crédit photo: Pascal Leduc
Louis-Jean Cormier

Louis-Jean Cormier et l’Orchestre FILMharmonique à la Maison Symphonique | L’envol des secondes et «les roches qui flottent dans le néant»

Malgré les meilleures intentions du monde, ce ne sont pas toutes les oeuvres musicales qui se prêtent naturellement à la complexité et aux riches arrangements qu’exige un orchestre symphonique. Par contre, la magie vécue samedi soir dernier au temple sacré de la musique classique à Montréal frôlait la divinité par moments, si bien que l’ensemble de la musique et des textes de Louis-Jean Cormier semblaient destinés à cet ambitieux projet depuis toujours. En plus de la performance juste et sincère de l’artiste, on doit saluer bien bas le génie et la sensibilité du Maestro Francis Choinière et son complice Joey Reda, à l’origine de tous ces magnifiques arrangements. «Louis-Jean fait de la musique à écouter en regardant les étoiles». Selon cette anecdote, c’est ainsi qu’un jeune homme a récemment résumé l’oeuvre de l’auteur-compositeur-interprète à un citoyen d’origine française, croisé sur l’avenue Mont-Royal. On ne pourrait dire mieux !

Malgré un premier concert à 14h, c’est un Louis-Jean Cormier dangereusement en forme qui s’est pointé sur la scène de la Maison Symphonique. Vêtu d’un chic complet foncé et d’une chemise blanche. l’artiste de 46 ans, doué d’une aura scénique puissante et singulière, s’est justement fait le plaisir de nous guider vers les étoiles. Détail frappant : le grand nombre de musiciens, en particulier dans la section des cordes, rien de moins qu’un arsenal ! C’était un week-end chargé pour les membres de l’orchestre FILMharmonique, puisque certains d’entre eux avaient accompagné le duo dream-pop Ghostly Kisses (Margaux Sauvé-Bergeron et Louis-Étienne Santais) la veille, sur cette même scène.

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RÉALISER QUE TOUT VA TROP VITE

Le musicien originaire de la Côte-Nord nous a proposé La photo en ouverture de concert, magnifique pièce tirée de son album Quand la nuit tombe (2020). Moment de grâce, alors que les musiciens Élise Poulin et Matthieu Dupont, respectivement au hautbois et à la harpe, nous ont tous transportés bien haut, de la soie pour nos oreilles. Dès sa première intervention, Louis-Jean a souhaité partager sa vision de «l’impermanence des choses», leur caractère «éphémère» inévitable et toute l’importance de savoir se déposer pour vivre chaque seconde de notre vie, puisqu’elle ne reviendra plus jamais.

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Insistant sur «le pouvoir de la musique» sur nos réflexions et nos décisions, il a enchainé avec St-Michel, sous une envolée de cuivres enivrante, suivie de L’ascenseur. Lors des passages réservées à l’orchestre, il s’amusait à se déhancher nonchalamment, tout souriant. Interludes sympathiques, bien qu’on aurait peut-être parfois souhaité une plus grande discrétion, afin de concéder à ce formidable orchestre son moment de gloire. Mais lors du tutti du 7e morceau, Louis-Jean s’est justement effacé subtilement vers l’escalier côté jardin. L’introduction à la seconde partie du concert, Pavane pour une infante défunte de Maurice Ravel, a toutefois été jouée par l’orchestre pendant plus de 5 minutes, avant le retour de l’interprète sur scène.

Lors de l’entracte, nous avons eu le plaisir d’échanger quelques instants en franglais avec Conner Molander, le sympathique claviériste de la formation canadienne Half Moon Run, venu justement s’inspirer de cet univers musical, puisque le groupe présentera lui aussi son concert symphonique au Grand Théâtre de Québec le 21 novembre prochain. Tsé, quand «toute est dans toute» !

UN PACTE AVEC LE PUBLIC

Conscient qu’il a lui-même la triste habitude de négliger ceux qu’il aime, Louis-Jean nous a invité à exprimer notre amour envers un être cher, lors de notre retour à la maison, tout en promettant qu’il téléphonerait à sa mère de son côté. Il avait réservé un rôle important à l’humour pendant le spectacle, en misant sur une mise en scène impliquant son fils Édouard, qu’il a désigné comme «appariteur» à la guitare et en prononçant un commentaire très «parent» lorsque l’adolescent de 16 ans est apparu sur scène avec son hoodie : «J’t’avais dit de t’habiller !».

Édouard est revenu tout chic sur scène, quelques minutes plus tard, provoquant des fous rires évidemment. Un autre moment cocasse, lorsqu’il a affirmé sur un ton sarcastique, que les musiciens-nes classiques n’étaient pas des gens sages et réservés. Au contraire, ils-elles seraient plutôt les pires ivrognes… en se basant sur le profil de son frère, lui aussi musicien classique à Québec pendant 30 ans. Sans se lancer dans une liste exhaustive de toute cette proposition musicale, limitée à son parcours solo (certains fans de Karkwa sont peut-être repartis déçus…), résumons en disant que nous l’avons suivi sur la route 138 et jeté un coup d’oeil vers le ciel en même temps, quand il a interprété Croire en rien avec beaucoup d’émotions, porté par une vibrante finale a cappella.

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DES VIRTUOSES DU SON ET DE LA LUMIÈRE

Hélas, la grandeur musicale d’une telle proposition éclipse fréquemment les exploits de l’équipe technique (son, éclairage). Pas cette fois-ci ! L’immensité du travail accompli sautait aux yeux, créant une symbiose artistique exceptionnelle et une intensité de 10/10 sur l’échelle de mesure «des poils», comme dirait le chanteur de Karkwa. Notre expérience s’est conclue au rappel avec Deux saisons trois quarts, se faufilant vers une chute toute en douceur, accompagnée de la silhouette du chanteur bien découpée par les éclairages, solennelle.

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