Maky Lavender

Maky Lavender et L’Abîme au MTELUS | À tomber de sa chaise!

Dimanche soir, le rappeur Maky Lavender et le groupe de jazz sherbrookois L’Abîme ont foulé les planches du MTELUS dans un contexte encore covidien, tentant de faire bouger la foule malgré l’obligation de rester collé à sa chaise.

L’Abîme a ouvert le bal en interprétant ses pièces très cinématiques, le premier morceau laissant la vague impression de se promener dans une mystérieuse forêt enchantée. Les pistes étant très longues, ils n’en ont interprété que cinq, mais chacune d’entre elles avait une ambiance et une progression bien particulières, amenant les spectateurs à gauche et à droite, montrant abondamment les différentes facettes de chacun des instruments. Les membres du quintette, composé d’un batteur, d’un contrebassiste, d’un claviériste, d’un flûtiste et d’un saxophoniste, s’échangeaient le spotlight, enchaînant solos après solos sans effacer un seul instant l’unité que forme le groupe.

Bien que leur style ne soit pas nécessairement accessible à tous de prime abord (ceux ayant une bonne connaissance musicale s’y amusait probablement un peu plus), la performance était une excellente manière de s’initier au jazz instrumental et surtout au jazz plus moderne avec de nombreux changements de rythmes et des mélodies parfois diffuses.

Chose magnifique à remarquer, le public vouait sa pleine concentration au concert. Très peu de cellulaires étaient sortis, très peu de gens étaient occupés à autres choses qu’à regarder la performance. C’était rafraîchissant. Était-ce par politesse vu la proximité avec les artistes ou tout simplement un besoin de combler un grand manque de concerts? À suivre, mais cette habitude vaut la peine d’être conservée une fois les règles sanitaires retirées.

 

Maky Lavender

Après un entracte de 20 minutes, Maky Lavender, jeune rappeur prolifique du West Island, est monté sur scène avec ses cinq musiciens. L’enchaînement entre les deux artistes a été planifié soigneusement. Un concert de jazz est un peu moins laborieux à regarder en étant assis, alors que certains morceaux de Maky Lavender auraient définitivement pu créer quelques moshpits, rendant l’ordre de passage tout à fait logique. Leurs styles musicaux sont extrêmement différents, ne donnant toutefois pas l’impression de couper la soirée en deux, mais plutôt de nous présenter le rap comme étant un genre découlant du jazz.

Faisant preuve d’une grande aise et d’un naturel désarmant envers son public, sa réputation de bête de scène ne faisait que se profiler davantage. En plus de maîtriser plusieurs flows très intéressants, le rappeur a également montré ses talents de chanteur, valsant entre morceaux plus R&B et des pistes avec une basse lourde qui donnait à tous l’envie irrépressible de se lancer partout. Le choix de s’accompagner d’une choriste lui a été très profitable, les deux voix, l’une très grave, l’autre plus haute, se complétant à merveille.

Les concerts de rap ont tendance à être seulement accompagnés par un DJ, mais ce n’était pas le cas ce soir-là. Le batteur, le claviériste et le bassiste ajoutaient une profondeur aux chansons. On n’y voyait plus seulement du rap, mais bien un amalgame de styles musicaux qui rehaussaient l’ensemble des instruments, y compris les voix. P-Coat et C’est la vie, deux morceaux extrêmement différents par ailleurs, furent les pistes où l’aspect instrumental s’est le mieux intégré, tous ont pu briller.

Le rappeur a enchaîné l’ensemble de ses morceaux avec une grande maîtrise, la tâche étant d’autant plus ardue vu la quasi-impossibilité de se nourrir de l’énergie du public. Jamais un relâchement ne s’est fait sentir, il dansait et continuait à divertir la foule coûte que coûte. Terminant la soirée avec Ukannafo, un classique pour les connaisseurs, il a quitté la scène, sans donner un rappel vu le manque de temps.

Après plus de deux heures de musique, le public a pu retourner chez lui tout à fait rassasié. Le contexte de pandémie restreint le laisser-aller, mais la concentration et l’écoute active étaient plus qu’au rendez-vous, rendant l’expérience différente, mais somme toute extrêmement agréable.

Cette soirée était présentée dans le cadre d’une série de spectacles organisée par Kartel Musik, au MTELUS et à l’Impérial Bell de Québec. La série se poursuivra ce soir avec le même doublé de Maky Lavender et L’Abîme à Québec, ainsi que Calamine et Shah Frank au MTELUS. Demain, mardi 29 juin, Caracol et Amay Laoni se partageront la scène du MTELUS, tandis que les rappeurs Adamo et Salimo se produiront à l’Impérial.

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