Entrevue avec Paule-Andrée Cassidy | Affirmer sa propre voix
Demain se produira Paule-Andrée Cassidy, artiste d’expérience, mère d’une certaine Lou-Adriane, à la Maison des Bozos, boîte à chansons ressuscitée cet été, pour une rare apparition à Montréal. S’affirmant longtemps davantage comme une interprète que comme une autrice de chansons, la musicienne de Québec a, en 2023, à l’album numéro huit, renversé la tendance avec un premier disque de titres bien à elle, après plus de 30 ans de carrière. Entrevue.
« Quand j’avais le goût de dire quelque chose, souvent, c’était la phrase d’une chanson [existante] qui me venait en tête. » Gilles Vigneault, Renaud, Michel Rivard, Anne Sylvestre : Paule-Andrée, pendant la majorité de sa carrière, s’appropriait les mots des autres pour qu’ils deviennent les siens, que ce soit dans l’exercice de la reprise ou pour des chansons taillées et créées spécialement pour elle. 1999, son premier album voit le jour : Méli-Mélodies, sous-titré des « chansons de Boby Lapointe ».
Pas autrice-compositrice, mais interprète, Paule-Andrée Cassidy juge l’exercice pratiqué tout aussi complexe, mais en quelque sorte minimisé par le public.
« [Le métier d’interprète] est vu comme moins créatif, alors que ça l’est tout autant. Je disais souvent : je n’écris pas des chansons, mais j’écris un spectacle. Parce qu’en faisant se côtoyer les chansons, on dit quelque chose aussi. »
La scène a toujours été son moyen d’expression privilégié, mais il y a quelques années, Paule-Andrée Cassidy a décidé de s’ouvrir à d’autres horizons de sa carrière : la plume, la création des paroles, enfin. Neuf chansons originales sont alors nées, aux textes tous signés par Paule-Andrée, et à la musique soignée par des musiciens comme Ariane Roy, Alex Burger, Philippe B, Alexandre Martel/Anatole ou encore, on s’en doute, sa fille, Lou-Adriane.
« Je me suis accordé du temps pour faire une résidence d’écriture, j’ai passé quelques mois à Paris pour écrire, me consacrer à ça, pour ne pas me dire : “ah, je vais en faire une fois à l’occasion, un peu quand ça me convient par petites périodes.” Ça partait vraiment plus d’une envie et d’un processus d’explorer autre chose. »
Au bal des océans, son huitième album, est alors né… presque 10 ans après son disque précédent, Vingt ans, sorti en 2014! Devra-t-on attendre encore une décennie avant un prochain album de Paule-Andrée Cassidy?
« Peut-être. On verra. C’est comme si j’avais redécouvert un autre métier en écrivant, dit-elle. Je vais le faire à mon goût quand je serai prête, je prends le temps, pis en même temps, je vais sortir des petites choses dans la prochaine année. » Elle fait ici référence à des chansons de son album Au bal des océans enregistrées d’une manière différente, dans une relecture plus proche de la musique live qu’elle affectionne tant : il y a 10 jours paraissait un réenregistrement d’Un rien à la fois, composée par Jeanne Côté, grande lauréate des Francouvertes il y a trois ans, signe d’une série de singles qui garderont Paule-Andrée Cassidy active au niveau des sorties dans les prochains mois.
« On avait envie de sentir cette espèce de fragilité de ce qui est naissant, explique Paule-Andrée Cassidy à propos de cette série de réengistrements de ses chansons. [Au bal des océans a été] pensé pour l’intimité du studio, et pas dans la projection qu’il peut avoir sur scène. Tout ça, ça a conditionné comment on a fait l’album. Mais depuis, les chansons, elles ont vécues sur scène. Je les ai tournées en spectacle depuis un certain temps, mais il y a quelques chansons, comme ça, à qui on avait envie de donner une autre vie. »
De mère en fille
Dur de ne pas aborder Lou-Adriane Cassidy en entrevue avec sa mère : lauréate de 12 Félix sur 13 possibles au Gala de l’ADISQ l’année dernière pour son album Journal d’un loup-garou, la jeune chansonnière s’impose comme la coqueluche d’une génération. Mais Lou-Adriane a déjà été adolescente, jeune adulte, a déjà dû se poser des questions difficiles, comme celle qui déchire tout artiste qui débute : « la musique, est-ce vraiment une carrière viable », pourrait se demander n’importe quel musicien aux rêves débordants, mais à l’avenir pas encore tracé. Paule-Andrée, un pied dans le milieu, tenait-elle plutôt un discours réaliste, terre-à-terre, ou plutôt optimiste lors du début de la carrière de sa fille?
« Lou, elle a chanté depuis toute jeune. C’était tellement cohérent, elle a tellement été intégrée là-dedans, raconte sa mère. Elle a fait une école où elle chantait tout le temps, donc ça aurait été absurde de lui dire “fais attention, ou ait un plan B ». Si elle rêve de faire quelque chose d’ultra populaire, c’est parfait. Dans le sens de lui dire : « pourquoi pas? » » Paule-Andrée souligne évidemment son succès populaire, mais également son succès artistique.
« Ce que je trouve fantastique pour Lou, c’est qu’elle a une magnifique carrière, mais aussi en faisant ce qu’elle voulait. Ce n’est pas une carrière où elle s’est moulée à des attentes pour atteindre ce [succès-là]. Elle l’a fait en explorant ce qu’elle avait envie d’explorer. »
Au bal des océans sur scène
Paule-Andrée avait créé son dernier album sur scène il y a trois ans, au Petit Outremont, dans le cadre du festival Coup de cœur francophone. Elle revient avec un nouveau spectacle, qui a évolué depuis, et dans un lieu très différent, chargé d’histoire.
Chez Bozo est l’un des projets les plus excitants des dernières années pour tout amateur de chanson québécoise résidant à Montréal : jouant évidemment sur un certain facteur nostalgie, avec un lieu presque inchangé depuis les années 50, la Maison des Bozos regarde à la fois vers l’avant, invitant chansonniers chevronnés comme jeunes pousses plus prometteuses qu’expérimentées sur sa scène. Pas question de se faire intimider par l’immense héritage de l’endroit, pourtant! Là où vivent les fantômes de Leclerc, de Ferland et de Piaf peuvent à la fois s’exprimer de nouvelles idées.
« Je me suis toujours sentie proche de la famille des interprètes qui faisaient vivre ce répertoire-là, détaille Paule-Andrée Cassidy, par rapport aux premiers chansonniers québécois qui ont, pour la plupart, joué à la Maison des Bozos, rue Crescent, durant leur carrière. Je me sens très proche de cette chanson-là, de l’approche. Je trouve ça intéressant qu’on voit, avec tout ce qui [se rapporte au] patrimoine, comment ça vit encore. De ne pas l’occulter, que ça continue d’être vivant et que ça continue d’être porté, de penser à la transmission. »
Il reste des billets pour le spectacle de Paule-Andrée Cassidy, demain à 19h, juste ici.
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