crédit photo: Marie-Claire Denis
Wednesday

Wednesday au Ritz PDB | L’authencité brute d’un groupe brûlé par la tournée

On le sait de plus en plus : la tournée, ça use. De plus en plus d’artistes s’ouvrent et partagent leurs états d’âme quant aux conditions de tournées. En tant que spectateurs, nous avons aussi la responsabilité d’être sensibles à cette réalité de moins en moins cachée.

Le groupe Wednesday roule sa bosse depuis 2017, et a produit pas moins de cinq albums depuis ses débuts. Presqu’un disque par année depuis janvier 2018.

Karly Hartzman et ses boys triment dur, multiplient les tournées entre les sessions de studio. Tout ça pour des cachets sans doute modestes. Quand on produit 5 albums et qu’on joue à Montréal au Ritz P.D.B au lendemain d’un concert à Cambridge, on devine que le trajet s’est fait en camionnette mal climatisée et que la paie ne les rendra pas riches. Même quand on est le band hot du moment, reconnu par la critique et coté haut par Pitchfork.

Le hasard voulait que Wednesday soit de passage au Ritz le même jour où Orville Peck annonçait l’annulation de sa tournée, pour prendre soin de sa santé physique et mentale.

Sur scène, on les sentait d’abord un peu buzzés, à côté de leurs pompes. Ils ont commencé leur spectacle l’air un peu préoccupé, partiellement dérangés par la sonorisation un peu laborieuse, avec un larsen qui provenait du moniteur devant le bassiste.

Puis après trois chansons à l’interprétation imparfaite, Karly Hartzman a pris la parole de manière douce, simple et sympathique, pour expliquer que le groupe est sur la route depuis 9 semaines et qu’elle faisait une fixation sur le fait que « the exit signs says SORTIE (prononcé sordy) ».  « Does that make you sortie crazy? », de lui demander son guitariste Jake Landerman (alias MJ Landerman, pour ceux qui connaissent son excellent projet solo).

Ça donnait le ton. À plusieurs reprises, Hartzman faisait référence à l’effort mental qu’elle faisait pour settle in. S’installer dans son propre spectacle. Trouver son confort. Réincarner son corps.

 

Le country pour se recentrer

Tel que prévu, ça s’est vite replacé. Vers la quatrième chanson, la chanteuse a indiqué que « cette partie du spectacle m’aide toujours à trouver mon aise parce qu’on joue de la musique country, et la musique country me fait toujours sentir comme chez moi ».  S’ensuivait la très jolie balade country Formula One.

Le groupe vient d’Asheville, en Caroline du Nord.  Cet État est reconnu musicalement pour avoir été le berceau d’artistes aussi variés que le groupe hardcore Corrosion of Conformity, la formation de métal progressif Between the Buried and Me, et des légendes du country bluegrass comme Al Hopkins et Earl Scrugg.

Il y a un peu de tout ça dans Wednesday. Son charme réside justement dans ce mélange des genres. À la base, c’est un groupe de rock alternatif, flirtant avec le post-hardcore et le shoegaze, avec une dégaine grunge, mais du songwriting folk, limite country par moments.

Ça se sentait dans Formula One, mais aussi dans leur reprise d’une chanson de Gary Stewart, moins connu par ici, mais reconnu au Sud des États-Unis comme le « king of honkytonk ». Un homme du Kentucky qui a connu une belle carrière dans les années 1970 et 1980 avant de s’enlever la vie en 2003.

La présence de Xandy Chelmis au sein du groupe contribue aussi beaucoup à cet aspect de Wednesday. Chelmis joue du lapsteel, ce qui insuffle évidemment une sonorité country aux chansons country, mais il sait aussi très bien s’adapter aux bangers rock. Il s’est apparemment joint au band en 2020, mais on peine à imaginer le groupe sans lui. Ça fait décidément partie de leur signature sonore, et c’est fascinant de le voir jouer sur scène, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, assis avec son instrument sur les genoux.

Tout ça pour dire qu’en faisant preuve de transparence quant à leur état physique et mental sur scène, et en se servant des jolies chansons country de leur répertoire pour se remettre en selle, les musiciens de Wednesday ont installé le contexte pour ce qui allait devenir un spectacle hautement réussi au final.

Le public a chaudement ovationné le début du très bon single Chosen to Deserve, tiré de leur nouvel album Rat Saw God, et le groupe lui a fait honneur en l’interprétant de manière inspirée. On sentait que Hartzman réincarnait son corps, comme elle le dit si bien. Soudainement, tout s’alignait.

Plus tard, les électrisantes Got Shocked (sans mauvais jeu de mots!) et Fate Is… préparaient la table pour une finale toute en force… Puis le groupe a pris le temps d’expliquer que la dernière chanson est dédiée à tous les gens de leur pays qui doivent galérer avec le recul du droit à l’avortement et au respect de leur identité de genre.

« Feel free to scream with us, because we need fucking help! »

Et c’est sur la bombe Bull Believer que le spectacle s’est terminé, comme un climax absolu, qui frappe là où ça fait mal.  Cette chanson de 8 minutes et quelques traverse trois segments relativement distincts, qui mènent à une finale tonitruante où l’on peut sentir que Hartzman vide tout ce qui lui reste d’énergie en criant à répétition « Finish him! » (une référence à Mortal Kombat, pour ceux que ça intéresse). On ressentait une douleur atroce qui se libère par la force cathartique de la musique.

Loin d’être parfait, le concert de Wednesday nous a poussé à réfléchir à nos attentes envers les artistes, et nous a aussi incité à apprécier l’authenticité d’un groupe épuisé qui donne tout ce qu’il lui reste dans le réservoir soir après soir, avant d’aller s’épuiser sur scène devant un autre public le lendemain.

Au moment de rédiger ces lignes, les membres de Wednesday étaient de retour sur la route pour aller jouer à Toronto ce soir, puis au Michigan samedi, puis à Chicago lundi, puis à Milwaukee mardi, puis à Minneapolis mercredi, puis à Columbus vendredi prochain — * reprend son souffle * — avant de conclure sa tournée d’environ 10 semaines à la maison, à Asheville en Caroline du Nord, le 1er juillet… avant de repartir à nouveau en septembre.

 

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