La Cathédrale engloutie au Théâtre de Quat’Sous | Une oeuvre magistrale dans une oeuvre magistrale
La pièce de théâtre La Cathédrale engloutie revient pour une deuxième année au Théâtre de Quat’sous, évènement rare pour des spectacles théâtraux. Directement inspirée du prélude pour piano du compositeur français Claude Debussy, cette fresque de la prolifique Rébecca Déraspe explore les traumas générationnels de quatre femmes, depuis les années 50 jusqu’à aujourd’hui. Avec la mise en scène d’orfèvre de Florent Siaud, le spectacle cocréé par le Théâtre Bluff et Les Songes turbulents atteint directement l’âme en incarnant la musique de Debussy à travers la poésie de Déraspe.
La convention est rapidement installée : l’histoire de quatre générations de femmes, de l’arrière-grand-mère à la petite-fille, est dévoilée à travers cinq comédien.nes, qui nous guident avec leurs postures et leurs voix pour nous orienter dans les différentes époques. Un rythme soutenu de changements de personnages et de sauts dans le temps tissent les liens entre Jeanne, Marie, Sabrina et Lena. Adolescente révoltée et solitaire, Lena reçoit le piano de Marie, sa grand-mère qui vient de décéder, au grand dam de sa mère Sabrina qui ne supporte pas la présence de l’instrument dans sa maison. En fouillant les entrailles du piano et de la maison de son aïeule, elle découvrira les sources même de la souffrance des femmes de sa famille et la raison pour laquelle personne ne supporte la pièce «La Cathédrale engloutie» de Claude Debussy. Rébecca Déraspe offre une fois de plus une oeuvre résolument féministe, empreint d’un lyrisme propre aux créations de Florent Siaud, qui travaille avec plusieurs opéras en Europe. La présence du piano et de la musique de Debussy tout au long du show donne une dimension d’autant plus profonde aux émotions des personnages. Il faut souligner la sublime performance au piano de Jean Marchand qui interprète le prélude avec finesse et intensité, en plus de donner vie à des personnages-clé de l’histoire.
Pas besoin de beaucoup d’accessoires et de décors, le choix des symboles dans la dramaturgie de Déraspe exprime beaucoup avec peu, comme avec la métaphore du dégât d’eau qui perdure dans la maison, alors que la musique de Debussy évoque la légende d’une ville sous l’océan, en plus d’un drame familial lié à la rivière. L’expression de la violence conjugale subit par Jeanne est aussi évoquée avec délicatesse, puisque que l’autrice fait confiance à l’intelligence émotive du spectateur et le préserve de revivre des traumas en pleine représentation. L’humour est toujours et encore bien présent dans l’écriture, puisque comme dans la vie, chaque tragédie côtoie le ridicule et la légèreté. Les interprètes incarnent à merveille ces dichotomies, particulièrement le duo Lena et Jules, interprété respectivement par Marguerite D’Amour et Steven Lee Potvin, qui sont extrêmement attachants. Lui est aussi très convaincant et habiles dans ses multiples personnages très opposés les uns des autres. Maxime Denommée et Marie-Laurence Moreau campe les parents de Lena avec une belle vulnérabilité.
Rébecca Déraspe écrit ceci à propos de La Cathédrale engloutie : «Cette pièce a guéri des choses en moi. Elle hurle en même temps qu’elle chuchote en même temps qu’elle cherche la juste tonalité. » À l’instar de ses héroïnes qui bouillonnent de colère mais se retiennent, puis exigent de se faire entendre, cette pièce de Déraspe s’adressent à la part de révolte en chacun de nous, propre à l’adolescence mais parfois apaisé quelques générations plus tard.
Jusqu’au 8 novembre 2026 au Théâtre de Quat’sous à Montréal, puis au Théâtre de Compiègne en France les 24-25 novembre 2026.
- Artiste(s)
- La Cathédrale engloutie
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre de Quat'Sous
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