Joep Beving au Théâtre Beanfield | Une soirée intime qui évolue au fil des notes
La musique de Joep Beving prend une autre dimension sur scène. Son jeu au piano invite au recueillement, tandis que le son devient presque physique dans la salle. Son plus récent album, Liminal, paru en mars 2026, était au cœur de cette tournée. Je m’attendais à entendre plusieurs pièces de l’album, accompagnées de quelques œuvres plus connues. Je ne m’attendais toutefois pas à une soirée de deux heures, rappel compris, ponctuée de nombreuses conversations avec le public.
Les concerts instrumentaux ont parfois la réputation d’endormir leur public. Pourtant, fermer les yeux permet aussi de mieux se concentrer sur la musique. Le problème, c’est que la personne qui tousse ou éternue devient soudainement l’ennemie de tous ceux qui tentent de rester immergés dans le son.
Beving a interprété environ la moitié de Liminal, entrecoupant les pièces de discussions avec le public, dont plusieurs se sont déroulées en français. La soirée prenait ainsi des airs de conversation plutôt que de spectacle traditionnel.
L’artiste a raconté avoir traversé un blocage créatif environ deux ans auparavant. Une amie lui avait alors recommandé le livre Wild Renaissance, qui a fini par inspirer l’album. Il a également évoqué la montée du fascisme et l’importance d’en parler davantage. À un autre moment, il a expliqué que lorsqu’il ressent quelque chose profondément, il se tourne vers le piano pour le transformer en quelque chose de « joli ». Ces confidences donnaient un aperçu de sa manière de comprendre le monde à travers la musique, sans chercher à expliquer chacune de ses œuvres.
Beving a aussi parlé de l’amour et de la haine, qu’il ne considère pas comme des opposés, ainsi que de son intérêt pour la polarité. Cette réflexion a pris une dimension plus personnelle lorsqu’il a interprété For Mark, dédiée à son ancien gérant, qui l’a accompagné depuis ses débuts et qui est décédé trois ans auparavant des suites d’un cancer.
Le piano lui-même a retenu mon attention. La majeure partie du concert s’est déroulée sur un piano droit dont le couvercle supérieur avait été retiré, laissant apparaître ses mécanismes. Habituée à voir ces mécanismes sur un piano à queue, j’ai trouvé particulièrement fascinant de les observer à l’intérieur d’un piano droit.
La plus grande surprise est venue de When Humans Do Algorythms, la dernière pièce avant le rappel. Je savais que cette composition de huit minutes comportait un élément construit en boucle, mais je ne savais pas à quoi m’attendre sur scène. Beving a lancé des éléments depuis son ordinateur portable tout en ajoutant des accords au piano. Dans la deuxième moitié, un texte parlé a émergé. Ces couches supplémentaires ont transformé ma perception de la pièce : ce que j’avais d’abord considéré comme l’élément central m’a presque paru devenir une boucle rythmique d’accompagnement. La pièce révélait ainsi une autre facette en se déployant en temps réel.
Après deux heures de spectacle, dont deux pièces en rappel, Beving est allé à la rencontre du public à la table de marchandises pour discuter, prendre des photos et signer des articles.
L’image la plus touchante de la soirée se trouvait peut-être au premier rang : une famille dont les enfants ont gigoté pendant le spectacle avant de finir par s’endormir paisiblement, comme bercés par les notes.
Ce fut une très belle soirée. La musique de Beving peut être profondément absorbante sans qu’il soit nécessaire de tout expliquer ou de tout analyser. Parfois, il suffit de fermer les yeux et de se laisser porter.
- Artiste(s)
- Joep Beving
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Beanfield
- Catégorie(s)
- Classique, Contemporain,
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