties circassiennes, prouesses sur patins et chorégraphies était présenté en première montréalaise hier soir, au Centre Bell.


 

Ce que ça raconte…

Le spectacle tourne autour du personnage d’Axel, amoureux de Lei, qui dessine un héros (qu’on ne verra finalement que très peu) pour combattre le méchant Vï, voleur de lumière, et sa troupe… Vous l’aurez compris, on ne va pas voir Axel pour sa trame narrative, difficile à suivre même pour ceux qui en auront pris connaissance à l’avance. On y va pour voir le Cirque à l’œuvre, pour sa capacité à nous surprendre et à réinventer le divertissement. Pour les costumes, pour la musique, pour les acrobaties, pour la scénographie. Est-ce que ça fonctionne ? Oui, mais surtout grâce à la seconde moitié du spectacle.

En deux temps

La première partie nous a semblé en effet beaucoup moins intéressante. Les spectacles circassiens sont normalement rythmés par les moments de tension qui, ici, arrivent de façon trop sporadique, dilués parmi les chorégraphies, transitions et autres tableaux qui sont plutôt au service d’une trame narrative souvent absconse. L’amphithéâtre permet toutefois un nouveau regard intéressant, en plongée, sur les artistes. La patinoire est d’ailleurs magnifiquement utilisée, traitée comme une grande toile blanche sur laquelle des images sont constamment projetées (Adam Hummel à la conception vidéo, impressionnante et originale), permettant à l’imaginaire du personnage principal de prendre vie.

Le Cirque du Soleil dit s’être inspiré de l’effervescence des concerts d’arénas et des compétitions sportives pour concevoir Axel. Or, l’énergie et l’émotion brute typiques de ces évènements ne sont pas au rendez-vous durant la première partie. On sent la sauce prendre quelquefois, mais jamais de façon soutenue. Le travail semble toujours à refaire. Ce n’est qu’au dernier tableau avant l’entracte que le spectacle prend son envol, grâce à une performance de balançoire russe.

Dès le début de la seconde partie, le spectacle lève rapidement. On est emporté dans un va-et-vient constant, entre moments d’émotions et moments énergiques, qui continuera jusqu’à la fin. On nous en met plein la vue avec des numéros impressionnants (sauts à l’élastique, chaînes en guise de corde lisse, le segment intitulé «Feux» et ses «patins d’artifice») et la multitude d’artistes qui habitent l’espace scénique – autant sur la glace que dans les airs. On ne sait plus où donner de la tête et, enfin, on se retrouve dans le maelstrom de stimulus qui caractérise le concert d’aréna. Les moments plus touchants viennent de l’original numéro d’échelle libre et du très beau duo de trapézistes.

Culture pop

Le spectacle cherche à plaire au plus grand nombre grâce à un foisonnant mélange de références à la culture pop : éclair à la Ziggy, casques à la Daft Punk, grand bal à mi-chemin entre Madonna et le Cinquième Élément, guitariste habillé comme Slash, sabres lasers à double tranchant, jeux vidéos, films d’arts martiaux, mangas, super-héros, robots, samouraïs… Il y en a beaucoup, mais tout ça est assumé et s’avère toujours bien digeste dans un aréna.

Dans la tradition des Darth Vador, Cobra Commander, Decepticons et autres vilains de la culture pop, la signature visuelle du côté obscur est toujours beaucoup plus intéressante que celles des héros (au fait, depuis quand les vilains sont en vert et les gentils, en rouge ? Ça nous semble contre-intuitif…). Ceci contribue à alourdir la première partie puisqu’on s’attache peu aux gentils, plus ennuyants.

Les nombreuses références à la culture populaire se retrouvent dans les quelques reprises de chansons bien connues, dont Mad World, Diamonds et You Should Be Dancing. Assurée par quatre musiciens sur scène, la musique est énergique et représente une des grandes réussites de ce spectacle. Tout le mérite va au compositeur, l’heureusement omniprésent Philippe Brault. Il a réussi l’exploit de nous servir un mélange bien dosé de pop, d’électro et de rock, nappé de la signature sonore typique du Cirque, reprenant même au passage Creep de Radiohead (un des moments forts) et Jump Around de House of Pain (le clou du spectacle).

Les costumes, conçus par Nicolas Vaudelet, s’inscrivent parfaitement dans la tradition d’excellence et d’originalité du Cirque. Le concepteur a réussi à les faire paraître plus grands que nature même s’il avait la contrainte de ne pas gêner les mouvements des patineurs.

Il est réjouissant de constater que le Cirque continue de recruter une large part de son équipe de création dans notre incroyable bassin de talents locaux. Celle-ci excelle dans tous les métiers, mais on est déçu de la voir s’enfarger dans des tropes que les créateurs d’aujourd’hui devraient savoir éviter, ou, au moins, renouveler. Il est en effet dommage de voir le personnage de Lei, la plus intéressante visuellement dans l’équipe du «côté clair de la Force», ne servir au final que de demoiselle en détresse.

Bonne idée pour vos bas de Noël : Axel, le « spectacle de cirque pop-électro sur glace », du Cirque du Soleil est à l’affiche du Centre Bell jusqu’au 29 décembre.

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