Echolalia : Björk, un rave et une éclipse éclipsée en Islande
En février dernier on apprenait que Björk organisait un rave près de Reykjavik dans le cadre de l’éclipse totale de Soleil du 12 août 2026. On a donc décidé de casser notre petit cochon et d’aller vivre cette expérience unique. Récit d’une journée qui nous a fait friser.
Arrivée sur le site du festival Echolalia assez tôt pour sécuriser une belle place au centre bien à l’avant, on avait a pu constater que Björk n’est pas prophète (que) dans son pays. Les autres motivé-es autour de nous provenaient de la Turquie, des États-Unis (San Francisco, Wisconsin, Oregon), de Grande-Bretagne, etc. Nous avions tou.tes fait.es le même pèlerinage spécialement pour une des rares chances de voir Björk performer.
Kaitlyn Aurelia Smith et Gummi Arnalds
La pluie et Kaitlyn Aurelia Smith ont ouvert le bal. L’Américaine nous a décoiffée avec ses basses fichtrement puissantes. Échantillonnant savamment sa voix, elle a donné le ton avec force. On a vraiment apprécié son offrande même si par moment on s’est demandé si nos intestins allaient survivre pour vivre la suite de la journée.
On a ensuite mis quelques minutes à comprendre que le set de Gummi Arnalds était bien débuté, car il avait été malencontreusement placé très au fond de la scène. Dommage. L’Islandais peinait à faire danser la foule avec sa proposition plus expérimentale et des beats plus saccadés qui nous laissaient un peu en plan.
L’Islandaise Ronja Jóhannsdóttir, elle, fait dans ce qui est qualifié de doom électronique. Sur scène, elle était accompagnée de huit (!) autres artistes. En plus de trois autres magicien.nes du beat, guitare électrique, batterie, clavier et trois chanteurs, à l’apport parfois discutable, complétaient le tableau.
C’était noizy, punkish, frénétique. Une des chanteuses arborant une dégaine à la Harley Quinn se promenait avec une masse de construction sur l’épaule durant une bonne partie de la performance. Le décor bucolique de plantes et fleurs a souffert, une prière a été faite (en vain) pour que la pluie cesse à temps pour l’éclipse. Ça donnait dans l’étrange et le sublime en même temps.
Arca
Suivait Alejandra Ghersi, connue sous son nom de scène Arca, qui avait été l’une des têtes d’affiche du festival Palomosa l’an dernier. Elle a ouvert son set avec Kiliki Taka Ti de Toño Rosario, popularisée par le jeu Just Dance 2021 (tsé la toune avec les chats qui dansent), et son assistante qui lui servait un verre de champagne. Le ton était donné. Il a fallu plus de 15 minutes (sur un set de 45) pour que la Vénézuélienne de 36 ans daigne mixer un tant soit peu au lieu de danser sur la table et émoustiller la foule…
Le fleuve de téléphones était sorti et la tranche plus jeune de la foule semblait apprécier. Ça manquait quand même de fluidité. Il a fallu un échantillonnage du prélude de la musique du film Vertigo de Hitchcock et Red Alert de Basement Jaxx pour ramener cette Gen X-er dans le projet. Pendant ce temps, Björk dansait en coulisse et les nuages ne montraient absolument aucun signe d’éclaircie.
Björk et son éclipse
Malgré les nuages persistants et la pluie, le site du festival est devenu complètement nuit l’espace de quelques minutes lors de l’éclipse totale. La foule est devenue hystérique et l’énergie était à son comble pour accueillir la reine mère.
Vêtue d’un costume de balounes blanches absolument naïf, pas pratique et tellement Björk, la star de l’événement a ouvert son DJ set avec un beat minimaliste mixé à l’iconique thème du film 2001, L’Odyssée de l’espace.
Björk avait visiblement beaucoup de plaisir à piger dans une large bande de genres musicaux passant de musique traditionnelle arabe, aux chants africains, islandais et même quelques mesures de reggaeton. Tantôt bidouillant à sa console, tantôt ajoutant un peu de tambourine ou de batterie électrique. Elle allait et venait sur sa console puis en arrière-scène pour danser en sautillant faisant aller ses ballons dans tous les sens.
On aurait aimé qu’elle échantillonne sa voix, mais on était dans le plus classique des DJ set.
Les 45 minutes allouées était beaucoup trop courtes et c’est avec une petite parade sur le devant de la scène, verre à la main et sourire plein le visage que la prestation de Björk s’est terminée. Elle a eu la lumineuse idée de nous envoyer la version remix faite par Conrad Taylor de Berghain de Rosalia avant de quitter la scène. La foule l’a complètement échappé et a dansé comme s’il n’y avait plus de lendemain.
La fête s’est poursuivie, mais on a quitté, bien trempé, pour tenter de retourner à Reykjavik comme le tout se déroulait en périphérie.
Quête complémentaire — Expo
Le billet pour Echolalia donnait accès gratuitement à deux expositions compagnonnes à la Galerie National d’Islande. La première présentait trois chansons de Björk (Ancestress, Sorrowful Soil et Nerve Bloom) dans un cadre théâtral.
Ancestress, composée seulement deux semaines après la mort de sa mère, se voulait à la fois un rendu du choc de son départ et une célébration de sa vie. Le vidéoclip projeté dans une grande pièce, dont les murs étaient recouverts d’une tapisserie de la partition musicale, montre une procession funèbre dans une montagne. Les danseurs, musiciens et figurants, vêtus de robes rouge vin, la couleur préférée de la mère de Björk, avaient pour mandat de représenter l’âme de sa mère.
Björk raconte qu’à l’hôpital le personnel lui a donné une paille en plastique pour insérer dans la bouche de sa mère afin de faciliter sa respiration mourante. Elle avait alors la réflexion qu’il était bien dommage que, pour un moment aussi sacré, qu’un objet aussi banal soit utilisé. Qu’il n’y avait pas, par exemple, l’équivalent de la cuillère de baptême pour les derniers instants de la vie. Un objet familial qui pourrait être passé de génération en génération. C’est dans cette optique qu’elle a collaboré avec James Merry pour créer ce type d’objet sacré utilisé dans le vidéoclip.
Pour le vidéoclip de Sorrowful Soil, Björk chante l’eulogie de sa mère devant l’éruption du volcan Fagradalsfjall. La pièce enregistrée avec la chorale Hamrahlíð, dans laquelle Björk a aussi chanté adolescente, a été arrangée pour neuf voix au lieu de quatre (soprano, alto, ténor et basse).
Chantée en canon, la mélodie est rendue par trois groupes de chanteurs qui se juxtaposent. Le processus est assez complexe et a requis un été complet de répétitions. Trente haut-parleurs disposés en cercle dans une pièce, aussi tapissée des partitions de la chanson, diffusent chacun une seule voix du chœur. On est plongé au centre de l’œuvre d’une façon très émouvante.
Le traitement pour Nerve Bloom était beaucoup moins grandiose et il était facile de passer à côté. Présenté entre mélangé d’autres vidéoclips de l’artiste, l’œuvre était en retrait dans un petit coin sofa/télé/écouteur. Le clip en animations 3D hyper colorées dépeignait plusieurs processus liés au corps humain (comme le voyage de l’ADN dans le corps) sur une musique instrumentale. Un peu minimaliste comme traitement en comparaison.
La deuxième exposition proposée, James Merry : Metamorphlings, présentait plus de 80 œuvres. C’est à James Merry que nous devons tous les masques intrigants portés par Björk à travers les ans comme celui sur la pochette de l’album Utopia. Plusieurs ont d’ailleurs été créés exclusivement et en collaboration avec Björk.
Alliant plusieurs techniques comme la broderie, le travail du métal et l’impression 3D, les créations de Merry sont à la fois fascinantes et parfois dérangeantes. On a découvert au fil du parcours la fascination de l’artiste pour les formes du monde naturel, son intérêt pour l’archéologie, l’histoire et les rituels anciens.
Ces deux expos complétaient à merveille l’expérience Echolalia.
Photos en vrac
- Artiste(s)
- Arca, Bjork, Kaitlyn Aurelia Smith
- Catégorie(s)
- Electro,










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